Pointé du doigt pour sa gestion de la crise sanitaire du Covid-19, Donald Trump a-t-il réellement tardé à prendre des mesures contre l'épidémie qui frappe durement les États-Unis ? Chronologie.

"Il n’y a pas de risque de pandémie et la situation est sous contrôle. Ça va aller", disait Trump le 22 janvier.
"Il n’y a pas de risque de pandémie et la situation est sous contrôle. Ça va aller", disait Trump le 22 janvier. © AFP / Mandel Ngan

L'administration Trump a-t-elle fait ce qu'il fallait ? Désormais premier foyer planétaire du nouveau coronavirus, les États-Unis comptent au total 600 000 cas sur l’ensemble du territoire. Remontons le temps : c'est le 19 janvier que le tout premier est identifié dans le pays, dans la région de Seattle, sur la côte ouest. Douze jours plus tard, Donald Trump prend une mesure spectaculaire : la restriction des voyages en provenance de Chine. Mais entre le 31 janvier et le 11 mars, le président américain a largement minimisé la gravité du Covid-19, qu'il appelle "le virus chinois", et les risques d’épidémie. Chronologie d’une (lente) prise de conscience de la part de l’administration américaine. 

Premières alertes

Fin novembre. Selon ABC et CNN, le Centre national du renseignement médical, qui dépend directement du Pentagone, identifie un nouveau virus qui commence à se répandre dans la région de Wuhan, dans le centre de la Chine. Pour sa part, le ministère américain de la Défense ne confirme pas que cette première alerte a eu lieu.

31 décembre. Pékin informe l’Organisation mondiale de la Santé qu’une forme de pneumonie, inconnue et inhabituelle, touche cette ville chinoise de 11 millions d’habitants. 

3 janvier. Robert Redfield, patron du Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) d'Atlanta, en Géorgie, reçoit un appel téléphonique de son homologue chinois, qui l’alerte à son tour sur un risque d’épidémie.

Le docteur Anthony Fauci, qui est, depuis 1984, le directeur du Centre américain des maladies infectieuses et qui a conseillé six présidents de Reagan à Trump, est informé au même moment. Robert Redfield alerte le secrétaire à la Santé de Donald Trump, Alex M. Azar.

Le même jour, le Conseil de sécurité nationale (NSC), qui conseille quotidiennement le Président, reçoit un rapport des services de renseignement américains mettant en garde sur les risques d’une épidémie de coronavirus aux États-Unis.

6 janvier. Robert Redfield (CDC) écrit à ses homologues chinois pour leur proposer l’aide des États-Unis, et l’envoi à Wuhan d’une équipe américaine. Il essuie un refus de la part de Pékin.

8 janvier. Deux jours plus tard, le CDC émet sa première alerte publique concernant le nouveau coronavirus.

Trump informé en personne mi-janvier du risque d'épidémie

17 janvier. Les autorités américaines mettent en place de premières mesures de contrôle sanitaire des passagers en provenance de Chine, dans trois aéroports : Los Angeles, San Francisco et New York.

18 janvier. Pour la première fois, le Secrétaire à la Santé Alex Azar téléphone à Donald Trump pour alerter le Président sur un risque d’épidémie aux États-Unis. Trump est en Floride, dans sa résidence privée de Mar-a-Lago. Selon l’agence de presse américaine AP, le Président est alors plus préoccupé par les risques sanitaires que pose la cigarette électronique, et presse son ministre de la Santé de prendre des mesures sur ce sujet. Avec du recul, plusieurs cadres de l’administration jugent aujourd'hui qu’Azar n’a pas été assez explicite et convaincant.

19 janvier. À Seattle (État de Washington), un homme de 35 ans est testé positif au coronavirus. Il est arrivé de la région de Wuhan quatre jours plus tôt. Ce malade est le premier cas connu de Covid-19 aux États-Unis.

22 janvier. Donald Trump participe au Forum économique mondial de Davos en Suisse. Interrogé par la chaine CNBC sur la menace de ce nouveau coronavirus venu de Chine, le 45e Président des Etats-Unis déclare : "Il n’y a pas de risque de pandémie et la situation est sous contrôle. Ça va aller."

23 janvier. Les 11 millions d’habitants de la ville chinoise de Wuhan entrent en confinement et sont isolés du reste du monde.

Les risques envisagés... pour la réélection de Trump 

27 janvier dans l’après-midi. Le Conseil de Sécurité Nationale organise dans la Situation Room de la Maison-Blanche une réunion d’urgence consacrée au coronavirus. Selon le site d’informations Axios, Joe Grogan, conseiller politique intérieure de Donald Trump, prévient : "Une épidémie pourrait coûter sa réélection au Président."

