En imposant, ce jeudi des taxes sur les importations d'acier et d'aluminium aux Etats-Unis, Donald Trump a provoqué de vives réactions dans son camp et à travers le monde. Pénalisés, l'Europe et la Chine mettent en garde contre une guerre commerciale aux conséquences imprévisibles.

Donald Trump brandit la signature des documents protectionnistes sur l'importation d'acier et d'aluminium aux États-Unis, entouré de travailleurs du secteur (8 mars 2018)
Donald Trump brandit la signature des documents protectionnistes sur l'importation d'acier et d'aluminium aux États-Unis, entouré de travailleurs du secteur (8 mars 2018) © Getty / Chip Somodevilla

Après plusieurs jours d'intenses spéculations, le Président américain a finalement signé, depuis la Maison Blanche, deux documents controversés qui marquent un net virage protectionniste, 13 mois après son arrivée au pouvoir. Ces taxes, de 25% sur les importations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium, entreront en vigueur dans 15 jours.  

"Je tiens une promesse que j'ai faite en campagne", a lancé Donald Trump, assurant que les Etats-Unis, avaient, pendant des décennies, été victimes de pratiques commerciales qu'il a assimilées à une "agression" : 

Une industrie forte de l’acier et de l’aluminium est vitale pour notre sécurité intérieure, vitale. L’acier, c’est l’acier. Si vous n’en possédez pas, vous n’avez pas de pays

"Notre industrie a été la cible depuis des années, depuis des décennies même, d’attaques commerciales déloyales. Et ça a provoqué chez nous la fermeture d’usines ,de hauts fourneaux, le licenciement de millions de travailleurs, avec des communautés décimées. Et bien, ça, ça va s’arrêter" a déclaré le président des États-Unis.

Réactions planétaires immédiates

Le Japon, un des principaux alliés des Etats-Unis, a immédiatement réagi, disant craindre "un impact grave (...) sur l'économie mondiale", selon le ministre des Affaires étrangères, Taro Kano.  La Chine a aussi fait part vendredi de sa "ferme opposition" à ces droits de douane, le ministère chinois du Commerce dénonçant une "attaque délibérée du système commercial multilatéral". 

Le Canada, premier partenaire commercial et premier fournisseur d'acier et d'aluminium des États-Unis, mais aussi le Mexique a mesure américaine ne sont pour l'instant pas concernés par cette décision, qui intervient le jour même où onze pays des deux rives du Pacifique ont ressuscité, au Chili, l'accord de libre-échange transpacifique (TPP), donné pour mort il y a un an après le retrait des Etats-Unis. 

La France a dit "regretter" la décision de Donald Trump, Londres a estimé qu'il agissait de la "mauvaise manière", et le Brésil, deuxième fournisseur d'acier des États-Unis, a fait pour sa part savoir qu'il comptait "protéger ses intérêts".

Oeil pour oeil, taxe pour taxe

La Maison Blanche a précisé que tous les pays concernés pourraient entamer des discussions avec les États-Unis pour négocier, eux aussi, une éventuelle exemption, notamment l'Union Européenne, exporte environ 5 milliards d'euros d'acier et 1 milliard d'euros d'aluminium chaque année vers les USA. L'Union européenne martèle depuis plusieurs jours qu'une guerre de tranchées serait nuisible à tous. 

Rappelant que l'UE est un "allié proche" des Etats-Unis, la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malström, a estimé jeudi que l'Union "devrait être exemptée" de ces taxes douanières. "Je vais demander plus de clarté sur cette question dans les jours à venir", a-t-elle écrit sur Twitter. 

Bien avant la promulgation de ces taxes, l'UE avait préparé une riposte. Une liste de produits américains pourraient être taxés, dont les jeans, ou le fameux beurre de cacahuète, pour compenser en valeur le dommage causé à l'industrie européenne. 

Désaccords des élus républicains 

L'annonce de ces droits de douane a suscité une véritable fronde au sein même du camp républicain où nombre d'élus réfutent l'avis du magnat de l'immobilier selon lequel les guerres commerciales sont "bonnes et faciles à gagner". 

Son principal conseiller économique, Gary Cohn, a démissionné mardi en raison de son opposition à de telles mesures. Le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a clairement marqué sa désapprobation, redoutant des "conséquences imprévues" tandis que le sénateur républicain, Jeff Flake, a annoncé le dépôt prochainement d'une proposition de loi visant à annuler ces taxes. 

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