[scald=101325:sdl_editor_representation]par Khaled Yacoub Oweis

AMMAN (Reuters) - Des chars de l'armée syrienne ont bombardé dans la nuit de mardi à mercredi des quartiers de Homs où la Croix-Rouge tente pour le sixième jour consécutif de pénétrer dans le quartier de Bab Amro, là où des atrocités auraient été commises par les troupes du régime de Bachar al Assad.

D'après des groupes d'opposants, les quartiers de Karm al Zeitoun, Djoub al Djandali et Deir Balba ont été la cible du pilonnage de l'armée régulière. Des attaques de militaires ont été signalées dans les villes de Kara et de Yabroud, au nord de Damas, et à Alep, deuxième ville du pays, selon la même source.

Aucun témoin indépendant n'a pu entrer à Bab Amro depuis que les troupes syriennes ont repris vendredi le contrôle de ce quartier du sud-ouest de Homs après quatre semaines de siège, attisant la crainte du sort réservé aux quelque 4.000 civils qui seraient restés piégés dans la zone des bombardements.

D'après des opposants, sept personnes de sexe masculin, dont un enfant de dix ans, ont été tuées à coups de couteau par des miliciens et des soldats fidèles à Bachar al Assad. "Ils ont été poignardés à mort hier. Leurs corps ont été abandonnés dans un champ près de Bab Amro", a déclaré à Reuters Mohammed al Homsi.

L'indignation occidentale, attisée par la diffusion d'une vidéo qui montrerait des atrocités commises dans un hôpital de Homs, est montée d'un cran face au refus des autorités syriennes d'autoriser l'aide humanitaire à parvenir à Bab Amro.

IMAGES DE TORTURE

La vidéo diffusée par la chaîne britannique Channel 4 montre, d'après son auteur, des patients de l'hôpital militaire de Homs torturés par le personnel médical.

Selon la chaîne, ces images ont été filmées clandestinement par un membre du personnel de l'hôpital avant d'être remises au photographe français Mani, qui a travaillé à Homs.

Elles montrent des hommes blessés, les yeux bandés, enchaînés à des lits. D'après l'employé qui a tourné les images, ces hommes seraient des soldats ayant refusé d'obéir aux ordres, d'autres des civils. Le plus jeune serait âgé de 14 ans.

"J'ai vu des prisonniers se faire électrocuter, fouetter, battre à coups de bâtons et briser les jambes. Ils retournent les jambes jusqu'à ce qu'elles cassent", a déclaré l'employé à Mani.

Channel 4 n'a pu vérifier l'authenticité de ce témoignage, mais l'Onu dit disposer de vidéos qui montrent des exactions similaires et de témoignages corroborant de tels actes.

Des habitants ont commencé à revenir mardi à Bab Amro, selon des images de la télévision d'Etat syrienne et des déclarations des équipes du CICR.

Omar, qui s'est enfui au lendemain de l'entrée de l'armée à Bab Amro, affirme que les soldats s'y sont livrés à des atrocités, dont des viols et des exécutions sommaires.

"Les soldats nettoient le quartier, pillent les maisons, arrêtent les gens et en exécutent certains. Ils disent avoir une liste de 1.500 hommes à capturer (...) Ils tirent sur tout ce qui bouge, même sur les animaux. Il y a des corps partout dans les rues, certains portent des traces de torture", ajoute-t-il.

"CE DICTATEUR TOMBERA"

Mardi, Barack Obama a assuré que le départ du président syrien n'était qu'une question de temps, tout en excluant l'hypothèse d'un recours à la force pour accélérer les choses.

Le président des Etats-Unis a jugé la répression du soulèvement entamé il y a un an "déchirante et scandaleuse".

Rejetant une proposition lancée la veille par le sénateur républicain John McCain, le président américain a estimé que c'était une erreur de penser que les Etats-Unis pourraient se lancer dans une intervention militaire unilatérale en Syrie.

"Au bout du compte, ce dictateur tombera", a-t-il dit lors d'une conférence de presse à la Maison blanche.

Les membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu et le Maroc ont débattu mardi à huis clos d'un projet de résolution américain, que plusieurs puissances occidentales jugent trop édulcoré.

On ignore pour le moment si ce texte a plus de chances d'être adopté que les deux premiers, auxquels la Russie et la Chine ont opposé leur veto. Un diplomate ayant requis l'anonymat a écarté l'hypothèse d'un vote à brève échéance, si jamais le projet arrive devant le Conseil de sécurité.

Face à l'inertie du régime de Bachar al Assad, la communauté internationale cherche toujours un moyen de pression efficace en attendant l'arrivée à Damas, samedi, de l'émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe, Kofi Annan. La responsable des opérations humanitaires des Nations unies, Valerie Amos, est, elle, attendue ce mercredi en Syrie.

A Paris, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valero, a évoqué des discussions au niveau européen pour expulser les ambassadeurs syriens des pays de l'Union européenne, tout en reconnaissant qu'une telle décision relèverait de chaque pays. L'ambassadeur de France en Syrie est rentré à Paris après la décision du président Nicolas Sarkozy de fermer la représentation diplomatique française à Damas.

Avec Oliver Holmes et Mariam Karouny à Beyrouth, Suleiman al Khalidi et Khaled Yacoub Oweis à Amman, Stephanie Nebehay à Genève, John Irish à Paris, Tangi Salaün, Jean-Philippe Lefief et Benjamin Massot pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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