Depuis 1921 et l’indépendance de l’Irlande, le pays, divisé entre un Etat souverain et une province rattachée au Royaume-Uni, a su conserver un terrain d’entente : celui du rugby, où la sélection nationale est composée d’athlètes des deux pays. Les Corée suivent-elles la même voie avec le hockey ?

Les athlètes sud et nord-coréens réunis sous un même drapeau à l'occasion des JO d'hiver : les débuts de la réconciliation ?
Les athlètes sud et nord-coréens réunis sous un même drapeau à l'occasion des JO d'hiver : les débuts de la réconciliation ? © AFP / MICHAEL KAPPELER / DPA

Le numéro un nord-coréen Kim Jong Un a invité ce samedi le président sud-coréen Moon Jae-in à un sommet à Pyongyang alors même que Washington mettait en garde contre "l'offensive de charme" olympique de la Corée du Nord.  L'invitation a été transmise par Kim Yo Jong, la soeur du dirigeant nord-coréen en visite au Sud pour les jeux Olympiques qui se sont ouverts vendredi, selon un porte-parole de la Maison Bleue, la présidence sud-coréenne. M. Kim est prêt à rencontrer M. Moon "aussi tôt que possible", mais celui-ci n'avait dans l'immédiat pas répondu à cette offre.   Un tel sommet serait le troisième du genre, après les rencontres entre le père de M. Kim, Kim Jong Il, et les Sud-Coréens Kim Dae-jung et Roh Moo-Hyun en 2000 et 2007, à chaque fois à Pyongyang.  Mais il pourrait semer la discorde entre M. Moon, partisan de longue date du dialogue avec le Nord et le président américain Donald Trump, qui jusqu'à récemment, échangeait insultes personnelles et menaces apocalyptiques avec M. Kim.  Washington martèle que le Nord doit prouver avant toute négociation qu'il est disposé à la dénucléarisation quand Kim Jong Un proclame que son pays est désormais un "Etat nucléaire à part entière".

Au moment des JO en Corée-du-sud, avec la présence d'une délégation nord-coréenne, le sport jouera-t-il un rôle de trait d'union entre les deux pays, comme ce fut le cas pour l'Irlande avec le rugby ? 

L’Histoire

Sur le plan historique, la séparation des Irlandais en deux États – ou plutôt, la prise d’indépendance partielle du pays, le 6 décembre 1921 –, est plus ancienne que la partition de la Corée, en 1945. Elle relève de la volonté des vainqueurs des élections parlementaires de 1918, qui donnèrent la majorité aux indépendantistes et se battront trois années durant pour imposer leur voie à la Couronne britannique : création d’un État démocratique souverain au sud, rattachement des six comtés formant l’Ulster à Londres.

A peine libérée du joug japonais, en 1945, la Corée a de son côté été placée sous protectorat des alliés : les Américains au sud du 38e parallèle, les Soviétiques au nord. La Guerre froide aidant, la perspective d’un État coréen réunifié s’éloigne vite, et dès 1948, ce sont deux Corée antagonistes qui sont fondées, chacune revendiquant la souveraineté sur l’autre. Depuis, la tension est parfois montée très haut entre deux régimes (et leurs parfois toxiques alliés) que tout oppose.

Le sport

Lors de la proclamation de la nouvelle constitution de l’Irlande souveraine, en 1922, la tension est à son comble entre des communautés à majorité protestantes, en Ulster, et la majorité catholique. L’Histoire, encore, sépare ceux qui se sont toujours sentis proches de Londres et ceux qui s’imaginaient un destin plus gaélique. Reste que, unionistes ou indépendantistes pratiquent un sport qui, plus qu’une religion (on compare le rugby à un culte au Royaume-Uni et en Irlande), les rassemble – parfois dans la douleur : le rugby. Et en la matière, rappelle le journaliste et historien David English dans Sud Ouest, "durant les troubles sanglants des années soixante-dix et quatre-vingt (…), hors des stades, il y eut des centaines de morts, mais jamais un match de rugby n’a été annulé".

Le hockey sur glace est-il un ciment comparable pour les Coréens ? Le premier match officiel d’une sélection nationale (sud) coréenne date de 1979, et on ne peut pas dire que le pays brille sur les patinoires depuis (les Coréens du Sud préfèrent le baseball, le taekwondo ou les jeux vidéo). La Corée du Nord, elle, brille par son absence (elle préfère le taekwondo ou le tennis de table. Une Corée hypothétiquement unie autour de son équipe nationale féminine de hockey ne devrait donc pas constituer le symbole tant attendu de la normalisation entre deux États que tout oppose toujours.

L’initiative

En 1922, la fédération de rugby d’Irlande a décidé de ne pas tenir compte de la partition du pays. Elle a toujours cherché à maintenir le lien entre les deux pays, quitte à inventer des rituels spécifiques pour gommer les tensions : la question des hymnes nationaux, par exemple, a été tranchée, à force de tâtonnements, dans les années 1980. Pour les citoyens de l’Eire comme pour ceux de l’Ulster, chanter en chœur le God Save the Queen ou Le Chant du soldat était impossible. La fédération a donc demandé à un musicien irlandais, Phil Coulter, de composer un hymne, L’Appel de l’Irlande, qui ne fâche personne. Et, depuis, ça marche : lorsque le XV irlandais se déplace, c’est l’Ireland’s Call qui est donné.

Pour les JO de 2018, le choix coréen s’est donc porté sur le hockey sur glace, un sport marginal dans la péninsule, et sur une sélection féminine. Autant dire que l’exposition médiatique a été soigneusement contenue. Mais après que la Corée du Nord a refusé de participer aux JO de 1988 à Séoul, l’initiative est louable. Premier effet : un défilé sous les mêmes couleurs – un drapeau expurgé des sujets qui fâchent –, lors de la cérémonie d’ouverture. Mais l’aventure ne durera sans doute pas longtemps : l'équipe de Corée joue dans un groupe qui ne lui laissera sans doute que peu de chances de briller. Face à la Suisse, à la Suède et au Japon, le symbole devrait s’effacer aussi vite qu’il a été constitué. Et du côté des supporters, le projet, lorsqu’il n’a pas irrité, a déjà fait un flop. 

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