Depuis le début du mois, les relations entre l'Iran et les États-Unis ont atteint un degré de violence (presque) inédit. La mort du général Soleimani, puis les tirs vengeurs de missiles iraniens sur les bases américaines, sont en fait le fruit d'un contentieux qui traîne... depuis plus de quatre décennies.

Des Iraniens déchirent le drapeau américain le 3 janvier 2020 à Téhéran, après l'assassinat du général Soleimani.
Des Iraniens déchirent le drapeau américain le 3 janvier 2020 à Téhéran, après l'assassinat du général Soleimani. © AFP / Atta Kenare

C'est la suite, angoissante, d'une vieille animosité entre les États-Unis et l'Iran. Le 3 janvier dernier, le général Qassem Soleimani était assassiné à Bagdad, lors d'un raid américain ordonné par Donald Trump. Représailles de Téhéran quatre jours plus tard : dans la nuit du 7 au 8 janvier, l'Iran tirait une vingtaine de missiles sur des bases militaires américaines en Irak, lors d'une opération intitulée "Martyr Soleimani". Les deux pays se rendent donc coup pour coup et entament un peu plus leurs relations, abîmées depuis les années 1950.

Début de la crise avec la nationalisation du pétrole iranien

C’est le pétrole qui a fait s’enflammer les discussions entre l'Iran et les États-Unis, pourtant amis dans la première moitié du XXe siècle. Dans les années 1950, le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh décrète la nationalisation du pétrole, et donc de la compagnie "Anglo-Iranian Oil Company" (devenue ensuite "British Petroleum" ou "BP"). Une décision qui ne plaît pas aux Britanniques qui, avec l’aide des services secrets américains, décident de renverser Mohammad Mossadegh. C’est l’opération Ajax en 1953. Les Iraniens supportent mal ce coup d'État et commencent progressivement à tourner le dos aux Américains.

Vingt-cinq ans plus tard, alors qu'un sentiment anti-américain n’a cessé de grandir chez les Iraniens, la révolution iranienne éclate et les islamistes parviennent à investir le pouvoir. Le chah Mohammad Reza Pahlavi doit quitter le trône en 1979 et l’ayatollah Khomeini, à la tête des conservateurs religieux, s’installe à sa place.

Communication interrompue depuis la crise des otages

Le 4 novembre 1979, c’est le début de la (vraie) fin des relations diplomatiques entre les deux pays. Des étudiants iraniens envahissent l’ambassade des États-Unis à Téhéran, car ils la soupçonnent d'espionner les autorités iraniennes. Ils prennent en otage une cinquantaine de diplomates américains. Certains resteront prisonniers pendant 444 jours. Pour se venger de cette humiliation, Washington met en place les premières sanctions contre l’Iran. Des dizaines d’autres suivront durant les 40 années suivantes.

En 1995, les relations entre les États-Unis et l’Iran se refroidissent un peu plus encore. Washington décrète un embargo sur le pétrole, puis un embargo économique. Il est total. Toutes les transactions financières ou commerciales sont interdites entre les deux pays.

Une furtive embellie avec Barack Obama

20 ans plus tard, Barack Obama tente de trouver un accord pour faire baisser les tensions. Il propose à l’Iran de mettre fin à son programme de recherches nucléaires et, en échange, de lever les sanctions. Cette proposition débouche sur un accord historique, signé le 14 juillet 2015, entre l’Iran, les États-Unis, la Chine, la Russie, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

Alors que les tensions semblent enfin s’apaiser et qu’une sortie de conflit semble amorcée, c’est finalement cet accord, insupportable pour le nouveau président américain Donald Trump, qui va raviver la flamme. En mai 2018, Washington décide de sortir de cet accord sur le nucléaire iranien. Dans les mois qui suivent, les États-Unis renforcent de nouveau les sanctions contre Téhéran. Et ordonnent, en janvier 2020, le meurtre du général Soleimani, provoquant une nouvelle escalade.

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