Donald Trump vient d'annoncer le retrait des troupes américaines en Syrie et en Afghanistan, provoquant l'inquiétude de la coalition internationale : lors de précédent conflits internationaux, la fin de la présence américaine a rarement été synonyme de retour à la paix. Illustration en quatre exemples marquants.

Soldats américains sur la base de Basmaya en 2016
Soldats américains sur la base de Basmaya en 2016 © Radio France / AHMAD AL-RUBAYE

Le président Donald Trump a décidé de retirer un nombre "important" des troupes américaines d'Afghanistan, au lendemain de l'annonce du retrait de celles stationnées en Syrie : quelque 7.000 des 14.000 soldats américains présents en Afghanistan seraient concernés, selon le Wall Street Journal ou le New York Times. 

Sur le terrain de la Syrie,  martelant que les États-Unis n'avaient pas vocation à être le "gendarme du Moyen-Orient", Donald Trump a défendu jeudi avec force le retrait des troupes américaines stationnées dans la zone, laissant en suspens de très nombreuses questions sur le devenir des frappes aériennes américaines contre le groupe Etat islamique, comme sur la politique de Washington vis-à-vis de l'Iran dans la région. Ces décisions, accueillies avec inquiétude sur le plan international, ont aussi provoqué le départ du chef du Pentagone, Jim Mattis, en désaccord avec la stratégie militaire de Trump sur la situation de ses troupes au Proche-Orient.

6 min

Hasni Habidi, directeur du CERNAM, centre d'études sur la méditerranée et le monde arabe, analyse les conséquences du retrait des troupes américaines en Syrie

Par Bruno Duvic

Lors de précédentes interventions faites par les États-Unis sur des zones de guerre, le retrait de la force américaine, loin de signer l'arrêt des conflits, a parfois eu des conséquences irrémédiables sur l'équilibre politique d'États à la démocratie déjà vacillante.

Koweït, le revers de la médaille

En août 1990, l’Irak envahit brusquement le Koweït sur fond de guerre du pétrole. La communauté internationale réagit immédiatement et impose des sanctions économiques à l’Irak. Une coalition d'une trentaine d'États, dirigée par les États-Unis, déploie ses forces et lancent deux opérations fulgurantes : "Tempête du désert" et "Bouclier du désert", qui neutralisent Saddam Hussein et forcent le dirigeant irakien à accepter toutes les conditions de paix de l'Onu, comme de ne plus posséder d'armes chimiques.

Le revers de ce succès américain est sans précédent : les pertes civiles sont considérables, des dizaines de milliers d'Irakiens tués pendant ce que les médias appelleront la "Guerre du Golfe", et son défilé d'images de missiles nocturnes.

Le Koweït retrouve l'indépendance, au prix d'un équilibre géopolitique régional ébranlé : les tensions avec le Proche-Orient ont été ravivées par les tirs de missiles irakiens contre Israël, tandis que le mouvement de révolte des kurdes d'Irak est violemment réprimé par Bagdad. Et Saddam Hussein, malgré l'embargo économique et les nombreuses opérations militaires, reste en place. 

Somalie, la gifle

En 1991, la fin du soutien américain apporté à la Somalie, initié pendant la Guerre froide, favorise la chute du régime en place, et livre le pays à la guerre civile. Une sécheresse survient et, le peuple est alors frappé d'une grande famine, tandis que les seigneurs de guerre confisquent les stocks de nourriture acheminés par les ONG.

Les États-Unis décident d'intervenir, mettant en place un pont aérien avec le Kenya voisin qui permettra d'acheminer des centaines de milliers de tonnes de nourriture. Bill Clinton, fraîchement élu, convainc les Nations-Unies de sécuriser l'aide humanitaire avec l'opération "Restore Hope". Les États-Unis reprennent majoritairement le contrôle de la zone, avant la débâcle de la bataille de Mogadiscio en 1993, pendant laquelle des hélicoptères américains sont abattus par les forces somaliennes.

Trois jours après, Bill Clinton demande le retrait des troupes américaines en Somalie, avant d'annoncer, quelques mois plus tard, que les prochaines interventions américaines seront menées uniquement dans le cadre de la protection et la défense des intérêts vitaux des États-Unis.

Irak, creuset de l'organisation État Islamique

Meurtris par les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis décident, deux ans plus tard, d'envahir l’Irak sans l’accord de l’ONU. Pour le président en place, George W. Bush, le pouvoir irakien est le bras armé de l'axe du mal, qui soutient le terrorisme. Cette deuxième "guerre du Golfe" débutée en 2003 entraine, en 2006, la défaite et l'exécution, presque immédiate de Saddam Hussein.

Alors qu'un gouvernement chiite (proche de l'Iran) est mis en place, une guerre éclate avec les Sunnites qui sont chassé de la capitale. Le conflit sera reconnu comme celui a favorisé l'émergence de l'Organisation État Islamique. Le départ des forces américaines, en 2011, achève de livrer le pays au chaos.

Afghanistan, le difficile passage de relais

Pour chasser les Talibans du pouvoir en Afghanistan, une offensive internationale, emmenée par les Américains, est menée dès 2001, en réaction directe, là aussi, aux attentats du 11 septembre 2001. Le but : capturer le grand ordonnateur des attentats Oussama Ben Laden et détruire l'organisation Al Qaïda, qui avait revendiqué les attaques du World Trade Center. La présence des soldats américains et de la coalition atteint son sommet au début des années 2010, et l'Otan organise finalement le retrait de ses troupes à la fin de l'année 2014. 

Barack Obama ne veut plus de l'image des États-Unis comme "gendarme du monde", mais consent à laisser en place, après 2014, près de 10 000 soldats américains sur place (dix fois moins qu'au plus fort de la présence américaine).

Les Américains ont progressivement livré les clés de la zone à l’armée afghane, sans que ces derniers n'aient toutefois les mêmes moyens militaires au sol, et, bien pire, en les privant aussi de leur force de frappe aérienne.

Sur le plan géopolitique, les objectifs de cette guerre n'ont pas été remplis : malgré la capture et la mort d'Oussama Ben Laden, l'affaiblissement des Talibans, la coalition n'a pas réussi à installer un régime stable à Kaboul, et les pertes civiles, coté américain ou afghan, sont considérables.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.