Après plusieurs mois de contestation populaire, l'armée soudanaise a mis fin ce jeudi au règne d'Omar el-Béchir, après 30 ans au pouvoir. Cela pourrait ne pas suffire à faire rentrer les manifestants chez eux, car ils réclament la mise en place d'un pouvoir civil.

Après le renversement d'Omar el-Béchir, les manifestants réclament l'instauration d'un pouvoir civil
Après le renversement d'Omar el-Béchir, les manifestants réclament l'instauration d'un pouvoir civil © AFP / AFP

Le président soudanais Omar Hassan el-Béchir, au pouvoir depuis 1989, a été déposé ce jeudi par l'armée, après plusieurs mois d'une contestation populaire, née en décembre dernier de l'annonce du triplement du prix du pain

Le ministre de la Défense, Aouad Mohamed Ahmed Ibn Aouf, a annoncé la formation d'un conseil militaire chargé d'assurer l'intérim pendant deux ans et la tenue d'élections à l'issue de cette période transitoire. Le chef de l'État, âgé de 75 ans, a été arrêté et mis "en lieu sûr", a-t-il précisé dans une allocution télévisée. Le ministre a en outre annoncé l'instauration pour trois mois de l'état d'urgence, un couvre-feu national et la suspension de la Constitution.

Objectif de l'armée : contenir la révolte

Mais les manifestant s'opposent à la mainmise des militaires sur le pouvoir, et exigent l'instauration d'un régime civil. L'Association des professionnels soudanais (APS), qui est à la pointe de la contestation, a invité les manifestants rassemblés depuis samedi devant le ministère de la Défense à y rester. "Nous n'accepterons qu'un gouvernement de transition civil, composé d'éléments parties prenantes de la Proclamation de la liberté et du changement", a déclaré Omar Saleh Sennar, membre de l'APS.

Pour Jérôme Tubiana, chercheur spécialiste du Soudan, l'armée cherche à garder le pouvoir en déposant Omar el-Béchir. "En chassant du pouvoir la figure la plus contestée nationalement et internationalement, l'armée cherche à garder le contrôle et à éviter que la remise en cause du régime n'aille trop loin. Il s'agit de conserver un pouvoir militaire, et de s'assurer qu'il conserve son orientation islamiste".

C'est d'ailleurs pour s'attirer les bonnes grâces de la population que l'armée a choisi d'intervenir maintenant, selon le chercheur : "Cela ramène la population à la révolte d'avril 1985, quand l'armée s'était rangée aux côtés des manifestants pour renverser le régime militaire, dans ce que l'on avait appelé l'Intifada soudanaise".

La communauté internationale inquiète

Mais pour Jérôme Tubiana, le départ du chef de l'État ne va pas calmer la population : "Comme en Algérie, les manifestants ne vont pas accepter de voir arriver des cadres de l'armée, des clones d'el-Béchir au pouvoir. Ils incarnent un pouvoir qui est arrivé plein de promesses de paix et de prospérité économique en 1989, et qui a lamentablement échoué. La seule perte du Soudan du Sud est une catastrophe économique, alors que la guerre a coûté une fortune à l'État soudanais, qui consacre 75% de son budget à la défense".

L'Union Africaine a réagi à ce renversement dans un communiqué du président de la Commission de l'UA, Moussa Faki : "La prise de pouvoir par l'armée n'est pas la réponse appropriée aux défis auxquels est confronté le Soudan et aux aspirations de son peuple". De leur côté, les États-Unis et cinq pays européens ont demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU. "Nous sommes très préoccupés" par l'évolution de la situation, la "fermeture des frontières", le "couvre-feu", une transition militaire pendant deux ans", a souligné devant des médias l'ambassadeur britannique adjoint, Jonathan Allen.

Avec le renversement d'Omar el-Béchir, le club des chefs d'État et de gouvernement en place depuis plusieurs décennies s'est encore resserré. Si l'on exclut les souverains, et notamment la reine Elisabeth II, ils ne sont plus que quatre a être au pouvoir depuis plus longtemps qu'Omar el-Béchir, qui a passé 30 ans à la tête de son pays.

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