Le ministre de l'Intérieur britannique va tenir une réunion d'urgence à Londres avec les chefs des services de sécurité et de renseignements du pays après que deux personnes ont été intoxiquées au Novitchok à Amesbury.

Des périmétres de sécurité installés après la découverte d'un couple contaminé au Novitchok, notamment l'habitation d'Amesbury, l'église baptiste de la ville et le parc Queen Elizabeth Gardens à Salisbury.
Des périmétres de sécurité installés après la découverte d'un couple contaminé au Novitchok, notamment l'habitation d'Amesbury, l'église baptiste de la ville et le parc Queen Elizabeth Gardens à Salisbury. © AFP / Adrian Dennis

Amesbury n'est située qu'à une dizaine de kilomètres de Salisbury, où, en mars dernier, l’ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille ont été victimes d'une tentative d'empoisonnement au novitchok, un agent innervant.  

La question est de savoir comment les deux Britanniques qui ont été retrouvés samedi dans un état critique dans ce village du sud-ouest de l'Angleterre sont entrées en contact avec ce même agent innervant.

Près de 100 membres de l'unité antiterroriste travaillent en étroite collaboration sur cette enquête avec leurs collègues de la police du comté de Wiltshire.

La police antiterroriste a repris les rênes de l'enquête après l'identification par le laboratoire militaire de Porton Down de la nature de la substance, un agent neurotoxique de conception soviétique, appelé "novitchok". C'est le même agent innervant et il reviendra aux scientifiques de déterminer s'il vient du même lot.  

L'ex-espion russe et sa fille avaient finalement été tirés d'affaire après un lourd traitement médical. Cette double tentative d'assassinat contre les Skripal a été attribuée par le Royaume-Uni, soutenu par ses alliés occidentaux, à la Russie, qui nie. L'épisode a entraîné une crise diplomatique, ainsi que la plus importante vague d'expulsions croisées de diplomates russes et occidentaux de l'Histoire.                   

Risque de contamination faible           

Pour l'instant il n'y aurait  aucune preuve suggérant que le couple a été visé en particulier. La police s'est voulue rassurante en affirmant que le risque pour le public restait "faible".  C'est la femme, 44 ans, qui a d'abord perdu connaissance samedi. Puis l'homme, âgé de 45 ans, est tombé malade et les secours ont été appelés. La police a initialement émis l'hypothèse d'un incident lié à l'absorption de drogue. Ils sont hospitalisés dans un état critique à l'hôpital de Salisbury, là où l'ex-espion et sa fille ont été traités pendant plusieurs semaines. 

A Salisbury, les habitants s'inquiètent des répercussions. La police a mis en place une assistance téléphonique. "Nous ne pouvons pas sous-estimer l'impact qu'aura cette nouvelle choquante d'un deuxième incident majeur dans cette partie de notre pays dans un si bref laps de temps", a dit le chef de la police de Wiltshire, Kier Pritchard, dans un communiqué. Bien qu'il n'y ait "pas de risque immédiat pour la santé", l'agence de santé publique Public Health England (PHE) a conseillé par précaution aux personnes s'étant rendus aux mêmes endroits que les victimes vendredi et samedi de laver leurs vêtements.

Le Novitchok, une spécialité russe ? 

Le Novitchok, du russe "nouveau venu", est des agents neurotoxiques les plus dangereux au monde, une arme chimique de dernière génération, cinq à huit fois plus létale que le Sarin ou le VX par exemple. Il se présente sous forme de poudre ultrafine, d'un liquide ou d'un gel et il suffit d'une toute petite quantité de produit pour bloquer les transmissions nerveuses et provoquer une mort rapide.

Le Novitchok a été élaboré au début des années 90 par l'armée russe avec un objectif : échapper au cadre imposé par la convention d'interdiction des armes chimiques signée en 1993. Les Russes ont donc développé un produit mortel, très efficace, à partir de composants autorisés et ont échappé à de possibles sanctions.

Le Novitchok n'a jamais été utilisé avant l'affaire Skripal. Sa fabrication nécessite des infrastructures complexes et un savoir-faire professionnel. Et pour l'immense majorité des spécialistes des armes chimiques, il faut exclure l'hypothèse d'une production artisanale. Seul un Etat a la capacité de développer un agent neurotoxique aussi puissant.

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