Des millions de Turcs devraient descendre dimanche dans les rues d'Istanbul pour un rassemblement après trois semaines de mobilisation populaire en faveur de la démocratie.

Le 17 juillet dernier, un rassemblement similaire avait eu lieu à Istanbul, pour protester contre le cou d'état manqué.
Le 17 juillet dernier, un rassemblement similaire avait eu lieu à Istanbul, pour protester contre le cou d'état manqué. © Maxppp / Cihan

Le "rassemblement pour la démocratie et les martyrs", une initiative du gouvernement à laquelle se joignent les principaux partis d'opposition, a été présenté officiellement comme "la remise de diplôme de l'école de la démocratie". A Istanbul, première métropole du pays et fief politique du président Recep Tayyip Erdogan, le rassemblement promet d'être imposant. Il sera retransmis par écran géant dans les 80 provinces turques.

Des centaines de milliers de Turcs sont attendus sur l'immense place Yénikapi, sur les bords de la mer de Marmara, et même jusqu'à 3,5 millions, si l'on en croit le quotidien Hurriyet. Les mesures de sécurité seront draconiennes dans une ville régulièrement ensanglantée par des attentats. Le président Erdogan, le Premier ministre Binali Yildirim et les principaux dirigeants de l'opposition, très courtisés depuis le coup d'Etat, seront au rassemblement d'Istanbul.

Cette manifestation de masse doit marquer la fin des mobilisations quotidiennes après le coup d'Etat mené par une faction de l'armée et qui a fait trembler le pouvoir quelques heures. Ankara a désigné le prédicateur exilé Fethullah Gülen comme le cerveau du putsch raté et réclame à cor et à cri son extradition à Washington. Le chef de l'Etat avait appelé ses sympathisants à descendre dans les rues pour faire barrage aux putschistes, s'appuyant énormément sur le peuple, majoritairement choqué de ce coup de force qui avait pris la Turquie par surprise.

Le coup d'Etat manqué a fait 273 morts. Il a été suivi par une purge implacable dans l'armée, la justice, l'éducation ou la presse, qui, selon le président Erdogan, ne fait que commencer. Depuis, M. Erdogan a ainsi réussi à mobiliser tous les soirs, notamment sur les places Taksim à Istanbul ou Kazilay à Ankara, des dizaines de milliers de Turcs, brandissant le drapeau rouge national et scandant son nom.

C'est ce seul drapeau qui sera autorisé dimanche et non ceux des formations politiques qui se sont jointes à l'appel du Parti de la justice et du développement au pouvoir (AKP) dans ce rassemblement présenté comme unitaire.

Ecran géant en... Pennsylvanie

La principale formation d'opposition, le CHP social démocrate (Parti républicain du peuple), et le MHP de droite (Parti de l'action nationaliste) ont été conviés à la fête géante, mais pas le parti prokurde du HDP.

Kemal Kilicdaroglu, le chef du CHP, qui avait hésité à se joindre au rassemblement d'Istanbul, a décidé d'y participer après avoir reçu "une avalanche" de coups de téléphone, dont celui du Premier ministre, pour cette démonstration d'unité politique, selon le Hurriyet. Signe de l'oecuménisme affiché, le président Erdogan a retweeté pour la première fois un message de M. Kilicdaroglu disant: "Je me tiendrai aux côtés de la Turquie contre les traîtres".

Les échos des discours politiques et des chansons à Istanbul pourraient parvenir jusqu'aux oreilles... du vieux prédicateur Gülen. "Un écran géant sera installé dans un autre endroit. Vous savez où?" a demandé le président Erdogan à des sympathisants vendredi à Istanbul. "En Pennsylvanie. Le message sera transmis là-bas", a-t-il dit. C'est dans cet Etat du nord-est des Etats-Unis que vit Fethullah Gülen.

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