Les partisans du maréchal Sissi se sont réunis place Tahrir
Les partisans du maréchal Sissi se sont réunis place Tahrir © EPA/MaxPPP

Le maréchal Abdel Fattah al Sissi, nouvel homme fort de l'Egypte, a très largement remporté l'élection présidentielle qui s'est étalée sur les trois derniers jours, selon des résultats provisoires qui le créditent mercredi de plus de 90 % des voix.

L'ancien numéro un de l'appareil militaire a, selon des sources judiciaires, recueilli 93,3% des suffrages exprimés alors que les opérations de dépouillement étaient quasiment terminées. Le candidat de gauche Hamdine Sabahi, son unique adversaire, obtiendrait quant à lui 3,0% et les bulletins nuls représenteraient 3,7%.

Mais le taux de participation, estimé à 47% selon ces sources et plus faible que prévu, pourrait peser sur la légitimité du maréchal, artisan du coup d'Etat qui a renversé en juillet dernier le premier président démocratiquement élu, l'islamiste Mohamed Morsi.

47% de participation, le chiffre est peu crédible selon la correspondante de Radio France au Caire Vanessa Descouraux

Pourtant, les partisans du maréchal Sissi n'ont pas ménagé leur peine pour mobiliser les électeurs.

Reportage au Caire

Dès que les premiers résultats ont commencé à circuler dans les rues du Caire, des partisans de l'ancien chef de l'armée ont lancé des feux d'artifice, brandi des drapeaux égyptiens et fêté la victoire de leur candidat en klaxonnant dans les rues bondées de la capitale.

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Un millier de personnes ont convergé vers la place Tahrir, symbole de la "révolution du Nil" en 2011 qui avait fait souffler un vent démocratique et abouti à la chute d'Hosni Moubarak. Sur la place, des vendeurs proposaient des figurines en habits militaires, rappelant la forte influence de l'armée dans le pays.

Soucieux d'un soutien populaire massif, le maréchal Sissi avait appelé les Egyptiens à voter et dit souhaiter que 40 millions d'électeurs se prononcent, soit 80 % des inscrits. Selon des sources judicaires, 44,4 % des 54 millions d'électeurs sont allés voter.

L'abstention, grande gagnante du scrutin

L'absence de soutien massif autour de sa candidature pourrait priver Abdel Fattah al Sissi, présenté par ses partisans comme "l'homme fort" dont le pays a besoin, de la légitimité dont il a besoin pour remettre le pays sur la voie de la croissance et lutter contre la pauvreté et le chômage dans le pays le plus peuplé de la région.

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Les Égyptiens n'ont guère montré d'empressement mercredi à se rendre aux urnes lors de la troisième journée de scrutin rajoutée au dernier moment pour tenter de convaincre les abstentionnistes et donner une légitimité accrue au favori.

Cure d'austérité

Contrairement à la précédente élection présidentielle qui avait vu une dizaine de candidats se présenter, celle-ci est apparue jouée d'avance puisque Sissi n'avait donc qu'un seul rival. Les Frères musulmans, dont on estime le nombre de membres à un million, avaient appelé à boycotter l'élection, qualifié de prolongation du coup d'État.

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Depuis la destitution du président Mohamed Morsi, issu des rangs de la confrérie, le mouvement, considéré comme un groupe terroriste par les militaires, a été interdit et environ 1.000 de ses partisans ont été tués.

L'abstention peut aussi s'expliquer par le fait que Sissi n'a pas clairement précisé comment il comptait résoudre les différents défis auxquels le pays est confronté. Il a présenté ses priorités dans les grandes lignes : lutter contre l'insurrection islamiste et relancer l'économie par le tourisme et l'arrivée de nouveaux investisseurs, mais il a également insisté sur la nécessité d'une cure d'austérité, et demandé à la population de se préparer à des sacrifices.

Qui est le général Sissi ?
Qui est le général Sissi ? © Radio France
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