Mustafa Asaba, un leader tatar
Mustafa Asaba, un leader tatar © REUTERS/Thomas Peter / REUTERS/Thomas Peter

REPORTAGE - Ils sont 15% en Crimée et s'opposent aux résultats du référendum qui a validé le rattachement le Crimée en Russie. Les Tatars craignent de subir le joug russe.

La communauté musulmane de la péninsul a un passé commun douloureux avec les Russes, bâti sur des blessures mal cicatrisées d'esclavagisme des uns et de pogroms des autres, jusqu'au traumatisme de la déportation collective en Asie centrale ordonnée par Joseph Staline en 1944. Trente ans après avoir gagné le droit de revenir sur leur terre natale, peu avant l'effondrement de l'Union soviétique, les Tatars ont replongé dans l'inconnu avec la victoire du "oui" au référendum de dimanche qu'ils ont boycotté, convaincus que leur voix ne compterait pas.

Les Tatars ne cachent pas leur inquiétude. Ils craignent que, comme en 1944, les Russes de Crimée ne les dépossèdent de leurs maisons et de leurs magasins, sur lesquels ils n'ont souvent aucun droit de propriété en bonne et due forme. Comme les Tatars, les nationalistes russes ont de la mémoire et nourrissent des projets de vengeance contre une communauté qui, lorsqu'elle régna sur la Crimée du XVe au XVIIIe siècles, était réputée pour asservir les slaves chrétiens afin de les vendre comme esclaves à l'Empire ottoman.

Le reportage de Marc Crépin

Refat Tchoubarov, un dirigeant tatar, a déclaré lundi à la presse que des dizaines de membres de sa communauté avaient "disparu" mi-mars et que leur sort était inconnu. D'autres disparitions de ce genre ont été signalées au cours du mois écoulé en Crimée, visant des défenseurs des droits de l'homme, des journalistes et des partisans du mouvement de protestation "Maïdan" qui a renversé le président ukrainien Viktor Ianoukovitch.

Les autorités pro-russes qui ont pris le pouvoir en Crimée après la chute de Viktor Ianoukovitch ont promis aux Tatars une représentation dans le gouvernement régional, la reconnaissance de leurs droits fonciers et une aide financière. Mais ces promesses ont été accueillies avec suspicion par les chefs de la communauté, qui songent désormais à revendiquer leur propre autonomie.

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