Depuis quelques mois en Inde, les lynchages provoqués par de fausses informations sur les réseaux sociaux se multiplient. En réalité, la justice expéditive 2.0 est un phénomène mondial, et qui ne date pas d'aujourd'hui.

Les autorités d'un village s'adressent aux familles des victimes de lynchages qui ont tué 5 personnes, dans la ville indienne de Dhule
Les autorités d'un village s'adressent aux familles des victimes de lynchages qui ont tué 5 personnes, dans la ville indienne de Dhule © AFP

Quand les réseaux sociaux alimentent la rumeur, cela peut aller très loin, jusqu'à l'agression physique. En Inde, ce sont les enlèvements d'enfants qui créent la psychose. Dimanche, trois personnes ont échappé de peu à l'hystérie collective, mais cinq autres ont été battues à mort dans l'ouest du pays. À l'origine de ces lynchages, des rumeurs partagées sur l'application de messagerie WhatsApp. Ces derniers mois, la presse indienne a recensé pas moins de 25 personnes mortes sous les coups de la vindicte populaire, à cause de ces "fake news" les accusant d'être des ravisseurs d'enfants.

Si le phénomène explose, il n'est pourtant pas nouveau. Dès 2015, la Côte d'Ivoire était le théâtre d'une véritable chasse aux kidnappeurs d'enfants, au point que le ministre de la Défense de l'époque s'inquiétait de voir le nombre de cas de fausses rumeurs dépasser celui des enlèvements bien réels.

La rumeur attise les craintes populaires

En avril, au Bénin, ce sont les "gaymen" qui ont fait l'objet d'une traque à l'issue parfois meurtrière. Ces escrocs du net sont soupçonnés d'avoir recours à des fétiches macabres pour réussir leurs arnaques. Sur Facebook ou WhatsApp, des vidéos de corps mutilés sont présentées comme des sacrifices rituels, gloire et richesse à la clé. Poursuivis par les autorités, plusieurs de ces "gaymen" ont tenté de fuir de pays. Peine perdue pour ceux qui pensaient se réfugier au Togo, les réseaux sociaux n'ont pas de frontières. Ce sont alors d'autres images qui ont commencé à circuler, montrant cette fois la foule s'en prendre à ces prétendus "gaymen".

Des kidnappeurs d'enfants, des cyber-sorciers, et, aux États-Unis, des pédophiles. En 2016, une vaste théorie du complot a pris de court les autorités et les médias américains, qui n'ont pas réussi à en endiguer la diffusion. Elle visait John Podesta, ancien directeur de campagne d'Hillary Clinton, accusé d'être impliqué dans un réseau de pédophilie... Le "Pizza Gate", scandale purement virtuel, s'est terminé en attaque à main armée dans la pizzeria où des enfants étaient supposés être détenus et abusés. Des tirs, pas de blessés, mais encore une fois, la désinformation agite les craintes populaires, jusqu'à pousser certains à tenter de faire justice eux-mêmes.

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