Les Frères musulmans ont appelé leurs partisans à descendre tous les jours dans les rues malgré la mort d'au moins 800 personnes depuis mercredi. les combats se sont concentrés samedi dans une mosquée où étaient retranchés les Frères musulmans.

Des échanges de coups de feu ont éclaté samedi entre la police égyptienne et des partisans du président destitué Mohamed Morsi à l'intérieur de la mosquée Al-Fateh, dans le centre du Caire. La mosquée jouxte le place Ramsès, où se sont concentrés les affrontements meurtriers de vendredi. Des partisans des Frères musulmans y avaient trouvé refuge vendredi soir et y ont passés la nuit.

Des coups de feu ont été tirés samedi après-midi sur les forces de sécurité depuis une fenêtre du deuxième étage de l'édifice religieux. Sur des images diffusées un peu plus tôt par la chaîne de télévision privée égyptienne CBC, on apercevait un homme semblant tirer depuis le minaret de la mosquée.

La place Ramsès a été le théâtre vendredi d'affrontements meurtriers entre les partisans de la confrérie islamiste et les forces de l'ordre égyptienne.

Les précisions de l'envoyé spécial de France Inter, Antoine Giniaux

173 morts et 1 000 arrestations vendredi

De nouvelles violences ont éclaté vendredi notamment place Ramsès. La confrérie islamiste dénonce le renversement par l'armée le 3 juillet du président Mohamed Morsi, issu de ses rangs et élu un an plus tôt. Selon les Frères musulmans :

Notre rejet du régime putschiste est devenu une obligation islamique, nationale et éthique à laquelle nous ne pourrons jamais renoncer.

le bras de fer se poursuit en égypte
le bras de fer se poursuit en égypte © reuters

Vendredi, une cinquantaine de personnes sont mortes au Caire et plus de 20 autres à Alexandrie , la deuxième ville du pays, a-t-on appris de sources proches des services de sécurité.

Des coups de feu d'armes automatiques ont résonné durant tout l'après-midi à travers la capitale, survolée par des hélicoptères de l'armée. Au moins un bâtiment public a été incendié et continuait de flamber dans la nuit malgré l'accalmie constatée dans les rues du Caire, soumise à un couvre-feu nocturne comme plusieurs autres provinces du pays.

Ni les Frères musulmans, dont les rassemblements ont été démantelés par la force au prix de centaines de morts mercredi, ni le nouveau pouvoir installé par l'armée n'entendent céder dans le bras de fer engagé depuis le 3 juillet.

La confrérie islamiste a annoncé une série de manifestations quotidiennes au cours des six prochains jours à partir de samedi alors que le gouvernement a donné l'autorisation aux forces de sécurité de tirer à balles réelles pour se défendre et protéger les bâtiments publics.

Omar est sympathisant des Frères musulmans, il est ingénieur de formation, pas habitué des rassemblements à risque mais depuis mercredi il est beaucoup plus déterminé et presque jusqu'au boutiste.

J'ai trois enfants, je me suis dit que ça valait le coup qu'ils aient une meilleure vie.

Etienne Monin a rencontré Wael, il a lui aussi participé aux manifestations. Il est prêt à en découdre avec les forces de l'ordre.

Ils tuent des gens qui n'ont rien d'autre que des pierres.

Les autorités égyptiennes ont interpellé 1 004 "éléments" des Frères musulmans . Dans un communiqué, le ministère accuse la confrérie islamiste d'avoir commis des actes de "terrorisme" durant les manifestations.

L'un des fils de Mohamed Badie, le guide suprême des Frères musulmans, a été tué selon le Parti de la Liberté et de la Justice, l'aile politique de la confrérie, sur Facebook. Ammar Badie, âgé de 38 ans, a succombé à une blessure par balle reçue lors d'une manifestation sur la place Ramsès. On ignorait samedi où se trouvait Mohamed Badie, dont le procès pour incitation à la violence doit débuter le 25 août.

La situations est tendue samedi midi au Caire. Les forces de sécurité encerclent une mosquée, où des partisans de l'ex-président Morsi sont retranchés.

