Dans un entretien au Financial Times, Emmanuel Macron cible le manque de transparence des autorités chinoises dans sa gestion de l'épidémie du coronavirus. Mais il n'émet pas spécifiquement des doutes sur l'origine du virus comme l'ont fait les États-Unis au même moment jeudi. La Chine a répondu vendredi.

L'interview d'Emmanuel Macron s'est déroulée à l'Elysée.
L'interview d'Emmanuel Macron s'est déroulée à l'Elysée. © Financial Times / Capture d'écran

"There are clearly things that have happened that we don’t know about". Ses propos ont été traduits en anglais dans le Financial Times mais ils ont été tenus en français lors de l'interview : "Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu'on ne sait pas." Dans une interview donnée jeudi au quotidien financier britannique (article payant), Emmanuel Macron a émis des doutes sur ce que l'on sait de la façon dont la crise sanitaire du coronavirus a été gérée en Chine. 

Ses propos ont fait le tour du monde, notamment parce qu'ils ont été diffusés au moment où l'administration Trump, par la voix du secrétaire d'État Mike Pompeo émettait des doutes sur l'origine du virus.  

L'interview d'Emmanuel Macron au FT a donné lieu à une alerte AFP jeudi en début de soirée
L'interview d'Emmanuel Macron au FT a donné lieu à une alerte AFP jeudi en début de soirée

Qu'a dit exactement Emmanuel Macron ? Et dans quel contexte l'a-t-il dit ? La vidéo de l'interview, réalisée en français et mise en ligne par le Financial Times jeudi soir (accessible gratuitement) permet de préciser.

Ce qu'il a dit in extenso au Financial Times

Après avoir échangé sur la mondialisation et ce qui va changer à cause du coronavirus, à 5 minutes 42 secondes, le chef de l'État est interrogé en français par la journaliste Veronica Kan-Dapaah : "Les démocraties occidentales sont apparues comme les plus vulnérables, les moins préparées. Est-ce que ça ne va pas donner raison à ceux qui disent que les régimes autoritaires sont les plus à même de gérer ces crises ?" 

Voici ce qu'Emmanuel Macron répond en français : "Vous ne pouvez pas comparer la situation de la France, de l'Allemagne ou de l'Italie avec celle de la Chine ou de la Russie, c'est une évidence. La transparence, l'immédiateté de cette information n'a juste rien à voir. Les réseaux ne sont pas libres dans ces pays, vous n'avez pas de réseaux sociaux, vous ne savez pas ce qu'il s'y passe vraiment. 

Je les respecte, je ne suis pas entrain de dire que la Chine doit finir par ressembler aux États-Unis ou à la France. Mais je dis que, compte tenu de ces différences, des choix qui sont faits et de ce qu'est la Chine aujourd'hui – que je respecte –, n'ayons pas non plus une espèce de naïveté qui consiste à dire 'C'est beaucoup plus fort'. On ne sait pas. Et il y a manifestement des choses qui se sont passées qu'on ne sait pas.

Il appartient à la Chine de les dire, c'est une très grande puissance, elle a une très grande recherche, j'ai beaucoup de respect et on coopère là-dessus. Et je ne veux pas comparer la gestion de crise dans ces différentes zones géographiques parce qu'elle n'a rien à voir."  

La mondialisation au coeur de l'interview

Dans cet entretien, Emmanuel Macron ne reviendra pas sur ce qui s'est passé en Chine au début de l'épidémie. Il qualifie la crise actuelle de "choc anthropologique profond" qui a "arrêté la moitié de la planète pour sauver des vies" et qui n'a "aucun précédent dans notre histoire".

"Mais cela va changer la nature de la mondialisation, avec laquelle nous vivons depuis 40 ans", juge-t-il. "Il y a eu de réels succès. On s'est débarrassé des totalitarismes, il y a eu la chute du mur de Berlin il y a 30 ans et, avec des hauts et des bas, la mondialisation a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté. Mais, particulièrement ces dernières années, elle a fait augmenter les inégalités dans les pays développés. Il était clair que ce type de mondialisation atteignait la fin de son cycle et sapait la démocratie."

Pas la même ligne que Trump

Si Emmanuel Macron laisse entendre que la Chine n'a pas tout dit de sa gestion de l'épidémie de Covid-19, le président français semble toutefois très éloigné de la ligne américaine qui va bien au-delà de ces simples doutes.

Dans une interview jeudi à Fox News, Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, a expliqué avoir lancé une enquête pour faire la lumière sur l'origine du virus, pointant notamment du doigt les mesures de sécurité dans un laboratoire de Wuhan. "Ce que nous savons, c'est que ce virus est né à Wuhan, en Chine (...) Ce que nous savons, c'est que l'Institut de virologie de Wuhan n'est qu'à quelques kilomètres du marché de rue", a-t-il insisté.

Egalement questionné mercredi lors de sa conférence de presse quotidienne sur la crise sanitaire à la Maison Blanche, Donald Trump avait laissé planer le doute : "Je peux vous dire que nous entendons de plus en plus cette histoire. Nous allons voir." 

Le Royaume-Uni a pour sa part averti la Chine, jeudi, qu'elle devrait répondre à des "questions difficiles sur l'apparition du virus, et pourquoi il n'a pas été stoppé plus tôt".

Par ailleurs, un billet, posté mardi midi sur le site du Washington Post, évoque les alertes de sécurité effectuées par le département d'État américain à propos d'un laboratoire de Wuhan étudiant des coronavirus sur des chauve-souris. Il confirme que "rien n'indique que le virus qui sévit actuellement dans le monde a été conçu" et que "les scientifiques s'accordent largement à dire que cela vient des animaux". Mais, interroge le chroniqueur, "cela ne revient pas à dire que le virus ne vient pas du laboratoire, qui a passé des années à tester des coronavirus de chauve-souris"

Réponse de la Chine

Vendredi, après ces diverses mises en doute, la Chine a démenti toute dissimulation sur le nombre de victimes du coronavirus mais a revu ses chiffres en hausse. "Il n'y a jamais eu aucune dissimulation et nous n'autoriserons jamais aucune dissimulation", a assuré un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian.

Vantant la "réponse (...) irréprochable" de son pays à cette crise sanitaire, Zhao Lijian a cependant reconnu "des retards" et "des omissions" dans l'enregistrement des décès peu après que la mairie de Wuhan ait annoncé 1 290 morts supplémentaires tout en expliquant leur non comptabilisation initiale par le fait qu'ils étaient décédés chez eux et non à l'hôpital.   

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