Partout les mêmes slogans, les mêmes images de manifestants, le genou à terre. Depuis la mort de George Floyd, émotion et indignation ont gagné les quatre coins de la planète. Des millions de citoyens sont descendus dans les rues pour protester contre le racisme et les violences policières.

Manifestation en l'honneur de George Floyd à Paris, place de la République, le 9 juin 2020.
Manifestation en l'honneur de George Floyd à Paris, place de la République, le 9 juin 2020. © AFP / Jérôme Leblois Hans Lucas Hans Lucas via AFP

Du continent américain au continent européen en passant par l’Afrique, l’Asie et l’Océanie, les manifestations et les hommages à George Floyd se suivent et se ressemblent. Dans des dizaines de pays et des centaines de villes, les mouvements populaires ont surpris par leur ampleur et leur spontanéité. 

"Black lives matter" ("les vies noires comptent") est devenu le slogan international, traduit et repris dans plusieurs langues, en l’honneur de George Floyd. Depuis la mort du quadragénaire afro-américain, étouffé par un policier blanc à Minneapolis, ses derniers mots "je ne peux pas respirer" résonnent des États-Unis au Kenya en passant par la Thaïlande, la Nouvelle-Zélande,  l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou le Nigéria, entre autres. 

À Sydney en Australie, à Rio au Brésil, à Québec et Montréal au Canada, à Harare au Zimbabwe, à Abuja au Nigéria, à Cape Town en Afrique du Sud, à Tokyo au Japon, à Bucarest en Roumanie, à New Delhi en Inde, partout les mêmes indignations, qui s'expriment au même endroit : devant l’ambassade ou le consulat des États-Unis. 

Les mêmes gestes aussi : un genou à terre ou le poing levé avec les mêmes 8 minutes 46 secondes de silence, le temps du calvaire de George Flyod sous le genou de Derek Chauvin. Partout, enfin, les mêmes pancartes "pas de paix sans justice", "police partout, justice nulle part", "ma couleur n’est pas une menace", "le racisme n’a pas de frontières". Comme une boule de neige, avec ou sans masque, distanciation ou pas, autorisée ou non, une mobilisation citoyenne antiraciste a fait le tour du monde, en un clin d'œil.

Justin Trudeau, le Premier ministre canadien a exprimé publiquement et physiquement sa réprobation des discriminations, le 5 juin 2020 à Ottawa
Justin Trudeau, le Premier ministre canadien a exprimé publiquement et physiquement sa réprobation des discriminations, le 5 juin 2020 à Ottawa © AFP / DAVE CHAN / AFP

Peu de chefs d'État ou de gouvernement en exercice ont fait comme le Premier ministre canadien Justin Trudeau, qui a exprimé publiquement et physiquement son refus des discriminations. Lui s’est joint à une manifestation à Ottawa quand la Fondation Mandela s’est élevée "contre la suprématie blanche qui perdure". 

Le Forum des anciens dirigeants africains, l’ex-président béninois Nicéphore Soglo, l’ancienne ministre de la Justice sénégalaise Aminata Touré se sont déclarés "solidaires de George Floyd" et ont appelé "les pays africains à protester et à réclamer justice". 

Des foules compactes ont défilé : 20 000 personnes à Paris et à Sydney, 15 000 à Copenhague, 10 000 à Montréal, à Berlin et à Bruxelles, entre 3 000 et 5 000 à Madrid, Tokyo, Londres, Budapest, Rome, Dublin, Prague, Varsovie, Munich, Francfort ou Barcelone. À Bilbao, Saint-Sébastian, Victoria, à Göteborg, les rassemblements étaient plus modestes, mais des hommes et des femmes de tous âges, de toutes couleurs, de toutes nationalités ont protesté pacifiquement, même si en fin de rassemblements, des heurts et des incidents ont parfois éclaté entre manifestants et forces de l’ordre.

Les statues, symboles d’injustice doivent-elles disparaître ? 

Après la mort George Floyd, les liens entre l’esclavagisme, le passé colonial et le présent raciste ont brutalement ressurgi. La question des représentations publiques en l’honneur de personnages nationaux, héros à multiples facettes, est posée par de nombreuses voix au lendemain des actes de colère antiraciste. 

À Bristol, dans le sud-ouest de l’Angleterre, des manifestants s’en sont ainsi pris à l'un des symboles de la ville, la statue d’Edward Colston. Ce riche marchand (1636-1721) a fait fortune grâce au commerce d’esclaves, avant de s'offrir une "virginité" en finançant le développement de Bristol et en subventionnant les œuvres caritatives. Mais sa réputation de philanthrope a donc été rattrapée par la disgrâce. 

Le dimanche 7 juin 2020, un groupe de  manifestants a arraché la statue de son piédestal. Une fois à terre, le bronze du négrier a été piétiné, trainé, éclaboussé de peinture rouge, puis jeté dans la rivière Avon. La ministre de l’Intérieur a qualifié cet acte d’absolument "honteux". Le chef politique de l’opposition, Keir Starmer, a lui défendu le contraire : 

"On ne peut pas avoir une statue de marchand d’esclaves en Grande-Bretagne au XXIème siècle. Elle aurait dû être retirée depuis des années."