Les précisions d'Etienne Monin

La lutte contre le "terrorisme"

"Le vendredi de la colère"
"Le vendredi de la colère" © Radio France

Aucun compromis ne semble à portée de main et l'Egypte, pays le plus peuplé du monde arabe, paraît menacée par une polarisation croissante entre partisans et adversaires des Frères musulmans. La télévision d'Etat use pour sa part d'un langage réservé autrefois aux islamistes radicaux tels que ceux d'Al Qaïda. Elle présente ainsi les événements en cours avec le bandeau "L'Egypte combat le terrorisme". Dans un communiqué, le gouvernement dit lutter contre "le projet terroriste des Frères musulmans".

La confrérie islamiste ne cesse de proclamer le caractère pacifique de sa contestation mais on pouvait voir vendredi au Caire des hommes armés tirer des coups de feu dans les rangs des partisans de Mohamed Morsi.

Un responsable des services de sécurité a fait état d'au moins 24 policiers tués dans les 24 heures précédentes et de 15 commissariats attaqués. Les Frères musulmans affirment que ces hommes armés sont des suppôts des militaires.

D'après des témoins, des partisans de Mohamed Morsi ont aussi saccagé une église catholique et ont incendié une église anglicane. Dans un communiqué, l'Eglise copte a déclaré vendredi "soutenir fermement la police et les forces armées égyptiennes".

Les pays occidentaux, au premier rang desquels les Etats-Unis, ont condamné l'assaut sanglant contre les rassemblements islamistes mercredi. Paris, Londres, Berlin et Rome ont appelé à une réunion d'urgence des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne . François Hollande et Angela Merkel ont estimé que l'UE devrait revoir ses relations avec l'Egypte à la lumière des derniers développements.

L'Arabie saoudite, qui perçoit l'islam politique défendu par les Frères musulmans comme une menace, a en revanche apporté une nouvelle fois vendredi son soutien aux autorités égyptiennes "contre le terrorisme".

Dissoudre les Frères musulmans ?

Le Premier ministre de transition égyptien, Hazem el Beblaoui, a proposé de dissoudre la confrérie des Frères musulmans et cette idée est à l'étude, a déclaré samedi un porte-parole du gouvernement.

Hazem el Beblaoui a soumis cette proposition au ministre des Affaires sociale, dont relève l'encadrement des activités des organisations non-gouvernementales, a précisé Cherif Chaouki. Reconnus officiellement comme ONG depuis mars , la confrérie a été créée en 1928 et dissoute en 1954 sous gouvernement militaire. Elle dispose d'une vitrine politique légale, le Parti de la liberté et de la Justice (PLJ).

Des tour-opérateurs européens annulent des séjours en Egypte

Les violences en Egypte ont conduit vendredi plusieurs tour-opérateurs européens à annuler pour un mois tous les séjours sur place, certains pays déconseillant désormais à leurs ressortissants d'éviter les stations balnéaires de la mer Rouge et plus seulement les grandes villes. Les capitales s'organisent chacune de leur côté pour mettre en sécurité leur ressortissant.

Les précisions de Guy Registe

En Allemagne, Thomas Cook et la filiale locale de TUI , tous deux contrôlés par TUI Travel , le numéro un européen du secteur, ont pris la décision d'annuler purement et simplement tous les départs vers l'Egypte jusqu'au 15 septembre.

Quelques heures auparavant, le ministère allemand des Affaires étrangères avait conseillé d'éviter les stations balnéaires égyptiennes de la mer Rouge, comme Charm el Cheikh et Hurghada, qui attirent chaque année environ 1,2 million de touristes allemands. Berlin n'est cependant pas allé jusqu'à émettre un avertissement général qui conduirait à l'évacuation des touristes déjà sur place.

La Suède a émis des recommandations équivalentes à celles de l'Allemagne , ce qui a conduit les tour-opérateurs du pays à interrompre les départs vers Charm el Cheikh, à 400 kilomètres du Caire, et vers Hurghada.

De son côté,la France déconseille tout voyage en Egypte jusqu'à nouvel ordre et le consulat au Caire a demandé aux ressortissants français de limiter leurs déplacements et de respecter scrupuleusement les horaires du couvre-feu en vigueur depuis mercredi. Il y a trois ans du tourisme,représentait à lui seul 11% du produit intérieur brut (PIB) selon l'Association mondiale du tourisme. Mais le nombre de touristes a chuté à 9,5 millions en 2011 , avant de remonter à 11,2 millions l'an dernier. Sur les cinq premiers mois de cette année, le nombre de visiteurs a progressé de 12% par rapport à la période correspondante de 2012.

Dissoudre les Frères muslmans ?
Dissoudre les Frères muslmans ? © Radio France
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