Le biopic consacré au lanceur d'alerte Edward Snowden par Oliver Stone sort sur les écrans ce 1er novembre. Ni James Bond ni Jason Bourne,il espère un jour rentrer aux Etats-Unis.

Edward Snowden
Edward Snowden © Laura Poitras / Praxis Films - CC

Les faits

Après avoir copié 1,7 million de documents classés top-secret, Edward Snwoden, consultant de la NSA (National Security Agency), rentre en contact en décembre 2012 avec deux membres de l’ONG américaine Freedom of the Press Foundation, le journaliste Glenn Greenwald et la documentariste Laura Poitras, à qui il transmet des documents. Ces documents sont rendus publics à partir du 6 juin 2013 dans les quotidiens britannique The Guardian et américain The Washington Post.

Les révélations ont permis de faire connaître au grand public les dispositifs PRISM, UPSTREAM et XKEYSCORE, qui permettent de sonder toutes les communications échangées sur les plateformes telles que Facebook, mais aussi les SMS et toutes les requêtes d'un individu sur les moteurs de recherche.

Chefs d'état, institutions internationales, européennes, personne ne peut avoir de secret pour la NSA.

Un homme calme comme un chat, très doué pour le Rubik's cube

Quand il fait ses révélations, Snowden apparaît comme un jeune homme calme et méticuleux, choqué de voir que tous ses concitoyens sont potentiellement espionnés. Il n'a que 28 ans, il est méthodique et déterminé. Il n'est pas pour autant un "homme en colère" ou un révolté. Conscient des enjeux politiques et des rapports de force qui l'entoure, il affiche une solidité et une constance étonnante. Tel le chat, observant minutieusement ce qu'il entoure, n'agissant jamais précipitamment.

Edward Snowden

Assis à mon bureau, j’avais le pouvoir légal de surveiller n’importe qui. Ça pouvait être vous, votre comptable, un juge fédéral et même le Président si j’avais eu son adresse électronique.

Le consultant de la NSA s'est insurgé, presque tout seul, parmi les 30 000 employés de l'agence de renseignements américaine, contre ce qu'il pensait être une atteinte aux libertés fondamentales. Il a été déçu par son pays. Il a agi comme un patriote vigilant vis-à-vis du gouvernement. Ni James Bond, ni Jason Bourne, ce petit bonhomme de 28 ans a accepté de quitter une belle carrière, une famille et l'amour de sa vie par conviction.

Oliver Stone le montre même très malin. Le jour où il quitte son travail pour la dernière fois, il cache dans une carte SIM des millions d'informations. Il la cache dans son Rubik’s cube, qu’il lance, joueur, au gardien du poste de sécurité Nul ne sait exactement si la scène est vraie ou sortie de l'esprit d'Oliver Stone.

C'est donc l'histoire d'un homme presque normal mais surtout très convaincu qui accepte de se mettre à dos le mastodonte USA pour la bonne cause.

Snowden n'a retiré aucun bénéfice de son action. Il n'a eu de cesse de répéter qu'il n'était pas supposé être l'objet d'un quelconque intérêt médiatique, que le sujet était les écoutes et la violation de la vie privée de millions d'individus. Snowden n'a pas été immédiatement séduit par l'idée du film de Stone. Son avocat russe l'a persuadé, et il a donné son accord à condition que Stone s'en tienne aux faits, si l'on en croît les déclarations du journalistes du Monde, Jacques Follorou.

Malgré l'alerte lancée par Snowden, la surveillance est à son apogée

La NSA et les Etats-Unis ont été obligés de modifier à la marge leur façon de faire. Le film d'Oliver Stone le montre. Mais pour le monde de la surveillance, la partie continue. De leur côté les géants du web ont dû apporter aux internautes une meilleure sécurité pour leurs données personnelles. Ils ont dû également se protéger contre les incursions de la NSA dans leurs serveurs.

Mais un nouveau scandale a éclaté ces jours-ci, concernant la société AT&T. AT&T est le plus grand fournisseur de services téléphoniques des États-Unis. Elle a vendu des milliards de données au gouvernement depuis le 10 juillet 2008.

Sur son compte Twitter Edward Snowden reste présent et retweete régulièrement les informations dénonçant les violations de la vie privée.
Sur son compte Twitter Edward Snowden reste présent et retweete régulièrement les informations dénonçant les violations de la vie privée. © Edward Snowden, sur Twitter

Le compte à rebours a commencé

Aujourd'hui encore il semble que les Américains n'ont pas pris conscience de ce que Snowden a voulu leur dire. 56% des Américains ne voient pas d'inconvénients à être écoutés. Le grand public ne lui accorde aucune sympathie particulière. Le film d'Oliver Stone aura peut-être plus de chance de les toucher.

Pour l'instant Snowden est un traître pour les Américains moyens et au regard de la loi américaine il risque jusqu'à 30 ans de prison. Jusqu'ici Barack Obama ne lui a ouvert aucune porte, au contraire. Le système de renseignements s'est réorganisé pour garder une vitrine honorable, et selon Oliver Stone, désormais, lorsqu'il y a des fuites, elles sont contrôlées par les services et le gouvernement.

Aujourd'hui, Edward Snowden, inculpé par le gouvernement américain d'espionnage, de vol et d'utilisation illégale de biens gouvernementaux, a trouvé refuge en Russie, où il a obtenu le 1er août 2014 un droit de résidence pour trois ans. Le temps est donc compté pour Snowden.

Ses amis et avocats ont lancé une pétition, Pardon Snowden, à l'adresse du président américain. Pour eux, l'acte de Snowden était certes illégal, mais moralement acceptable, car c'était dans l'intérêt de tous, un geste éthique au service des libertés fondamentales.

REECOUTEZ ||

►►► Le réalisateur Oliver Stone et le journaliste du Monde Jacques Follorou dans On aura tout vu

►►► Affaires sensibles du 21 juin 2016

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