Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, va finalement démissionner avant l'expiration de son mandat, le 28 avril. Son départ, principale revendication de la rue depuis plusieurs semaines, officialise l'état de crise du pays, où le pouvoir se joue entre plusieurs protagonistes.

 Le président algérien Abdelaziz Bouteflika prête serment pour un quatrième mandat le 28 avril 2014, Alger, Algérie
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika prête serment pour un quatrième mandat le 28 avril 2014, Alger, Algérie © Getty / Nacerdine ZEBAR

La déclaration présidentielle d'Abelaziz Bouteflika , relayée par l'agence de presse officielle APS, intervient peu après l'annonce de la formation d'un nouveau gouvernement, composé de technocrates pour l'essentiel. Avant sa démission, qui interviendra "avant le 28 avril 2019", le chef de l'État, au pouvoir depuis 20 ans, prendra des "mesures pour assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l'Etat durant la période de transition", a indiqué la présidence dans un communiqué. Pourtant, ni la date de cette démission ni les "décisions importantes" qui seront prises avant n'ont été précisées. 

Abelaziz Bouteflika, président, et son entourage 

S'appuyant sur un cercle de fidèles, le chef de l'Etat s'est peu à peu isolé, à mesure que son état de santé se dégradait, à partir de 2005, puis surtout après un AVC en 2013 qui l'a laissé partiellement paralysé et aphasique. Depuis une semaine, ses soutiens les plus proches, en tête desquels le dévoué général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée, ont les uns après les autres réclamé son départ du pouvoir. 

Difficile de savoir qui est encore fidèle dans un système de pouvoir opaque comme l'est celui de l'Algérie. La principale figure autour du président reste son frère et influent conseiller, Saïd, de 21 ans son cadet. "Ni Boutef, ni Saïd" - souvent vu comme un potentiel successeur -, ont longtemps scandé les manifestants. 

L'influence et le pouvoir de cet homme discret, apparaissant peu en public et ne donnant jamais d'interviews, se sont renforcés à mesure que la santé de son frère se dégradait. Mais la démission d'Abdelaziz Bouteflika devrait lui ôter tout pouvoir. 

L'armée 

Après son élection à la tête de l'Etat en 1999, Abdelaziz Bouteflika s'est progressivement affranchi de la tutelle de la haute hiérarchie militaire qui l'avait fait roi. En 2004, il choisit le général Ahmed Gaïd Salah pour être le chef d'état-major de l'armée. Il l'est toujours 15 ans après, un record. 

Redevable envers le chef de l'Etat, il l'a toujours servi fidèlement: en soumettant l'armée au pouvoir civil, et non plus l'inverse, et en l'aidant à démanteler les puissants services secrets de l'armée, le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS)

Le général Gaïd Salah est devenu un des acteurs les plus puissants du régime à la faveur de la maladie du président, mais il était en entré en conflit ces dernières années avec Saïd Bouteflika. 

Après des mises en gardes fermes adressées aux manifestants, il avait adouci progressivement son discours jusqu'à lâcher le chef de l'Etat. En parlant constamment au nom de l'armée, il laisse à penser qu'il a exprimé la position de son état-major. 

Une intervention de l'armée pour mettre fin à la contestation - jusqu'ici pacifique - semble pour l'heure écartée, les militaires semblant peu enclins à rejouer un rôle similaire à celui de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Des épisodes ayant débouché sur une décennie de sanglante guerre civile (1992-2002). 

Les partis politiques 

Les formations politiques, opposition en tête, sont largement marginalisés par la contestation, spontanée et née sur les réseaux sociaux. Les partis du camp présidentiel, le Front de libération nationale (FLN) - ex-parti unique qui domine la vie politique depuis l'indépendance de l'Algérie en 1962, et son principal allié le Rassemblement national démocratique (RND) - sont eux aussi visés par le "dégagisme" ambiant. 

Le RND et une partie du FLN ont fini par lâcher le chef de l'Etat: de l'opportunisme tardif, selon les manifestants. 

L'opposition n'est pas beaucoup mieux perçue, par un mouvement qui l'accuse d'avoir légitimé le système en jouant le jeu des élections et des institutions pendant 20 ans. 

Voire d'y avoir participé, à l'instar d'Ali Benflis, principal adversaire de M. Bouteflika après avoir été son Premier ministre, ou les islamistes modérés du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), longtemps membres de la majorité présidentielle avant de s'en détacher en 2012. 

Divisée, l'opposition semble incapable de reprendre à son compte et de traduire politiquement les revendications de la rue, très soucieuse de son côté de ne pas être récupérée. 

La rue 

C'est elle qui avait jusqu'ici les cartes en main : à chaque vendredi de manifestations massives, répondait un recul plus ou moins symbolique du pouvoir. 

Cela pourrait changer avec la démission annoncée d'Abdelaziz Bouteflika : même si les manifestants avaient par avance fait savoir qu'elle était insuffisante, elle devrait déclencher des mécanismes institutionnels sur lesquels la contestation, sans figure pour l'incarner et sans structure pour la représenter, aura du mal à peser. 

Quelques personnalités émergent comme l'avocat et défenseur des droits de l'homme Mustapha Bouchachi ou Karim Tabbou, ancien dirigeant du Front des Forces socialistes (FFS), mais pour l'heure aucun n'accepte d'être le porte-voix des manifestants. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.