A Bristol, en Angleterre, la statue d'Edward Colston, un ancien marchand d'esclaves, a été déboulonnée par des manifestants puis jetée dans la rivière Avon le 7 juin 2020.
A Bristol, en Angleterre, la statue d'Edward Colston, un ancien marchand d'esclaves, a été déboulonnée par des manifestants puis jetée dans la rivière Avon le 7 juin 2020. © AFP / GIULIA SPADAFORA NURPHOTO NURPHOTO VIA AFP

Devant le parlement de Londres, une autre statue de renom a été ciblée, plus légèrement. L'inscription "était un raciste" a été ajoutée sur le socle de la statue de Winston Churchill, l’ancien Premier ministre conservateur. "Démolissez les toutes, partout", a applaudi le champion de Formule 1 Lewis Hamilton. À l’inverse et sans surprise, le Premier ministre Boris Johnson a lui parlé d’actes "criminels".

La convergence des protestations 

Au Brésil, en solidarité avec George Floyd,  le "black lives matter" a été traduit et à Rio, "as vidas negras important" a été scandé par les manifestants qui dénonçaient eux aussi les violences policières. En Amazonie, à Manaus, les habitants ont ajouté au slogan les mots "e indigenas". Autrement dit : "les vies noires… et indigènes comptent". Dans ces deux villes, les populations s’élèvent contre l’injustice et le racisme aux États-Unis, mais aussi contre ce qui se passe chez elles, dans leur propre pays, dans leur région où les communautés indiennes sont spoliées et dépouillées de leurs terres. Actuellement s’ajoute pour elles le problème de l’accès à l’université et des sélections d’entrée racistes. 

Luis Edouardo Soare, l'un des grands scientifiques de la sécurité publique et défenseur de la démilitarisation de la police militaire, a lancé un appel aux leaders démocratiques brésiliens : "Attention au coup d’État policier-militaire mené par les forces fascistes. Les signaux sont alarmants, ostensibles et en constante augmentation". Alors que les manifestations anti-Eduardo Bolsonaro grossissent, le Président brésilien et son ministre de la Défense semblent attendre la moindre occasion de transformer les protestations contre eux en "chaos, et en actes de vandalisme", en infiltrant les casseurs. Puis, au nom de la défense de la loi, de l’ordre et de la démocratie, décréter l’état de siège, imposer les forces armées, nommer un tribunal d’exception, etc. 

Même scénario en Inde, dans le pays dirigé par Narendra Modi. À New Delhi, l’Indian Peace and Solidarity Organisation a été l’initiatrice des mobilisations de soutien à George Floyd, contre le racisme et les violences policières. Là-bas aussi, il y avait un écho national. Depuis quelques jours, en Inde se déroulent des manifestations contre une loi sur la citoyenneté. 2 500 personnes à Bombay ont protesté contre l’exclusion des musulmans dans l’attribution de la citoyenneté indienne donnée aux Afghans, aux Pakistanais et aux Bengalis. Les manifestations anti-Premier ministre Narendra Modi ont également eu lieu dans l’état de l’Uttar Pradesh et des émeutes ont éclaté. 

Deux causes, un même combat

En Australie aussi, les manifestations en faveur de "la justice pour George Floyd" ont inclus les problèmes locaux, les inégalités raciales et surtout celles qui touchent les Aborigènes particulièrement frappés par des emprisonnements et des décès en détention. Les autorités s’étaient d’abord opposées au défilé puis ont cédé. À Melbourne, à Sydney, menacés d’être verbalisés, les manifestants ont respecté les mesures de distanciation. La police a lancé des gaz poivres et a arrêté plusieurs personnes. Le Premier ministre a malgré tout rejeté toute ressemblance avec les États-Unis : "Traitons cela en tant qu’Australiens et sans s’approprier ce qui se passe dans d’autres pays", a déclaré Scott Morisson.

En Australie aussi, les manifestations en faveur de "la justice pour George Flyod" ont inclus les problèmes locaux, les inégalités raciales et surtout celles qui touchent les Aborigènes.
En Australie aussi, les manifestations en faveur de "la justice pour George Flyod" ont inclus les problèmes locaux, les inégalités raciales et surtout celles qui touchent les Aborigènes. © AFP / STEVEN SAPHORE ANADOLU AGENCY ANADOLU AGENCY VIA AFP

Aux abonnés absents

Raison sanitaire et confinement obligent, le Panama, le Pérou et leurs voisins n’ont pas été gagnés par la vague antiraciste et anti-violences policières. Peu de pays d'Amérique du Sud, peu de pays arabes (à l’exception de la Tunisie) ont manifesté après la mort de George Floyd. 

En Thaïlande, les autorités ont tout simplement interdit tout rassemblement dans les rues et maintenu l’état d’urgence. 300 à 400 personnes seulement (des Thaïs et des étrangers) ont donc manifesté virtuellement, en vidéo-conférence, leur mobilisation contre le racisme. De leur côté, les Afro-Américains vivant en Thaïlande n’ont pas voulu se joindre à l’évènement, craignant un refus de l’extension de leur visa. 

Le monde sportif en première ligne     

En revanche, de nombreux sportifs égyptiens, sénégalais, maliens ou nigérians se sont agenouillés pendant leur entrainement et avant leurs matches. Mettre un genou à terre en signe de deuil et de respect pour Georges Flyod est devenu un signe de ralliement international. Les joueurs du Bayern Munich, en Allemagne, ont eux choisi de porter un t-shirt aux couleurs de #BlackLiveMatters et "un carton rouge contre le racisme" avant leur rencontre contre Leverkusen. 

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