Mi-juillet, le Kazakhstan a indiqué à ses habitants qu’ils devraient désormais installer un certificat permettant la surveillance de leurs connexions, s’ils veulent continuer à aller sur Internet. Et dans les autres pays autoritaires, quelle est la situation ?

A Cuba, l'Internet mobile est en pleine expansion
A Cuba, l'Internet mobile est en pleine expansion © AFP / YAMIL LAGE

Certains Kazakhs ont reçu un SMS pour leur annoncer, d’autres ont découvert leur connexion coupée : depuis le 17 juillet dernier, pour naviguer sur Internet au Kazakhstan, il faut avoir téléchargé sur son terminal de connexion (ordinateur, smartphone) un certificat émis au nom du gouvernement kazakh, qui permet de déchiffrer les connexions aux sites HTTPS, normalement sécurisées et cryptées. 

Si l’Etat kazakh affirme que cette nouvelle restriction est avant tout liée à des questions de cybersécurité, des chercheurs ont établi, la semaine dernière, que 37 sites étaient pour l’heure concernés par l’interception des connexions HTTPS. Et parmi eux, on trouve Google, Facebook, Twitter ou Instagram. Plusieurs organisations, comme l’entreprise Mozilla qui développe le navigateur Firefox, ont fait savoir qu’elles travaillaient à une façon de contrer ou de contourner ce certificat obligatoire.  

Cette mesure n’est qu’un exemple parmi d’autres – y compris à l’échelle du Kazakhstan, qui travaille aussi avec des entreprises vendant des systèmes de piratage – dans les pays non démocratiques où les libertés individuelles ne sont pas garanties. 

Cuba s’ouvre et autorise le wi-fi et la 4G… à des prix discriminants 

Cuba a longtemps été considéré comme l’un des pires endroits du monde en termes de connexion à Internet, avec un accès très limité. Depuis plusieurs mois, l’île, qui a amorcé une timide ouverture économique, libéralise aussi ses télécommunications : alors que jusqu’à présent l’île était dotée d’un nombre restreint de points d’accès au wifi, à compter de lundi, il sera possible d’avoir un réseau wifi chez soi.  

L’internet mobile, qui a été autorisé fin 2018, se développe aussi petit à petit : en avril dernier l’entreprise nationale de télécommunications a annoncé le début du déploiement de la 4G. Seul problème : le prix des forfaits est prohibitif pour la plupart des Cubains. Pour accéder à Internet sur son téléphone, il faut débourser 30 pesos convertibles, ce qui correspond au salaire mensuel moyen sur l’île.  

Ouzbékistan : un dégel tout relatif 

Selon Reporters Sans Frontières, le pays, qui pratiquait la censure sur un grand nombre de sites d’information, est en train petit à petit de vivre un "dégel". Ainsi, en mai, plusieurs sites indépendants comme Voice of America ou le site de la BBC en langue ouzbek ont été à nouveau accessibles.  

Un an plus tôt, c’étaient les services Skype et Whatsapp (ainsi que Viber) qui étaient à débloqués par l’État. Ils étaient totalement bloqués depuis 2015, alors que les premières constatations de blocage d’Internet remontaient à peine à 2011. En revanche, toujours selon RSF, des réseaux sociaux comme Facebook ou YouTube sont toujours régulièrement inaccessibles, et plusieurs blogueurs ont été interpellés l’an dernier.  

Corée du Nord : pas d’Internet mais un intranet 

Pour éviter que les Nord-Coréens aient accès à Internet, le régime de Kim Jong-Un a une solution simple : la République Populaire de Corée (nom officiel de la Corée du Nord) est le pays le moins connecté du monde. La plupart des ordinateurs du pays – et il y en a peu, on en trouve essentiellement dans des lieux publics – ne  sont pas branchés à Internet... mais à Kwangmyong, un réseau intranet. Sur celui-ci, les “internautes” peuvent accéder à une messagerie électronique et y trouver de nombreuses ressources et informations, une fois filtrées par la censure : en effet, le réseau est géré par l’unique opérateur téléphonique du pays, c’est-à-dire par l’État.  

Il existe tout de même un Internet en Corée du Nord, et celui est extrêmement restreint : en 2016, une fuite avait permis d’identifier 28 sites seulement avec une adresse se terminant par .kp, l’extension nord-coréenne. Seule une dizaine de ces sites était alors active, et on y trouvait notamment une sorte de réseau social ou un site de cuisine. Il n’y a qu’une poignée d’habitants, très haut placés, qui ont accès à un Internet complet.  

Turkménistan : Internet pour les plus riches 

Sur le site de France Diplomatie, on peut lire à propos d’Internet au Turkménistan : “Le réseau est peu développé, lent et de nombreux sites ou applications sont inacessibles”. Jusqu’en 2008, les particuliers n’avaient pas le droit d’avoir une connexion Internet à domicile.   

Si de nombreux sites Internet sont bloqués, la première restriction pour l’accès à Internet est financière : dans la capitale Achgabat, les cybercafés sont rares et chers. Et avoir une connexion chez soi est un véritable luxe :  à moins d’avoir un modem 56k (et donc une navigation excessivement lente), l’ADSL est hors de prix, et les forfaits peuvent atteindre plusieurs centaines voire milliers d’euros. Dans ce régime communiste, seuls les citoyens considérés comme "bons citoyens" ont droit à un travail qui leur rapporte un salaire correct. 

Iran : un “Internet halal” 

En 2009, quand l’élection de Mahmoud Ahmadinejad provoque un mouvement de colère, les autorités iraniennes coupent l’accès au web pour éviter la propagation de la mobilisation. Depuis lors, l’Iran a mûri l’idée, déjà présente chez les religieux orthodoxes, d’un internet fermé, hermétique au reste du monde, et filtré de tous les contenus non conformes aux lois islamiques qui régissent déjà la République iranienne.  

Depuis 2016, le Réseau national d’information est donc mis en place en Iran, et héberge des sites nationaux “validés” par les autorités. Celui-ci s’accompagne d’une fin de la neutralité du net : les sites nationaux ont droit à un hébergement moins cher et plus rapide. Avec cette méthode, les autorités espèrent imposer leur version d’Internet à la population sans avoir à interdire le reste. Et cela fonctionne : selon RFI, sur les vingt sites les plus consultés en Iran, seuls cinq sont étrangers.  

Arabie Saoudite : les réseaux sociaux, espaces de relative liberté 

L’Arabie saoudite présente un paradoxe : verrouillé sur le plan des libertés, le royaume laisse pourtant ses habitants se connecter aux réseaux sociaux : 93% des Saoudiens ont un accès à Internet, 35% sont sur les réseaux sociaux. Et y bénéficient d’un relatif espace de liberté, où la ségrégation entre femmes et hommes n’existe pas, et où des débats de société ont lieu, parfois animés par les autorités elles-mêmes, soucieuses de l’image de leur pays.  

Alors, où s’arrête cette liberté du web ? Dans la vraie vie. Ce que les Saoudiens disent ou postent sur Internet peut leur valoir prison et coups de fouet, s’ils sont interpellés par la police : les dissidents sont souvent traqués.  

Birmanie : Internet coupé dans une partie du pays

La Birmanie, où la situation est extrêmement tendue entre l’armée du pays et une armée séparatiste dans l’État de Rakhine, au bord de l’océan Indien, est touchée par des coupures d’Internet, depuis cinq semaines. Celui-ci est totalement inaccessible dans cette zone du pays. Selon plusieurs ONG, qui soulignent que l’accès à l’information est impossible dans la région, ces coupures servent à dissimuler des crimes de guerre de la part de l’armée birmane.  

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