C’est le domaine sur lequel ils sont le plus attendus : les droits des femmes devraient conditionner la reconnaissance du gouvernement des talibans par la communauté internationale. Sous leur précédent régime, les femmes n’étaient autorisées ni à travailler, ni à étudier sauf rares exceptions.

Une petite fille voilée lors d'un rassemblement pro-talibans à Kaboul
Une petite fille voilée lors d'un rassemblement pro-talibans à Kaboul © AFP / Aamir QURESHI

Dans les 20 années qui ont suivi la chute des talibans en 2001, des centaines de milliers d’Afghanes sont entrées dans le monde du travail après avoir fait des études. Elles sont devenues avocates, policières, pilotes, juges principalement dans les grandes villes. Depuis leur retour, les talibans affirment qu’ils se montreront moins stricts envers les femmes que par le passé. Mais dans les faits, ils leur imposent déjà des restrictions dans de nombreux domaines, ou entretiennent le flou. 

Études : possibles, dans des conditions strictes

Les femmes peuvent étudier dans les universités privées si elles se soumettent à un code vestimentaire strict, à savoir le port du voile intégral, et à condition d’être séparées des hommes par un rideau. Les jeunes femmes inscrites dans ces établissements doivent également quitter les salles de cours cinq minutes avant les étudiants, selon un décret publié par le nouveau ministère de l’Enseignement supérieur. 

Quant aux universités publiques, elles sont toujours fermées en attendant de pouvoir recruter suffisamment d’enseignantes femmes pour faire respecter la règle de la non-mixité prônée par les fondamentalistes. Se pose un autre problème d’ordre pratique : les établissements universitaires n’ont pas assez de salles pour séparer les filles des garçons. Avant le retour des talibans, les étudiantes afghanes pouvaient suivre les cours dans les mêmes salles que les garçons.

Les collégiennes qui entrent dans l’âge de la puberté et les lycéennes afghanes sont elles aussi privées de cours pour les mêmes raisons : manque de professeures femmes, qui peinent à être recrutées (en Afghanistan, moins de 30% des professeurs sont des femmes) et manque de place pour installer des classes séparées dans tous les établissements scolaires. 

Cette femme professeur de mathématique dans une école à Kaboul explique à France Inter : "Le gouvernement des talibans nous dit qu’on doit préparer des classes séparées pour les filles mais on ne trouve pas assez d’enseignantes pour toutes les classes. Les talibans doivent donner l’opportunité aux filles d’étudier mais maintenant ils les empêchent d’aller à l’école."

Travail : des hommes reprennent les emplois des femmes

Les talibans l’ont répété : les femmes seront autorisées à travailler conformément aux principes de l’Islam, mais sans donner plus de détails. Mais depuis la mi-août, rares sont celles qui ont été autorisées à reprendre leur travail, à l’exception des femmes qui exercent dans le secteur médical (infirmières, médecins) et dans quelques domaines de la vie quotidienne, comme les employées de l’aéroport de Kaboul ou les enseignantes dans les écoles primaires réservées aux filles.

Pour les hôpitaux, certains talibans ont laissé entendre qu’ils préfèreraient à l’avenir des établissements réservés aux hommes et d’autres aux femmes, ce qui risquerait de poser là aussi des problèmes d’effectifs. Certaines entreprises ont préféré renvoyer leurs employées chez elles pour ne pas s’attirer d’ennuis tandis que de nombreuses femmes ont cessé spontanément leurs activités pour éviter les représailles. Dans la fonction publique par exemple, elles n’ont pas repris leur poste.

Le nouveau maire de Kaboul a décidé quant à lui que tous les emplois des femmes seraient désormais occupés par des hommes. Seules celles ne pouvant être remplacés ont pu retourner travailler. Sur le plan politique aussi, les femmes sont exclues : le nouveau gouvernement composé par les talibans est entièrement masculin. La suppression du ministère des Affaires féminines au profit d’un ministère de la Promotion de la vertu et de la prévention du vice (ministère qui existait déjà lors de leur premier passage au pouvoir) a été interprétée par beaucoup d’observateurs comme un très mauvais signal à l’égard des femmes.

Sport : pas de sports collectifs, des clubs fermés

Pour les islamistes, le sport n’est pas une nécessité pour les femmes même si les talibans ont laissé entendre qu’elles pourraient pratiquer certains sports à l’avenir. Lesquels ? Aucune liste n’a été pour l’heure établie. Mais là aussi, ce sera sous de strictes conditions.

Pour les talibans, il est inconcevable que les femmes soient exposées au regard des hommes, à l’ère des médias et d’internet. Aujourd’hui, la plupart des Afghanes ne peuvent plus pratiquer de sports collectifs. Certaines, dont les 25 joueuses de l’équipe nationale de cricket, ont déjà quitté le pays pour se réfugier au Pakistan. 

Les clubs féminins de basket sont également fermés. "C’est clairement une discrimination" pour cette jeune Afghane qui jouait dans le club national de Kaboul, et qui ne peut plus s’entrainer aujourd’hui. Lors de leur premier passage au pouvoir entre 1996 et 2001, seuls les hommes pouvaient pratiquer certains sports triés sur le volet et pouvaient assister à des rencontres.

Habillement : pas de consigne, mais un durcissement attendu

Les talibans n’ont pas pour l’instant donné de consigne claire en matière d’habillement dans l’espace public à l’exception du port d’un hijab, un voile. Les fondamentalistes ont toutefois précisé que la burka, qui était imposée aux femmes lors de leur premier règne, n’était plus obligatoire. La burka, qui recouvre l’intégralité du corps des femmes et dissimule leur visage sous un grillage, reste cependant très répandue dans les provinces reculées d’Afghanistan et parmi les femmes non éduquées.

Nombreuses sont les femmes afghanes qui s’attendent néanmoins à un durcissement des règles comme cette jeune styliste qui a créé sa marque de vêtements il y a deux ans. "Ce sont des robes afghanes traditionnelles. On les porte sur des jeans. Les talibans n’accepteront pas ce genre de vêtements. On va devoir fabriquer des modèles qui couvrent l’ensemble du corps et des hijabs", affirme-t-elle en précisant qu’elle n’aura pas d’autre choix que de s’adapter si elle veut continuer de travailler.

À Kaboul, certaines femmes ont dores et déjà remplacé leurs vêtements occidentaux par des abayas et des voiles noirs. D’autres, plus jeunes, continuent de porter un voile coloré comme un signe de résistance face aux talibans. Pour cette jeune activiste de 24 ans qui a manifesté dès que les talibans sont arrivés à Kaboul, choisir ses vêtements fait partie des droits des femmes afghanes qu’elle entend défendre : "Ils doivent nous accepter dans cette société. Ils ne peuvent pas nous isoler, ils ne peuvent pas nous exclure parce que nous faisons partie de cette société, nous voulons faire valoir nos droits. Nos droits ne sont pas des privilèges, ce sont juste nos droits : le droit de tout le monde d’avoir une éducation, un travail, de choisir ce qu’on a envie de porter comme habits. Ce ne sont pas des privilèges."

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