Trois Chiliens, victimes d'un prêtre pédophile, sont reçus ce week-end par le Pape François qui veut s'excuser pour avoir défendu un évêque complice.

Dans l'avion qui le ramène d'Amérique latine, le Pape François présente ses excuses aux victimes d'abus sexuels, le 22 janvier 2018
Dans l'avion qui le ramène d'Amérique latine, le Pape François présente ses excuses aux victimes d'abus sexuels, le 22 janvier 2018 © AFP / VINCENZO PINTO

Il s’appellent James Hamilton, Juan Carlos Cruz et José Andrés Murillo. Trois hommes dont le point commun est d’avoir été abusés par le prêtre chilien Fernando Karadima. Ce week-end, individuellement ils rencontreront le pape François, dans sa résidence du Vatican, la maison Sainte Marthe, et pourront "parler le temps nécessaire" selon le service de presse du Saint-Siège. Parler et être écouté par un pape qui a reconnu de graves erreurs dans sa perception d’une affaire de pédophilie qui avait fait scandale au Chili.

Pape François, le 18 janvier 2011 :

Tout cela est calomnie. C'est clair ?          

Car si Fernando Karadima a bien été reconnu coupable en 2011 par le Vatican d’actes pédophiles et condamné à se retirer de l’Église pour une vie de pénitence, c’est autour de celui qui a tu ses agissements que le Pape a fait un faux pas. Alors que plusieurs éléments prouvaient que Monseigneur Juan Barros avait couvert Karadima, le Saint Père s’était affiché à ses côtés lors de son voyage au Chili en janvier dernier et avait pris la défense sans trop de précautions :  "Le jour où vous m'apportez une preuve contre l'évêque Barros, je me prononcerai, avait déclaré le Pape. Il n'y a pas une seule preuve contre lui. Tout cela est calomnie. C'est clair ?" Une position qui avait choqué les victimes de Karadima qui assuraient eux que Barros savait et même avait assisté à certains des méfaits du nonce depuis condamné. 

Rétropédalage

Mais quelques jours plus tard, lors d’une conférence de presse dans l’avion qui le reconduisait à Rome, François revenait sur sa déclaration, demandant pardon aux victimes de pédophilie pour sa formule pouvant avoir eu l'effet d'"une gifle".  Le 11 avril dernier, il rétropédalait encore un peu plus. 

Pape François, le 11 avril 2018 :

J'ai commis de graves erreurs          

Se basant sur l'enquête menée par Monseigneur Scicluna prouvant que Monseigneur Barros avait bien couvert les actes de Fernando Karadima, François faisait part de sa honte : "_Tous les témoignages recueillis (autour du silence de Mgr Barros, NDLR) parlent d’eux-mêmes d’une manière dure, sans additifs ni édulcorants, des nombreuses vies crucifiées et j’avoue que cela me cause de la douleur et de la honte. J'ai commis de graves erreurs dans l’évaluation et la perception de la situation". C'est pour faire face à cette honte, corriger ces erreurs, qu’il reçoit, chez lui, ce week-end, des représentants de victimes de Karadima. Selon le service de presse du Saint-Siège "Le Pape veut leur demander pardon, partager leur douleur et sa honte pour ce qu’ils ont soufferts, et surtout écouter leur suggestions pour éviter que ces faits condamnables sont répétés"_. 

Un engagement contre les abus sexuels au sein de l'Église

Depuis cinq ans qu’il est à la tête du Vatican, le Pape François a largement participé à la fin de l’omerta sur les abus sexuels au sein de l’Église.  Dès l'année de sa nomination, François exigeait que ses services agissent avec détermination sur ces méfaits et demandait la promotion de mesures de protection des mineurs et l'aide aux victimes. 

Deux années plus tard, pour la première fois, un ancien prélat était jugé pour pédophilie par le tribunal du Vatican. "Abuser un enfant revient à trahir le corps du Christ, à faire une messe noire" avait déclaré le souverain pontife lorsqu’avaient été révélés les méfaits de Jozef Wesolowski,  ancien ambassadeur du Pape en République dominicaine. Un procès resté sans condamnation -l’accusé étant décédé quelques semaines après une première audience- mais qui prouvait la réelle volonté du pape argentin d'en finir avec ces pratiques et de laver l’image de l’Église. Cette semaine encore la Commission pontificale pour la protection des mineurs du Vatican a expliqué vouloir développer des "voies efficaces" pour intégrer la parole des victimes d’abus sexuels au sein de l'Eglise.

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