Le Président des Etats-Unis a à nouveau menacé la Syrie et son allié russe, ce mercredi, de bombarder des bases syriennes, après l'attaque présumée chimique de ce week-end. Une "escalade dangereuse" pour le régime syrien, déjà bombardé en avril 2017.

Peut-être une nouvelle étape dans la politique de la "ligne rouge"
Peut-être une nouvelle étape dans la politique de la "ligne rouge" © AFP / NICHOLAS KAMM

Dans une nouvelle série de tweets matinaux, ce mercredi, Donald Trump a une nouvelle fois, et très directement, menacé la Syrie de frappes imminentes, faisant suite aux soupçons d'attaque chimique dans la ville rebelle de Douma. 

"La Russie jure d'abattre n'importe quel missile tiré sur la Syrie. Que la Russie se tienne prête, car ils arrivent, beaux, nouveaux, et intelligents ! Vous ne devriez pas vous associer à un Animal qui tue avec du gaz, qui tue son peuple et aime cela !" a posté Donald Trump sur Twitter, ajoutant, dans un autre tweet, que les relations entre les Etats-Unis et la Russie "sont pires aujourd'hui qu'elles ne l'ont jamais été, y compris pendant la Guerre froide". 

"Pas de projet politique derrière"

"Nous ne sommes pas étonnés par cette escalade dangereuse en provenance d'un régime comme celui des Etats-Unis, qui a parrainé et parraine encore le terrorisme en Syrie", a réagi le ministère syrien des Affaires étrangères. En Russie, les réactions sont encore plus vives : "Là-bas, un président, sur Twitter, prend des décisions telles qu'elles provoquent l'horreur dans le monde entier !" a déclaré le président de la Douma Viatcheslav Volodin. "L'Amérique aujourd'hui, c'est la honte de toute l'humanité", a quant à lui lancé le très anti-occidental chef du parti libéral-démocrate.  

Alors que mardi, l'ONU a échoué à faire mettre en place un dispositif d'enquête indépendant, suite à un veto de la Russie, cette escalade va-t-elle vraiment déboucher sur les bombardements que promet Donald Trump ? "Dans la mesure où, aux manettes, on a le président Trump, qui cultive l'inattendu, je suis incapable de dire s'il va le faire ou non. Et je pense que c'est son jeu", explique Jean-Marc Lafon, spécialiste des conflits au Proche-Orient, au Moyen-Orient et en Afrique. "Mais s'il ne le fait pas, après tout le battage qui vient d'être fait, le crédit des occidentaux, déjà bien égratigné dans l'affaire syrienne, va en pâtir encore plus ; s'il le fait sans projet sous-jacent, cela ne servira pas à grand-chose".

"Je ne vois pas se dessiner de projet politique qui serait prolongé par une action militaire afin de lui donner corps : en Syrie il n'y a que deux projets politiques possible : soit on change le système politique, soit on le garde. Je ne vois pas un tel projet politique de la part des Etats-Unis", ajoute-t-il : "L'impression que tout cela donne, c'est que l'enjeu ici est moins syrien que global".

Une tâche périlleuse

Bluff ou non, des compagnies aériennes desservant les pays de l'est du bassin méditerranéen ont annoncé avoir ajusté leurs plans de vols suite à une mise en garde mardi de l'EASA (Agence européenne de la sécurité aérienne) sur le risque d'attaques aériennes dans la région. La menace semble prise au sérieux par Bachar el-Assad. Mercredi dans l'après-midi, les forces gouvernementales ont été placées en état d'alerte. 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, les principaux aéroports et les bases aériennes militaires du pays ont été évacués. Ce qui risque de compliquer la tâche des services américains et français qui, comme l'expliquait Emmanuel Macron mardi, se coordonnent "pour s'attaquer aux capacités chimiques détenues par le régime." Dans ces conditions, les éventuelles frappes ne toucheraient que les installations militaires fixes. Soit une vingtaine de bases et aéroports potentiellement vides, dispersés sur tout le territoire, tout en évitant les lieux de présence militaire russe et les systèmes de défense anti-aérienne du Kremlin. La tâche est périlleuse. 

La politique de la ligne rouge

Si la menace est effectivement mise à exécution, ce sera une nouvelle étape dans la politique de la "ligne rouge" : dès 2012, Barack Obama avait prévenu de la possibilité de représailles en cas d'utilisation d'armes chimiques. Mais malgré de grosses périodes de tensions, notamment en 2013 après l'utilisation d'armes chimiques dans la Ghouta, les Etats-Unis avaient fait machine arrière, là où la France se disait prête à intervenir.  

Il avait fallu attendre un changement de président à la tête des Etats-Unis, et une nouvelle attaque chimique qui a fait 87 morts en avril 2017, pour que Donald Trump bombarde une base militaire syrienne. "Quel effet est-ce que ça a produit ? note Jean-Marc Lafon. De toute évidence, ça n'a pas mis un terme à l'utilisation d'armes chimiques. Ça n'a pas eu d'effet concret sur ce contre quoi on voulait lutter. C'était frapper pour frapper, sans se mettre au service d'un projet politique concret."

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