Sur les réseaux sociaux et parfois dans le débat politique, certains appellent à appliquer des mesures qui n'auraient en rien pu empêcher l'attaque terroriste samedi dernier.

Tag à Londres parodiant le slogan de Theresa May pour les législatives
Tag à Londres parodiant le slogan de Theresa May pour les législatives © Reuters

L'espace Schengen

C'est l'une des cibles favorites de Marine Le Pen, notamment, dès que l'on évoque le terrorisme. Passons sur le fait que bien évidemment, contrairement à ce que prétendent encore certains militants sur les réseaux sociaux, le Royaume-Uni ne fait pas partie de l'espace Schengen. Tout comme l'Irlande, il n'a pas signé les accords de Schengen. Ce qui ne veut pas dire pour autant que ces deux pays sont les seuls de l'Union européenne à avoir encore des frontières : l'argument pour ne pas rejoindre Schengen était principalement leur insularité, qui permet de plus efficacement gérer l'immigration illégale via le contrôle aux frontières, plutôt que par les contrôles d'identités (qui existent bel et bien, y compris dans l'espace Schengen).

Si problème il y a, il ne vient d'ailleurs pas d'un manque de frontières internes mais des difficultés des pays situés aux frontières extérieures de Schengen. Selon les derniers éléments de l'enquête, l'un des trois assaillants était même de nationalité britannique, ce qui lui permettait donc d'accéder de plein droit au pays.

L'arrivée tardive du Brexit

Le fait de quitter l'Union européenne, comme prévu depuis le référendum de juin 2016 et initié le 29 mars dernier, ne rendra pas forcément la Grande-Bretagne plus sûre. Tout dépendra en fait des relations qu'elle continuera ou non à entretenir avec Europol, l'office de police criminelle de l'Union européenne, qui coordonne l'échange de renseignements en matière de stupéfiants, de criminalité internationale ou de terrorisme.

La position de la Première ministre britannique sur la question est encore ambiguë : elle assure qu'elle souhaite maintenir "le degré de coopération que nous avons actuellement", mais met tout de même un éventuel départ d'Europol dans la balance des négociations du Brexit. Un départ qui fragiliserait la capacité du pays à identifier les terroristes potentiels.

Le financement extérieur du terrorisme

Si cette question est effectivement au centre des préoccupations européennes dans la lutte contre le terrorisme, le cas de l'attentat de Londres samedi est bien particulier. Il suit un scénario déjà utilisé dans la même ville en décembre dernier et à Nice en juillet 2016 : un véhicule utilisé pour foncer dans la foule, conduit par des terroristes armés de couteaux. Un mode opératoire qui a pour principale caractéristique de ne demander aucun moyen financier important.

De fait, le financement du groupe État islamique sert surtout à équiper ses troupes en Irak et en Syrie, où elles sont engagées dans une interminable guerre civile avec les forces locales et la coalition. Difficile aussi de déterminer ce que coûte la "communication" de l'organisation terroriste pour embrigader de nouvelles recrues.

Le ramadan

L'idée que le mois du jeûne traditionnel musulman serait particulièrement meurtrier est largement contestable. Elle s'est répandue en 2016, après un appel du porte-parole du groupe État islamique le 22 mai : "Ramadan arrive, faites votre djihad", laissant craindre un changement de stratégie de l'organisation pour être plus actif pendant cette période. Or si l'attentat perpétré samedi à Londres s'est effectivement déroulé en plein mois de jeûne, c'est en fait rarement le cas. L'attentat particulièrement meurtrier de Manchester s'est ainsi déroulé quatre jours avant le début du ramadan, le 22 mai. En France, les attentats les plus meurtriers (Charlie Hebdo en janvier 2015, le Bataclan en novembre 2016, Nice le 14 juillet 2016) se sont tous déroulés en-dehors du ramadan, qui avait lieu du 17 juin au 16 juillet en 2015 et du 6 juin au 5 juillet en 2016.

Plus largement, l'université du Maryland, qui recense tous les attentats dans le monde dans une grande base de données, estime que la proportion d'attentats commis de 2000 à 2016 pendant le mois du ramadan est en moyenne de 8 %, autrement dit un douzième des attaques... sur douze mois. Ni plus ni moins que la moyenne du reste de l'année.

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