Fin connaisseur du Moyen-Orient, Denis Bauchard (ancien ambassadeur en Jordanie et ex-directeur du département Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d'Orsay), vient de publier une note de synthèse très éclairante sur Daech ou organisation de l'Etat islamique, pour le compte de l'IRIS.

Pour lui, mais ce n'est pas une surprise, la lutte contre Daech sera longue et difficile, mais surtout les frappes aériennes ne suffiront pas à éradiquer le califat autoproclamé d'Abou Bakr Al-Baghdadi. A la fin de sa note, Denis Bauchard tente de bâtir quelques scénarios d'évolution.

Scénario 1 : "blanc, optimiste et frisant l'ilusion, serait celui où le gouvernement irakien mettrait en oeuvre une véritable politique de partage du pouvoir et de redistribution équitable des principaux postes sensibles avec la communauté sunnite. En Syrie, grâce à l'action conjuguée des membres de la coalition, y compris la Russie, Bachar Al-Assad accepterait de céder la place à un gouvernement de transition (...) Daech, sous l'action conjuguée des frappes aériennes et des troupes au sol amies, serait demantelé et ses finances asséchées..."

Scénario 2 :"noir et catastrophique, il verrait Daech s'étendre et renforcer son emprise en pays sunnite et kurde, voir élargir son contrôle en Syrie (...) Ses effectifs augmenteraient rapidement grâce au ralliement de groupes djihadistes rivaux, notamment ceux qui ont fait allégeance à Al-Qaïda, et au soutien massif des populations sunnites des zones sous contrôle (...) L'EI étendrait son influence dans l'ensemble du Levant, comme il l'ambitionne au Liban et en Jordanie (...) Dans les pays occidentaux, les attentats de "loups solitaires", mais connectés, ou manipulés par les réseaux de l'EI qui reprendraient ceux d'Al-Qaïda, se multiplieraient..."

Scénario 3 :"gris, le plus probable, avec diverses variantes : arrêt de l'expansion de la zone sous l'influence de Daech (...) basculement de certaines tribus irakiennes se ralliant au pouvoir à Bagdad (...) persistance d'actions terroristes aussi bien en zone chiite irakienne qu'en Syrie; dans les pays occidentaux, persistance de risques d'attentats, déjoués pour la plupart..."

Même si les incertitudes sont grandes, Denis Bauchard tire quelques conclusions inquiétantes :

1-"La fragmentation du Moyen-Orient, déjà en marche depuis plusieurs années, risque de conduire à une véritable implosion de cette zone stratégique."

2- "Une politique placée sous le seul signe de l'émotion paraît vouée à l'échec. Chaque acteur doit évaluer ses véritables intérêts et agir en conséquence. Ceci suppose sans doute un dialogue entre des pays et des régimes qui se sont diabolisés réciproquement."

3-"Il est probable que l'on s'achemine vers une nouvelle carte des acteurs régionaux, et un déclin de l'influence occidentale qui prévalait largement jusqu'à maintenant."

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Rien de très rassurant...__

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