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sati © Radio France / WR

Que savons nous de la condition des femmes en Inde ?

La sati est la plus médiatique.

L'épouse vertueuse qui une fois son mari mort s'immole sur son buchet pour atteindre le rang de sativrata et satimata .

On recense trois cas ces quarante dernières années.

Autant dire trop peu pour dresser une généralité.

Cette pratique des temps anciens est culturelle.

Une veuve n'a pas de place dans la société indienne.

Au XIXème siècle après avoir enterré leurs maris, elles se retiraient dans des ashrams pour vivre dans la solitude et l'oubli.

Cette ancienne tradition avait inspiré à une cinéaste canadienne d'origine indienne le film "Water " en 2005.

Cette coutume a totalement disparu dans l'Inde du XXIème siècle .

Les dowry death existent malheureusement encore. Lorsque la famille du mari estime que la dot de la jeune épouse est insuffisante, on l'asperge d'essence, on craque une allumette et le meurtre est maquillé en accident. Evidemment, de telles horreurs ne se produisent pas toutes les semaines mais de manière assez répétée pour que des associations internationales s'en inquiètent.

En revanche beaucoup plus courant, surtout dans les campagnes reculées du Nord, l'Uttar Pradesh et le Bihar : les foeticides. Dès que l'échographie revèle le sexe de l'enfant, on avorte en cas de résultats négatifs, c'est à dire si c'est une fille. On rêve d'un garçon reprenant l'exploitation familiale.

Les ONG dénoncent encore la pratique de mariages d'enfants dans le Rajasthan et Chhattisgarh.

Gandhi lui même avait été marié de force à une fillette de dix ans et quand il fut au pouvoir, il a fait de de la lutte contre cette pratique un combat personnel.

François Gautier le redacteur en chef de la revue "La Nouvelle Inde " regrette que les instances internationales ne s'arrêtent qu'à cette image honteuse de l'Inde. Car en parrallèle de ces faits inacceptables, une autre condition de la femme s'élève en Inde et personne n'en parle.

De tradition, toutes les divinités sont féminines et la terre est femme :Mother India.

La femme est conscience transcendante dans toute connaissance dit la Devi Oupanishad , un des textes plus anciens textes sacrés.

Des femmes ont marqué de leurs influences les arts de la guerre et de la politique, Rani de Janhsi qui combattit les Britanniques ou Indira Gandhi qui dirigea le pays.

En indien, la condition de la femme est appellée la shakti; c'est à dire l'énergie primordiale.

Nul ne peut voir le divin s'il n'est femme décrétait Paramsha Ramakrishna , grand saint Hindou du siècle dernier qui allait jusqu'à s'habiller en femmes.

L'image de la femme bafouée dans l'Inde ancienne est donc partiellement fausse aux yeux de François Gautier*. Rarement pays et civilisations n'ont accordé une telle importance à la stature de la femme. Notamment l'hindouisme . Mais musulmans et bouddhistes puis les missionnaires britanniques se sont mis à couvrir les femmes . Alors que les Hindous avaient pour habitude de laisser la femme libérée et sans contraintes. Le sexe était sacré. Les femmes se promenaient seins nus et prenaient l'initiative de l'amour physique. Les fresques érotiques de Khajurao et le traité du Kama Sutra viennent de cette époque.

L'Inde, par la suite, a toujours voulu comprendre l'origine du conflit entre les hommes et les femmes. Comment en est on arrivé aux foeticides, aux meurtres dans une société qui est entièrement tournée vers les femmes et Shiva ?

Deux vers de Sri Aurobindo, penseur, philosophe, politique, yogiste du début du XXème siècle n'ont jamais été oubliés

"Et pour l'éveiller de sa transe sans fin, toute la beauté du monde prit la forme d'une femme" .

*François Gautier , auteur de "Quand l'Inde s'éveille, la France est endormie" sera l'invité de "Partout Ailleurs" le vendredi 30 novembre.

@EricValmir sur Twitter

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