29 janvier. Le conseiller au commerce de Donald Trump Peter Navarro rédige un premier mémo évoquant ce risque : une épidémie de coronavirus pourrait en effet causer des pertes pour l’économie du pays qu’il estime à, au moins, 6 milliards de dollars. Navarro recommande la limitation des voyages en provenance de Chine notamment. Il adresse sa note au Conseil de Sécurité Nationale.

Le même jour, la Maison-Blanche met en place une équipe dédiée (task force) pour s’organiser face à ce nouveau virus. L’équipe est coordonnée par le Secrétaire à la Santé Azar. 

30 janvier au matin. Alex Azar et le chef de cabinet de la Maison-Blanche Mick Mulvaney (remplacé depuis) alertent une nouvelle fois Donald Trump par téléphone.  Le Président est à bord d’Air Force One, pour un meeting de campagne prévu le soir même à Des Moines, Iowa. Selon le New York Times, il juge alors son Secrétaire à la Santé "trop alarmiste".

Le même jour, l’Organisation Mondiale de la Santé déclare une urgence de santé publique internationale.

Restriction des vols venant de Chine

31 janvier. L’administration Trump décide une restriction des voyages en provenance de Chine.  Sont exemptés les ressortissants américains, leurs familles, et les résidents permanents aux États-Unis. Selon le New York Times, environ 40 000 voyageurs sont depuis cette date arrivés sur le sol américain en provenance de Chine, par des vols directs.

4 février. Donald Trump prononce devant le Congrès américain réuni au Capitole, à Washington, son traditionnel discours sur l’état de l’Union.

5 février. Après vingt jours de procès devant un Sénat américain dominé par les Républicains et six mois d’enquête et d’auditions par la chambre des Représentants contrôlée par les Démocrates, Donald Trump est acquitté lors de son procès en destitution, dans le cadre de l’affaire ukrainienne. 

Depuis, le camp conservateur explique que le retard des mesures prises contre l’épidémie est dû à ce procès en destitution.

10 février. Donald Trump est en meeting dans le New Hampshire. Devant ses supporters, il déclare : 

"En avril, dès que les températures auront un peu remonté, ce virus disparaîtra. Comme par miracle."

Les recommandations se multiplient

14 février. Le Dr. Robert Kadlec, Secrétaire adjoint du ministère de la Santé, remet à son tour au Conseil de Sécurité Nationale un rapport qu’il a intitulé : "La réponse du gouvernement des États-Unis à l’épidémie de nouveau coronavirus." 

Dans ce document, le médecin recommande la mise en place de plusieurs mesures : limitation des rassemblements publics, annulations des événements sportifs et culturels, fermeture des écoles, et confinement des travailleurs jugés non-essentiels. Les conclusions de ce rapport doivent être présentées à Donald Trump dès son retour d’Inde où il est en voyage officiel. Une réunion est programmée pour le 25 février. Mais elle est annulée. Et le mémo enterré avant même d’être présenté au Président.

23 février. Le conseiller au commerce Peter Navarro rédige un second mémo et l’adresse directement au Président Trump. Cette note, ainsi que celle écrite fin janvier, circule au sein de la Maison-Blanche. Navarro prévient : "Jusqu’à 100 millions d’américains pourraient être contaminés par ce virus. Et un à deux millions de personnes pourraient perdre la vie."

24 février. Dans un tweet, Donald Trump écrit pourtant : "La situation est vraiment sous contrôle aux États-Unis. Et les marchés boursiers m’ont l’air d’aller très bien !"

25 février. Le Dr. Nancy Messonnier, qui dirige le Centre national pour les maladies respiratoires, met en garde contre les risques d’une épidémie de grande ampleur. À New York, le Dow Jones et le Nasdaq chutent.

26 février. À six heures du matin, alors qu’il rentre d’Inde et qu’il vient d’atterrir sur la base Andrews, Donald Trump appelle son Secrétaire à la Santé Aznar, se plaignant que les déclarations du Dr. Messonnier ont "effrayé les gens pour rien". Le soir même, le Président annonce que la "task force coronavirus" de la Maison-Blanche est désormais pilotée par le Vice-président Mike Pence.
Trump commente : 

"Nous n’avons qu’une quinzaine de malades. Et ils vont tous mieux. Bientôt, on sera proche de zéro cas. On fait du bon boulot."

Trump regarde ailleurs

29 février. Dans l’état de Washington sur la côte Ouest, un quinquagénaire qui n’avait pas voyagé en Chine auparavant est le premier mort américain du Covid-19. Le département d’État recommande aux ressortissants des États-Unis d’éviter les voyages dans les zones touchées en Italie et en Corée du Sud. Restriction aussi pour ceux ayant séjourné en Iran dans les 14 jours précédents.

3 mars. La campagne pour l’investiture démocrate bat (encore) son plein. L’ancien vice-président Joe Biden s’impose lors du Super Tuesday face à Bernie Sanders. 

6 mars. Trump visite le CDC à Atlanta, une casquette "Make America Great Again" sur la tête. Il promet que bientôt tous les Américains qui le souhaitent pourront être testés. 

