C'est un drame rarissime : après des mois de tensions, deux techniciens d'une station scientifique russe, au milieu du continent gelé, ont fini par se battre. L'un d'eux a été poignardé, ses jours ne sont pas en danger. Son agresseur sera jugé en Russie, puisqu'il n'y a ni police, ni tribunal sur place...

L'agresseur a été "détenu" dans cette église proche de la station, faute de prison sur place
L'agresseur a été "détenu" dans cette église proche de la station, faute de prison sur place © AFP / VANDERLEI ALMEIDA

Une tentative de meurtre au milieu de l'Antarctique, ça paraît exceptionnel... Et pourtant, il y a des précédents, raconte Christian de Marliave, éditeur et spécialiste des pôles : "J'en connais un, sur la station uruguayenne d'Artigas, sur la même île que Bellingshausen, l'île du Roi George. Quelqu'un qui a tué un collègue à coups de pistolet, il y a une quinzaine d'années. Donc ce sont des choses qui arrivent, mais heureusement très rarement."

Car le contexte n'aide vraiment pas. Dans la station russe de BellingHausen, on sortait de plusieurs mois d'isolement, notamment d'hiver antarctique, avec des nuits interminables. Une situation de tension qui a poussé l'un des locataires de la station, Sergey Savitsky, ingénieur électrique, à poignarder son camarade Oleg Beloguzov, soudeur.

La nuit polaire, source de dépression

Vivre dans une station en Antarctique n'a rien de vacances tranquilles. "C'est un milieu extrêmement confiné", explique Gérard Jugie, ancien directeur de l'Institut polaire français Paul-Emile Victor. "Matin, midi et soir, on se retrouve face aux mêmes personnes. Quand la mission d'hivernage commence, il y a généralement une période d'exaltation, les hivernants sont contents de se mettre à leur tâche... Et puis petit à petit quand la nuit polaire s'installe, il arrive une période de dépression."

Et quand cette dépression mène à un drame, les scientifiques ne se transforment soudainement pas en inspecteurs. "Il n'y a pas de police en Antarctique", précise Christian de Marliave. "Donc _c'est chaque gouvernement qui fait sa propre police_. Mais il y a des lois à respecter, bien sûr : on n'a pas le droit d'avoir d'arme en Antarctique, par exemple. Là, l'agression s'est faite à coups de couteaux, on ne peut pas interdire les couteaux sur une base. Ce seront les Russes qui vont gérer leur histoire en interne."

Le procès aura lieu en Russie, où l'agresseur a été renvoyé après avoir passé quelques jours dans une église de l'île du Roi George (seul endroit où l'on peut confiner un détenu sur place, puisqu'il n'y a pas non plus de prison en Antarctique). Il s'était rendu au chef de la station peu après son agression.

Il faudra notamment déterminer ce qui a fait craquer l'accusé... Certains médias assurent que c'est parce que la victime passait son temps à raconter à son collègue la fin des livres qu'il lisait. Les spécialistes, eux, rappellent que contrairement aux stations d'autres pays, les bases russes autorisent la consommation d'alcool.

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