De Bruxelles à Ouagadougou en passant par Tel-Aviv et Bassorah, des centaines de milliers d'hommes et de femmes se mobilisent de la même façon, et pas uniquement contre les augmentations du prix du carburant. La contestation populaire s'universalise.

Gilets jaunes irakiens à Bassora
Gilets jaunes irakiens à Bassora © AFP / AFP

Les Irakiens rapidement mobilisés

Se battre jusqu'au bout pour avoir de l'eau potable et pour en finir avec la corruption : les Irakiens de Bassora ont été parmi les premiers à porter un gilet jaune pour faire entendre leur colère. Dès le 4 décembre, devant le bâtiment du gouvernorat de cette grande ville pétrolière, les habitants ont protesté pêle-mêle contre les pénuries d'électricité et d'eau, les problèmes de corruption, et contre une dégradation générale de leur vie. En réponse aux manifestants, le pouvoir a lancé une intervention musclée des forces de l’ordre. Déjà en 2015, des citoyens irakiens avaient endossé un gilet jaune, le bleu de travail des éboueurs, pour défiler et "enlever les détritus politiques".

Au Burkina Faso, on réclame "un effort de guerre"

À 7 750 kilomètres plus au sud, au Burkina Faso, plus de 3 000 personnes ont marché le 29 novembre à Ouagadougou. Les manifestants burkinabés portaient des chemises rouges pour désapprouver l'actuelle paupérisation générale de la population et pour dénoncer l'augmentation du prix du carburant.

"Nous nous battons tous pour l’amélioration des conditions de vie des travailleurs et de toute la population", commentait un contestataire, tout en rappelant que "la première et principale revendication est l'annulation de la hausse du litre du super et du gasoil" (soit 602 FCFA pour le litre du super et 526 FCFA pour celui du gasoil). D'autres opposants au gouvernement ont demandé "un effort de guerre des autorités, à travers la réduction des salaires des ministres et l’annulation des privilèges".

Gilets jaunes à Ouagadougou le 29 novembre 2018
Gilets jaunes à Ouagadougou le 29 novembre 2018 © AFP / Olympia De Maismont

En Israël, "la lutte contre l'augmentation du coût de la vie ne fait que commencer"

Même mobilisation en Israël. Des gilets jaunes ont manifesté à Tel-Aviv contre un plan gouvernemental de hausses qui touchera les prix de l'électricité, de l'eau, de certains produits alimentaires et des taxes municipales. "La lutte contre l'augmentation du coût de la vie ne fait que commencer", explique un sexagénaire qui ajoute : "Nous voulons nous inspirer du modèle français pour obtenir de vrais changements".

Déjà en 2011, le mouvement des tentes avait mobilisé des dizaines de milliers d'Israéliens contre la vie chère, sans véritable résultat. Un ancien responsable de ces manifestations, Shay Cohen, estime que "non seulement, rien n'a évolué depuis 2011 mais la situation s'est aggravée". On estime que plus de 20% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Répression en Belgique

À Bruxelles, les gilets jaunes ont manifesté trois samedi de suite. Et comme en France, les rassemblements sont devenus des débordements. Les forces de l'ordre ont reçu des projectiles, un policier a été blessé au visage et des véhicules ont été incendiés. Des centaines de policiers avaient filtré les accès des gares de la ville. Des militants d’extrême-droite s'étaient infiltrés dans le cortège.

Samedi dernier, plus de 400 personnes ont été arrêtées. Déjà le 30 novembre, toujours à Bruxelles, une manifestation de 300 personnes avait dégénéré. On parle même d'un record battu, en termes de répression, avec au total 450 personnes qui ont fait l’objet d’une arrestation administrative le samedi 8 décembre, et 10 arrêtées judiciairement. La veille, un automobiliste était décédé à Erquelinnes, une commune frontalière belge, percuté par un camion arrêté par un barrage des gilets jaunes mobilisés côté français.

Usines en grève, barrages, sit-in : tous les moyens sont utilisés pour réclamer un meilleur pouvoir d'achat et protester contre la réforme des retraites. À travers le pays, des centaines d'entreprises des secteurs de la métallurgie et du textile ont été touchées par des grèves. La FGTB, premier syndicat belge considère que les travailleurs "ont perdu 2,3% de pouvoir d'achat ces trois dernières années". Pour sa part, le Premier ministre affirme que les réformes menées depuis son arrivée au pouvoir en 2014 ont permis de créer plus de 200 000 emplois en Belgique.

Gilets jaunes bruxellois le 15 décembre 2018
Gilets jaunes bruxellois le 15 décembre 2018 © Maxppp / Nicolas Landemard

Des revendications diverses pour les Portugais 

Au Portugal, des internautes ont eux aussi appelé à imiter le mouvement des gilets jaunes français en demandant à la population de descendre dans les rues à Lisbonne, Porto, et Braga. Des manifestants portant les couleurs des syndicats, en rouge et en vert ont rejoint des gilets jaunes stationnés sur plusieurs barrages. Les protestataires réclament des baisses d'impôts, des hausses de salaires, une diminution du prix des carburants ou une amélioration du service public de santé.

Stop ou encore ?

Après un mois de révoltes organisées sous des formes et des proportions rarement vues ces dernières années, les mouvements s’essoufflent un peu partout. Mais passée la fin d'année, les mobilisations (qui tournent toutes autour du pouvoir d'achat des injustices sociales et fiscales et d'un système politique jugé de plus en plus antidémocratique) pourraient à nouveau s’enflammer et inquiéter bon nombre de dirigeants de pays où la pauvreté, les inégalités et la gouvernance excluent des millions de citoyens.

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