Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks a été arrêté par la police britannique ce jeudi dans l'ambassade d'Équateur à Londres où il était réfugié depuis 2012. Une arrestation sur la base d'un mandat d'arrêt britannique, mais qui pourrait rouvrir opportunément d'autres dossiers ailleurs dans le monde.

Julian Assange à la fenêtre de l'ambassade d'Équateur en mai 2017
Julian Assange à la fenêtre de l'ambassade d'Équateur en mai 2017 © AFP / Justin TALLIS

Julian Assange, citoyen australien et équatorien, était enfermé depuis 2012 dans l'ambassade équatorienne à Londres. L'Équateur lui avait accordé l'asile en 2012, avant de lui retirer ce 11 avril. Car les relations de Julian Assange avec la justice de différents pays ont été houleuses ces dernières années. De quoi conforter ses soutiens dans l'idée qu'il s'agit de procédures "prétextes" pour justifier son extradition vers les États-Unis, quand les différents pays concernés assurent le poursuivre sur la base de faits bien réels. Le point sur les différentes poursuites qui visent ou ont visé Julian Assange.

Des poursuites floues mais réactivées aux États-Unis

Après la publication par Wikileaks des documents transmis par Chelsea Manning (qui lui ont valu une condamnation pour espionnage à 35 ans de prison, avant sa libération en mai 2017 suite à la décision de l'administration Obama de commuer sa peine), la justice américaine a également initié une enquête sur Wikileaks et Julian Assange. Pendant longtemps, cette enquête a été une épée de Damoclès mais sans aboutir à des poursuites publiquement assumées, ni à un mandat d'arrêt.

CNN révélait en 2017 qu'un acte d'accusation était en cours de rédaction à son encontre (selon des sources anonymes). Mais pendant plusieurs années, il était difficile toutefois de savoir s'il était formellement accusé de quoi que ce soit, ni de quoi précisément. Seul indice : Wikileaks évoquait en novembre dernier une "boulette" du parquet qui confirmait que des poursuites étaient bel et bien prévues, mais uniquement après arrestation de Julian Assange, pour pouvoir exiger son extradition.

Ultime rebondissement, quelques heures à peine après l'arrestation de Julian Assange, le mandat d'arrêt a cessé d'être un serpent de mer : les États-Unis ont officiellement inculpé le fondateur de Wikileaks pour "piratage informatique". Il est accusé plus précisément d'avoir aidé Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder aux documents classés secret-défense révélés ensuite par sa plateforme. Jusqu'ici, le mandat d'arrêt était sous scellé, ce qui confirme son existence "masquée" jusqu'ici.

En Suède, les poursuites pour agression sexuelle abandonnées

En août 2010, quelques mois après la publication de plusieurs dizaines de milliers de documents américains confidentiels sur la guerre en Afghanistan, la justice suédoise décide d'émettre un mandat d'arrêt à l'encontre de Julian Assange, "à des fins d'interrogatoire" dans une affaire d'agression sexuelle.

Assange s'étant ensuite réfugié à l'ambassade d'Équateur suite à ses démêlés avec l'administration américaine, la Suède avait fini par abandonner l'affaire en mai 2017, à trois ans de la prescription, faute de pouvoir faire avancer les investigations.

Mais l'avocate de la femme qui accusait Julian Assange de viol en Suède en 2010 a indiqué ce jeudi qu'elle allait demander au parquet la réouverture de l'enquête après l'arrestation du fondateur de WikiLeaks à Londres.

Nous allons tout faire pour que les procureurs rouvrent l'enquête suédoise et qu'Assange soit remis à la Suède et traduit en justice pour viol  a indiqué Elisabeth Massi Fritz à l'AFP.

Le mandat d'arrêt britannique fantôme

C'est la base juridique qui a vraisemblablement justifié l'arrestation de Julian Assange ce jeudi : un mandat d'arrêt britannique lancé en 2012, dans la foulée de l'affaire suédoise. À l'époque, Assange avait été arrêté en vue de son extradition vers la Suède, avant d'être libéré sous caution. La justice britannique l'accuse de ne pas avoir respecté les clauses de cette libération conditionnelle (en se réfugiant à l'ambassade d'Équateur) et a donc lancé un mandat d'arrêt sur cette base.

Sauf qu'avec la fin des poursuites en Suède, ce mandat d'arrêt semble désormais sans objet, pour les défenseurs d'Assange. Mais la justice britannique, elle, continue à penser qu'il s'agit d'un délit indépendant, en parallèle des accusations suédoises.

L'Équateur droit dans ses bottes

L'Équateur a décidé "de manière souveraine" de retirer l'asile diplomatique (mais aussi la nationalité équatorienne) au fondateur de WikiLeaks? C'est ce qu'a annoncé sur Twitter le président équatorien Lenin Moreno :

Assange ne sera toutefois pas extradé vers un pays où il risque la peine de mort, assure Lenin Morena (ce qui inclut, sur le papier en tout cas, les États-Unis).

La réaction de son prédécesseur à la tête de l'Équateur ne s'est pas faite attendre : l'ex-président équatorien Rafael Correa, exilé en Belgique depuis 2017, a accusé Lenin Moreno d'être responsable de l'arrestation de Julian Assange à Londres, le qualfiant de "plus grand traître de l'histoire latino-américaine"

Cela met la vie d'Assange en danger et humilie l'Équateur. Jour de deuil mondial, écrit Rafael Correa sur son compte Twitter dénonçant également "un crime que l'humanité n'oubliera jamais" peu après l'arrestation d'Assange à l'ambassade d'Équateur à Londres.

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