9 mars. Donald Trump écrit sur le réseau social Twitter : "L’an dernier, 37 000 Américains sont morts de la grippe. En moyenne, la grippe fait entre 27 000 et 70 000 morts par an. Et on ne ferme pas le pays pour autant. La vie et l’économie continuent. A ce jour, il n’y a aux États-Unis que 546 cas confirmés de coronavirus, et 22 morts. Pensez à cela !"

10 mars. "It will go away" dit Trump. Depuis le Capitole, il appelle la population au calme "Le virus va s’en aller", répète-t-il.  

11 mars. Deux jours plus tard, l'Organisation mondiale de la Santé qualifie l’épidémie de coronavirus de pandémie. 

Dans la soirée, allocution officielle de Donald Trump, depuis le bureau ovale à la Maison-Blanche. Le président annonce des restrictions des voyages en provenance d’Europe. Mais n’appelle pas encore à des mesures de distanciation sociale ou à la fermeture des écoles.

12 mars au soir. À New York, les théâtres de Broadway ferment.

L'urgence nationale décrétée, deux mois après le premier cas

13 mars. Donald Trump proclame une urgence nationale et annonce le déblocage de 50 premiers milliards de dollars pour venir en aide aux États et aux territoires touchés par l’épidémie. 

15 mars. Le CDC recommande aux Américains de ne pas participer à des rassemblements de plus de 50 personnes, pour les huit prochaines semaines. 

16 mars. Lors d’un briefing organisé dans la salle de presse de la Maison-Blanche, Donald Trump annonce de nouvelles mesures de distanciation sociale et recommande la fin des rassemblements de plus de dix personnes. 

Ce jour-là, la ville de New York annonce la fermeture de toutes ses écoles publiques (1,1 million d’élèves concernés).

17 mars. Lors de l’une de ses conférences de presse désormais quotidiennes, Trump affirme qu’il a toujours su que le pays allait faire face "à une pandémie". "Bien avant que ça soit décrit comme une pandémie."

Les États confinent face à l'escalade sanitaire

19 mars. Le gouverneur démocrate de Californie Gavin Newsom annonce le confinement des 40 millions d’habitants de cet État. D’autres États vont prendre une mesure similaire. Mais il n’y a pas de confinement décidé au niveau fédéral.

25 mars. Invité de l’émission matinale "Fox and Friends", Donald Trump explique qu’il veut rouvrir le pays rapidement. 

"Pour Pâques (le 12 avril), ça serait vraiment formidable. Je veux voir les églises bondées. Je trouve ce jour merveilleux."

26 mars. Avec 81 300 cas de coronavirus, les États-Unis deviennent le pays le plus touché par la pandémie, devant l’Italie.

27 mars. Donald Trump signe le décret sur son plan de soutien à l’économie américaine, à plus de 2 000 milliards de dollars.

28 mars. Le CDC recommande aux habitants de l’État de New York, mais aussi du New Jersey et du Connecticut, de rester chez eux, et de se placer en quarantaine pendant 14 jours s’ils sortent de leur État.

30 mars. À leur tour, la Virginie, le Maryland et la capitale fédérale Washington DC ordonnent un confinement de leur population.

31 mars. Donald Trump prolonge de 30 jours les consignes de distanciation sociale. "C’est une question de vie ou de mort", insiste le Président. 

Un masque ? "I don't want to wear one", répond Trump 

3 avril. Le CDC recommande à tous les Américains de sortir désormais avec un masque ou un foulard sur le visage. Donald Trump approuve la recommandation mais fait savoir qu’à titre personnel, "il ne le fera pas"

"Vous m’imaginez accueillir dans le bureau ovale des présidents, des premiers ministres, des dictateurs, des rois et des reines, avec un masque sur la bouche ?"

9 avril. Le département du Travail annonce que 6,6 millions d’Américains ont déposé la semaine précédente une demande d’allocation chômage. Ils étaient plus de 10 millions à l’avoir déjà fait les deux semaines précédentes. En trois semaines, un travailleur américain sur dix a pointé au chômage.

13 avril. Alors que l’État de New York vient de franchir la barre des 10 000 morts, le gouverneur démocrate Andrew Cuomo affirme que "le pire est derrière nous". "À condition de continuer à respecter le confinement et les mesures de distanciation sociale", poursuit-il.

Le même jour. lors de son brief quotidien à la Maison-Blanche, Donald Trump s’emporte contre les journalistes qui le pressent de questions sur l’inaction de son administration durant tout le mois de février. 

Mardi 14 avril, 9h du matin heure de la côte Est. L’université Johns Hopkins comptabilise 582 594 cas de coronavirus aux États-Unis. Depuis le début de cette crise sanitaire, le Covid-19 a provoqué la mort dans le pays de 23 649 personnes.

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