Robert Malley, président de l’International Crisis Group, a été le principal conseiller de Barack Obama pour le Proche et Moyen-Orient entre 2014 et 2017. Pour lui, le président iranien n'a aucun intérêt à rencontrer son homologue américain, toujours partagé entre l'ouverture de négociations et de nouvelles sanctions.

Fin août, on évoquait une éventuelle rencontre Trump-Rohani en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Une réunion désormais improbable.
Fin août, on évoquait une éventuelle rencontre Trump-Rohani en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Une réunion désormais improbable. © AFP / HO, Nicholas Kamm

FRANCE INTER : Les Saoudiens semblent dire aujourd’hui que l'Iran est derrière les attaques de samedi sur son sol. Les Américains sont sur la même ligne. Est ce qu'il y a encore un doute ?

ROBERT MALLEY : "La seule raison pour laquelle on douterait, c'est que la crédibilité de cette administration [américaine, NDLR] n'est pas très bonne. La logique des événements dans la région indiquerait que l'Iran a joué un rôle assez important dans l’attaque [de samedi sur des installations pétrolières saoudiennes].

N'oublions pas que l'Iran a dit il y a plusieurs mois que si les États-Unis et ses alliés dans le Golfe, et en particulier l'Arabie saoudite, bloquaient leurs exportations de pétrole, il n'était pas question qu’ils puissent le faire eux-mêmes.

Donc il serait étonnant que l'Iran ne soit pas impliqué."

Quel regard portez-vous sur la position américaine de ces derniers jours ? Donald Trump a dit en substance avoir le doigt sur la gâchette, son secrétaire d’État Mike Pompeo a parlé d'acte de guerre de la part des Iraniens. Mais en même temps, le président américain assure ne pas vouloir le conflit…

"Donald Trump est partagé. D'un côté, il ne veut pas faire de la guerre. Durant la campagne présidentielle, il a dénoncé les guerres interminables des administrations précédentes. Devenu président, il a aussi déploré que les États-Unis aient gaspillé des milliards de dollars dans des conflits sans fin. Mais il aime aussi pouvoir projeter cette image d'homme fort, qui ne se laisse pas faire et qui réagit lorsqu'on attaque.

Il est vrai qu'il a eu des conseillers beaucoup plus belliqueux. C'était le cas de John Bolton (conseiller à la sécurité nationale, remercié début septembre). C'est moins le cas de Mike Pompeo, même si le secrétaire d’État est sans doute sur une ligne un peu plus dure que celle de son président.

Mais aujourd’hui encore, Donald Trump tergiverse. Il dit 'on va on va réagir' et, dans le même temps, il annonce des sanctions contre l'Iran, comme s'il était encore possible d’en imposer à un pays que les États-Unis ont déjà soumis à une pression maximale. Pour l’instant, donc, l'hésitation l'emporte sur la détermination de répliquer. Mais on n'a pas vu le dernier acte. Et la réponse militaire ouverte n’est pas la seule option, d’autant qu’elle expose au risque d'une escalade."

Robert Malley est président de l’International Crisis Group. Il a travaillé au sein du Conseil national de sécurité auprès de Barack Obama de 2014 à 2017.
Robert Malley est président de l’International Crisis Group. Il a travaillé au sein du Conseil national de sécurité auprès de Barack Obama de 2014 à 2017. © Radio France / Grégory Philipps

L'hésitation que vous décrivez ne signifie-t-elle pas que Trump est un peu "coincé" ?

"Il est coincé parce que la politique qu'il mène, peut-être à son insu, va inévitablement causer des tensions de ce type.

En soumettant l'Iran à une pression maximale, en réimposant les sanctions et en violant l'accord nucléaire, les États-Unis et leur président se sont engagés sur la voie d'une escalade quasiment inévitable qui pourra mener à la guerre dont Trump ne veut pas.

Ces contradictions sont au cœur de l'administration actuelle et du personnage de Donald Trump depuis qu'il a pris ses fonctions."

Il y a encore quelques jours, après le G7 à Biarritz, on parlait d’une éventuelle rencontre Trump-Rohani en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Vous connaissez bien la diplomatie pour avoir travaillé à la Maison-Blanche. Une telle réunion est-elle encore possible ? 

"Je n'y ai jamais vraiment cru. Mais pas parce que je pensais que le président américain n'était pas sérieux.

Donald Trump meurt d'envie d'avoir cette réunion avec son homologue iranien. Il en meurt d’envie depuis deux ans. Le blocage vient de Téhéran.

Sous l’administration Obama, j’ai été chargé de demander si le président iranien était prêt à rencontrer le président américain. La réponse a été très nette : non. Et Hassan Rohani n'a jamais rencontré Barack Obama.

Réconcilier la demande insistante du président Trump pour une rencontre avec Rohani, avec la demande iranienne d'un allègement sérieux des sanctions, c'était déjà difficile à faire avant. Il me paraît d’autant plus improbable d’imaginer une rencontre qu’aujourd’hui, les tensions sont très fortes, les sanctions contre l'Iran sont à un niveau maximal. À moins que le président américain soit prêt à faire un geste très fort pour les alléger – c’est le sens de l’initiative du président Macron, et je pense qu’elle est bonne. Or Donald Trump demande le contraire à son secrétaire du Trésor…"

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