Le premier tome des Mémoires de Barack Obama "Une terre promise" sort ce mardi dans 23 pays dont la France. Près de 800 pages où le premier Président américain noir révèle des anecdotes et ses sentiments sur sa vie de dirigeant. Il évoque un peu la France et son Président de l'époque Nicolas Sarkozy.

Barack Obama publie ce 17 novembre 2020 le premier tome de ses Mémoires (ici Barack Obama en campagne pour Joe Biden)
Barack Obama publie ce 17 novembre 2020 le premier tome de ses Mémoires (ici Barack Obama en campagne pour Joe Biden) © AFP / CHANDAN KHANNA

Ce n'est pas son premier ouvrage. Barack Obama, 59 ans, a déjà quatre essais à son actif. Mais Une terre promise (Ed.Fayard) est le livre destiné à la postérité, le livre présidentiel, qui révèle les coulisses de son premier mandat (en attendant le deuxième tome), mais aussi ses réflexions sur l'émergence du populisme et de Donald Trump. 

Sortie ce 17 novembre 2020 du tome 1 des Mémoires de Barack Obama
Sortie ce 17 novembre 2020 du tome 1 des Mémoires de Barack Obama © Radio France / Christian Chesnot

Et dans cet ouvrage fleuve, Nicolas Sarkozy, président français de mai 2007 à mai 2012, en prend pour son grade. 

Des discussions parfois "exaspérantes"

Barack Obama évoque son premier Sommet du G20 à Londres, sous la présidence du Premier ministre britannique Gordon Brown. Barack Obama se voit "comme un élève dans sa nouvelle école (...)". Après, pour les autres sommets, il reconnaitra se trouver des excuses pour occuper son esprit : "plus tard, quand j'aurai quelques sommets à mon actif, j'adopterais les tactiques de survie des participants plus expérimentés". Toujours est-il que, lors du Sommet du G20 en mars 2009, le président français Nicolas Sarkozy, et la dirigeante allemande Angela Merkel sont là. Selon Barack Obama "dans l'ensemble, ils s'entendaient, même si leurs tempéraments n'auraient pas pu être plus différents". 

Sarkozy était tout en emportements émotifs et en propos hyperboliques. Avec sa peau mate, ses traits expressifs, vaguement méditerranéens, et de petite taille (il mesurait à peu près 1,66 mètre, mais portait des talonnettes pour se grandir, on aurait dit un personnage sorti d'un tableau de Toulouse-Lautrec)...

L'ancien président américain décrit les discussions avec Sarkozy "tour à tour amusantes et exaspérantes, ses mains en mouvement perpétuel, sa poitrine bombée comme celle d'un coq nain". 

Barack Obama et Nicolas Sarkozy lors du Sommet de l'OTAN en 2009 à Strasbourg
Barack Obama et Nicolas Sarkozy lors du Sommet de l'OTAN en 2009 à Strasbourg © AFP / SAUL LOEB

Lorsqu'il fait le parrallèle entre le dirigeant français et la dirigeante allemande, Barack Obama affirme : "il n'était pas difficile de savoir lequel de mes deux partenaires européens se révèlerait le plus fiable". "Ce qui faisait défaut à Sarkozy en matière de cohérence idéologique, il le compensait par l'audace, le charme et une énergie frénétique".

Un personnage changeant, peu fiable et opportuniste

Barack Obama décrit également Nicolas Sarkozy comme quelqu'un qui, "dès lors qu'il s'agissait de stratégie politique, n'hésitait pas à faire de grands écarts, souvent poussé par les gros titres ou l'opportunisme politique". 

Nicolas Sarkozy apparait aux yeux de Barack Obama comme un enfant turbulent, mal organisé, au tempérament changeant, survolté, capable de tenir des propos lors de ses discours, qu'il ignore par la suite. Par exemple : lors des printemps arabes et l'intervention en Libye. Nicolas Sarkozy, rappelle Barack Obama, "avait été vivement critiqué en France pour avoir soutenu jusqu'au bout le régime de Ben Ali en Tunisie [et] a soudainement embrassé la cause du peuple libyen".  

La Coalition a alors attaqué la Libye, les avions européens ont pris possession de l'espace aérien (Sarkozy veillant à ce que le premier appareil à y pénétrer soit français)".

Rare point positif, Barack Obama admet néanmoins avoir apprécié le soutien de sa candidature en 2008 de la part de Nicolas Sarkozy.

Angela Merkel et "sa sensibilité impassible et analytique"

Pour Barack Obama, la dirigeante allemande est aux antipodes de Nicolas Sarkozy. Mais "j'en suis venu à les considérer comme utilement complémentaires" écrit-il. "Sarkozy respectueux de la prudence innée de Merkel, mais la poussant souvent à agir. Merkel, prête à oublier les manies de Sarkozy, mais d'une grande adresse pour canaliser ses propositions les plus impulsives". 

Angela Merkel et Barack Obama lors d'un dîner au G20 de Londres en 2009
Angela Merkel et Barack Obama lors d'un dîner au G20 de Londres en 2009 © AFP / STEFFEN KUGLER / BPA / dpa Picture-Alliance

Barack Obama semble avoir eu un profond respect pour Angela Merkel : 

Plus j'apprenais à connaître Angela Merkel, et plus je l'appréciais.

"Je la trouvais sérieuse, honnête, intellectuellement exigeante et instinctivement bienveillante". Il rappelle malgré tout "son tempérament conservateur" et le fait que c'est "une politicienne aguerrie qui connaissait bien ses électeurs". 

Benyamin Nétanyahou sait être "charmant lorsqu'il y trouve un avantage" 

Lors de sa "grande séance d'audition sur la scène internationale " en 2009 après sa prise de fonctions, il passe deux journées "marathon" en Israël et en Cisjordanie. 

"Je me suis efforcé de comprendre la logique mais aussi les émotions à l'oeuvre derrière un conflit ancestral en apparence insoluble". 

En 2009, l'Israëlien Ehoud Barak vient d'être remplacé au gouvernement par Benyamin Nétanyahou, "le Likoud [parti de Nétanyahou] ayant réussi à bricoler une coalition gouvernementale avec les partis de droite".

Encouragé par son conseiller Rahm Emanuel, Barack Obama veut relancer les discussions entre Israël et la Palestine, "au moins parce que cela pourrait empêcher que la situation ne se dégrade". Mais Rahm Emanuel n'était pas très optimiste et "lorsque j'ai commencé à côtoyer Nétanyahou et son homologue palestinien Mahmoud Abbas, j'ai compris pourquoi". 

Benyamin Nétanyahou et Barack Obama le 22 septembre 2009 à New York
Benyamin Nétanyahou et Barack Obama le 22 septembre 2009 à New York © AFP / JIM WATSON

Car Barack Obama, issu du parti démocrate, doit composer avec un Premier ministre israélien de droite, dont "la philiosophie concordait avec celle du parti républicain notamment(...)". Barack Obama rappelle qu'ils ont tous deux "des visions du monde très différentes". 

Barack Obama décrit Nétanyahou comme un homme "intelligent, habile, coriace, issu d'une famille depuis longtemps liée au mouvement sionniste... Il avait bâti son personnage autour de l'idée selon laquelle les Juifs devaient se montrer aussi durs que la région où ils vivaient.. Il savait être charmant, ou du moins déférent, lorsqu'il y trouvait un avantage". L'ex-Président américain reconnait un désaccord profond au sujet d'un gel des colonies et accuse Nétanyahou d'avoir fait perdre du temps aux discussions.