Le président américain entend présenter David Malpass, adversaire déclaré du multilatéralisme, comme candidat au poste de président de la Banque mondiale.

David Malpass, un choix contesté pour la présidence de la Banque mondiale
David Malpass, un choix contesté pour la présidence de la Banque mondiale © AFP / Brendan Smialowski

Depuis janvier son nom circulait - à côté de celui d'Ivanka Trump -  pour remplacer le  président démissionnaire de la Banque mondiale, Jim Yong Kim.  David Malpass, 62 ans, le responsable du Trésor américain, est, selon Donald Trump "la personne idéale pour occuper ce poste incroyablement important", un "homme extraordinaire".  Un choix pourtant loin de faire l'unanimité, tant ce proche du président américain est avant tout, comme lui, un grand critique des institutions internationales qu'il juge dépensières et inefficaces. 

S'il est élu à la tête de la Banque mondiale, David Malpass entend d'ailleurs réformer cet organisme dont la mission est de réduire la pauvreté dans le monde en finançant des projets de développement.  Cet économiste, issu de Wall Street, s'est ainsi plusieurs fois interrogé sur la pertinence de soutenir des projets en Chine, par exemple, en dépit du poids de cet état devenu la seconde puissance économique mondiale. 

Il ne fait aucun sens que des pays à plus hauts revenus obtiennent des ressources de la banque, quand des pays plus pauvres pourraient en faire un meilleur usage

Cependant, dans le contexte de la guerre économique sans merci que se livrent Pékin et Washington, difficile évidemment d'occulter les éventuelles conséquences de cette nomination très politique. Ce choix s'inscrit par ailleurs dans la stratégie de sape des plateformes du multilatéralisme impulsée par Donald Trump depuis le début de son mandat. Le président américain a plusieurs fois nommé à des postes-clés des personnalités très critiques, et retiré les Etats-Unis d'institutions et de traités internationaux, comme cela a été le cas avec l'Unesco, l'accord de Paris sur le climat, ou l'accord sur le nucléaire iranien.  

Donald Trump et son candidat David Malpass
Donald Trump et son candidat David Malpass © AFP / Brendan Smialowski

Face à cette nomination des voix s'élèvent pour inviter à bloquer l'élection de David Malpass. "David Malpass serait un désastre, un choix toxique", a ainsi tweeté Tony Fratto, l'ancien porte-parole de la Maison Blanche sous George W. Bush.   

Ses adversaires fustigent son management brutal au sein du Trésor américain, ses déclarations tranchées et peu diplomatiques. Le prix Nobel d'économie Paul Krugman, éditorialiste au New York Times rappelle de son côté les erreurs d'analyses de David Malpass, qui avait notamment estimé en 2007, dans une tribune publiée par le Wall Street Journal quelques semaines à peine avant le début de la terrible crise des subprimes, que "le marché immobilier et l'endettement ne jouent pas un rôle si important que cela dans l'économie américaine"...   

Alors que la direction du FMI est tacitement réservée à un candidat européen, la présidence de la Banque mondiale est de la même façon, depuis sa création en 1944 attribuée à un américain. Or le tollé provoqué par la candidature de David Malpass pourrait rebattre les cartes et précipiter un jeu d'échec diplomatique inédit.  Premiers contributeurs de cette institution, les États-Unis détiennent 14% des votes du conseil chargé d'en élire le directeur. Mais un front anti-Malpass pourrait se constituer, afin de contrarier cette élection. 

Une stratégie non dépourvue de risque

Les pays européens, qui craignent l’élection d'un candidat pro-Trump, risquent, s'ils votent contre, de perdre en représailles la présidence du FMI, actuellement occupée par la française Christine Lagarde. D'autres pays opposés à cette candidature, tels la Chine, pourraient tenter de mobiliser les voix de pays en développement qui pourraient alors se reporter sur d'autres candidats, comme l'ancienne ministre indonésienne des finances Sri Mulyani Indrawati ou l'ancienne ministre nigériane des Finances Ngozi Okonjo-Iweala, déjà candidate en 2012. 

Mais le calcul, là encore, pourrait s'avérer délicat pour ces pays, mis face à un choix critique qui les mettrait en position périlleuse face au géant américain.  La bataille diplomatique s'engage donc alors que les candidatures seront ouvertes jusqu'au 14 mars. Le nouveau président sera ensuite choisi avant les rencontres de printemps du FMI et de la Banque mondiale, qui auront lieu du 12 au 14 avril à Washington.

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