Alors que les manifestations se multiplient dans le pays, les députés votent ce dimanche pour ou contre la destitution de la présidente Dilma Rousseff, accusée par l'opposition de droite d'avoir truqué les comptes publics du Brésil pour dissimuler l'ampleur des déficits et favoriser sa réélection en 2014.

Dans une vidéo et une tribune publiée samedi dans la presse, Dilma Rousseff a de nouveau nié avoir commis des actes justifiant sa destitution, présentant la procédure visant à la chasser du pouvoir comme "la plus grosse fraude juridique et politique" de l'histoire du Brésil.

Nous sommes face à la menace d'un coup d'Etat, un coup d'Etat sans armes qui utilise des méthodes plus destructrices, comme la fraude et le mensonge, pour tenter de détruire un gouvernement légitimement élu.

La chasse aux votes est ouverte

Les députés brésiliens concluent ce dimanche soir leur session plainière marathon commencée vendredi, par un vote sur l'éventuelle destitution de la présidente. Le résultat devrait être connu vers 21h au Brésil (2h à Paris). L'opposition devra s'assurer de deux tiers des votes des membres de la chambre basse (342 sur 513) pour que la procédure de destitution soit soumise à l'approbation du Sénat . Il suffira ensuite d'un vote à la majorité simple des sénateurs, en mai, pour que Dima Roussef soit mise formellement en accusation et écartée du pouvoir pendant au maximum six mois dans l'attente d'un jugement final. Son poste serait alors accupé par le vice-président Michel Temer, 75 ans qui formerait un gouvernement de transition. D'ailleurs celui qui était unallié centriste, brigue désormais ouvertement son fauteuil.

Dilma Roussef et ses soutiens, parmi lesquel l'ancien Président Lula, s'efforcent en coulisse d'inverser le résultat annoncé en allant chercher les voix une par une. Selon le grand journal O Globo, qui recense les intentions de vote supposées des députés et des sénateurs, "l'Impeachment" requeillerait actuellement 349 voix alors qu'il en suffit de 342 pour la destitution.

Bertrand Gallicher a parcouru les couloirs de l'assemblée

Si elle reussissait à redresser la barre, Dilma Rousseff a annoncé qu'elle proposerait "un grand pacte national sans vainqueur ni perdant" pour sortir le Brésil de la crise, mais les observateurs estiment que sa promesse de former alors un gouvernement d'union nationale a peu de chances d'être tenu au vu des divisions profondes créées par la crise.

D'immense manifestations des deux camps dans plusieurs villes du pays

La présidente a appelé samedi ses concitoyens à "suivre avec attention les événements", mais "surtout dans le calme et la paix", alors que la police est sur les dents. Elle craint des affrontements lors de grandes manifestations de partisans des deux camps programmées à Rio de Janeiro, São Paulo où on attend un million de manifestants et Brasilia où une imposante barrière d'un kilomètre de long et deux mètres de hauteur a été plantée face au Congrès des députés pour séparer les "pro-destitution" et "anti-pustch" qui suivront le vote sur des écrans géants.

A Brasilia, au milieu de la manifestation, le reportage de Bertrand Gallicher

Que reproche-t-on à Dilma Rousseff ?

D'avoir maquillé les comptes publics du Brésil pour dissimuler aux électeurs l'étendue des déficits et de la crise économique, afin de faciliter sa réélection en 2014. Elle le confesse à demi-mots en faisant valoir que tous ses prédécesseurs ont eu recours - dans une moindre mesure - à ces tours de passe-passe sans avoir jamais été inquiétés. Un prétexte donc, dénonce-t-elle, pour habiller d'un vernis juridique un "coup d'Etat" institutionnel alors que nombre de ses accusateurs sont eux mêmes soupçonnés par la justice de corruption. Des dizaines de députés et sénateurs sont ainsi soupçonnés dans le scandale Petrobras. La branche brésilienne de l'ONG Transparency International estime que pas moins de 58,1% ds députés brésiliens ont ou ont eu maille à partir avec la justice pour des affaires de corruption. Contrairement à ses accusateurs, Dilma Rousseff n'a jamais été soupçonnée d'avoir touché personnellement de l'argent issu de la corruption. On peut par contre lui reprocher d'avoir probablement ferém les yeux sur l'affaire Pétrobras qui éclabousse également son parti

Sébastien Velut, professeur à l'Institut des Hautes études de l'Amérique latine était l'invité du journal de 13h de Philippe Abiteboul

Infographie Roussef et Loula
Infographie Roussef et Loula © Visactu
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