Dans le camp de Aïn Issa, l'un des trois camps du Kurdistan syrien, des centaines de femmes de djihadistes ont fui, dimanche, avec leurs enfants, selon les autorités kurdes. En France, des familles de djihadistes donnent une autre version selon laquelle les Kurdes auraient ouvert les portes.

Le camp d'Aïn Issa, au Kurdistan syrien, qui s’est en partie vidé. Plusieurs centaines de femmes et d'enfants l'ont quitté dimanche
Le camp d'Aïn Issa, au Kurdistan syrien, qui s’est en partie vidé. Plusieurs centaines de femmes et d'enfants l'ont quitté dimanche © AFP / Delil SOULEIMAN

C'est l'un des trois camps gardés depuis plusieurs années par les Kurdes, en Syrie : le camp de Aïn Issa. Il est l'un des premiers camps du Kurdistan syrien a avoir accueilli des réfugiés civils syriens, puis quelques femmes de djihadistes, des Françaises ayant fui Daech avec leurs enfants. 

Dimanche, le camp s'est en partie vidé et les versions divergent sur la manière dont plusieurs centaines d'occupants ont fui. Les autorités kurdes affirment que 800 femmes et enfants se sont échappés. Parmi eux, des femmes de djihadistes. En France, des familles de ces échappés livrent une toute autre version. 

Louisa, 56 ans, donne les informations qu'elle tient de sa fille de 24 ans. Sa fille est l'une des jeunes Françaises, qui se trouvait jusqu'à hier dans ce camp de Aïn Issa.

Ma fille me disait que depuis l'offensive turque, les bombes tombaient très près des tentes du camp de Aïn Issa. Et hier, j'ai reçu des messages très inquiétants de ma fille, me disant que c'était la débandade dans le camp, que tout le monde courait partout, et les Kurdes leur ont dit de sortir du camp.

Selon la fille de Louisa, aucune Française ne s'est enfuie d'elle-même. Selon elle, ce sont bien les Kurdes qui ont ouvert les portes. "Elles sont sorties. Ma fille a un bébé de 23 mois. Elle était avec des Françaises qui ont aussi des enfants. Et comme tout autour du camp de Aïn Issa il n'y a rien, il n'y a pas de nourriture, certaines d'entre elles sont revenues au camp chercher à manger et c'est là qu'elles se sont rendu compte que les tentes brûlaient." Selon elle, ce sont les Kurdes qui ont mis le feu aux tentes.

Ma fille est seule avec son bébé dans le désert syrien, sans eau, sans abri.

Louisa assure que sa fille est maintenant en train d'errer dans le désert syrien. Seule avec son bébé de 23 mois. Et avec d'autres femmes françaises et leurs enfants ; il n'y avait que quelques Françaises à Aïn Issa. "Ma fille et son bébé se trouvent maintenant dans une région désertique, sans eau, sans nourriture, sans abri", s'inquiète Louisa. "Et plus préoccupant encore, elle était hier terriblement affolée. Elle me disait qu'il y avait un homme syrien, armé, qui leur proposait de les sortir de cet endroit." Louisa pense que sa fille est désormais "à la merci de n'importe qui. Elle n'est plus protégée par les Kurdes qui les ont tous abandonnés".

Nous appelons le gouvernement français à rapatrier dans l'urgence les enfants français pris au piège de la guerre en Syrie.

Louisa appelle au rapatriement de son petit-fils et de sa fille.
Même demande du Collectif des familles unies, qui rassemble plusieurs parents de djihadistes et grands-parents de petits-enfants souvent âgés de moins de cinq ans. "Nous appelons le gouvernement français à rapatrier dans l'urgence les enfants français pris au piège de la guerre en Syrie, et pour des raisons de sécurité, de rapatrier leurs parents." Mais ce rapatriement, le gouvernement français l'exclut depuis plusieurs mois, face à une opinion publique hostile. 

Les autorités françaises n'ont rapatrié que quelques orphelins et enfants isolés dont les mères avaient accepté de se séparer. 17 enfants au total, rapatriés en mars puis en juin 2019. 

On estime que 300 autres enfants français sont encore dans des camps du Kurdistan syrien. Face à l'offensive turque, et devant la situation devenue explosive dans la région, un rapatriement urgent semble difficile.

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