L'incertitude est totale après la nuit électorale américaine : le démocrate Joe Biden et le républicain Donald Trump sont au coude-à-coude. Contrairement (une fois de plus) aux prévisions et aux sondages, le président américain a déjoué les pronostics.

Donald Trump et Joe Biden au coude-à-coude après la nuit électorale
Donald Trump et Joe Biden au coude-à-coude après la nuit électorale © AFP / MANDEL NGAN / ANGELA WEISS

Le candidat démocrate Joe Biden est pour l'instant crédité de 224 grands électeurs contre 213 pour le président républicain sortant Donald Trump, selon les dernières projections de l'institut Edison Research mercredi vers 10h30 heure de Paris. Au total, 538 grands électeurs composent le Collège électoral et une majorité de 270 est nécessaire pour être élu président des États-Unis.

En 2016, Donald Trump n'était donc pas "un accident de l'Histoire"

L'élection de Donald Trump il y a quatre ans, vécue dans le monde entier comme une surprise, était vue par beaucoup (surtout les critiques) comme un accident de parcours dans l'Histoire américaine. Ou tout du moins comme un coup de gueule à l'instant T d'une partie de la population. Mais avec l'élection serrée de cette année, il semble que le mouvement soit plus profond.

Bien entendu, Donald Trump l'a bien compris, et tente de capitaliser sur cette donnée. Il s'est d'ailleurs attiré les critiques après son premier point presse de sortie des urnes : il y a annoncé sa victoire et a affirmé vouloir réclamer devant la Cour Suprême l'arrêt du dépouillement des bulletins restants. La Constitution ne prévoit aucunement que tous les bulletins doivent être dépouillés le soir même du scrutin et qu'un président doive automatiquement être proclamé ce même soir. Mais Donald Trump joue le coup de bluff, lui qui a toujours voulu éviter un dépouillement des votes par correspondance, habituellement favorables aux démocrates.

Dans son analyse sur France Inter, le spécialiste de géopolitique Pierre Haski ne s'y est pas trompé :

Dans les premières leçons politiques du scrutin, il n'y a pas eu de vague démocrate. Le trumpisme n'est pas mort. On a souvent décrit ce scrutin pour ou contre Trump.

Pour l'historienne Sylvie Laurent, auteur du livre "Pauvre petit blanc" (Maison des Sciences de l'Homme, septembre 2020), rien n'est le fruit du hasard dans cette élection :

Ce n’est pas l’expression d’une colère, c’est un choix parfaitement rationnel que font les Américains, Donald Trump vient de le répéter.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

"Ce qu’il dit, c’est que tout cela était parfaitement préparé : il a assuré les nominations à la Cour suprême pour ce jour précis ; il répète depuis des semaines qu’il y a de la fraude, sans la moindre preuve, parce qu’il sait que potentiellement il peut rejouer ce qui s’est passé en 2000 ; il a nommé une juge pour qu’elle puisse influer en sa faveur… Il explique comment, sur le très long terme, il a construit sa victoire."

L'économie a joué un rôle plus important que prévu

"It's the economy, stupid !" Cette phrase du conseiller de Bill Clinton, James Carville, lors de la campagne présidentielle de Clinton en 1992, pourrait bien s'appliquer à ce scrutin. Donald Trump a fait campagne sur ses "résultats" depuis 2016 en matière économique. 

Les Américains ont plutôt une bonne opinion de Trump sur le plan économique. Avant la pandémie, le taux de chômage était à 3,7 % sur l'année 2019, à un point de moins qu'en 2016.

Donald Trump s'est approprié les thèmes populaires, comme l’économie, dans l'objectif de s'assurer le victoire cette année encore, comme il l'avait fait face à Hillary Clinton en 2016.  

Une première aux États-Unis : une élue transgenre 

Le Delaware a fait un choix qu’aucun autre État américain n’avait fait avant lui : élire une candidate démocrate transgenre, Sarah McBride.

Une première aux Etats-Unis : Sarah McBride, femme transgenre et militante, élue sénatrice dans le Delaware (photo datant de 2016)
Une première aux Etats-Unis : Sarah McBride, femme transgenre et militante, élue sénatrice dans le Delaware (photo datant de 2016) © AFP / SAUL LOEB

Sarah McBride est née Tim. Elle vient de Wilmington, la ville de Joe Biden. Elle a travaillé avec le fils du candidat démocrate, Beau, ancien procureur général du Delaware, décédé en 2015 d'un cancer. Âgée de 30 ans, elle a travaillé à la Maison-Blanche lorsque Joe Biden était vice-président de Barack Obama.

Dès la consolidation de ses résultats, elle a annoncé son élection : 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

La jeune femme milite contre les discriminations de genre et la défense des droits LGBTQ+. En 2013, en tant que porte-parole d'une législation sur les crimes de haine envers les personnes transgenres, elle a fait adopter une loi dans le Delaware qui protège les transgenres et leur identité dans le domaine de l'emploi, du logement et de la vie publique.

Outre Sarah McBride, les candidats LGBT+ ont remporté plusieurs victoires importantes lors de ces élections. Selon des estimations, au moins 35 des 574 candidats LGBTQ+ inscrits pour cette élection – un record – auraient décroché mercredi matin un siège au Congrès, Ritchie Torres devenant le premier afro-latino homosexuel et Mondaire Jones le premier noir gay à y siéger.

Les complotistes de QAnon ont une élue

À la Chambre des représentants (dont les membres devaient être renouvelés également la nuit dernière), l'État conservateur de Géorgie a élu Marjorie Taylor Greene, avec 74 % des voix. Un véritable plébiscite pour cette républicaine qui soutient Donald Trump, proche du mouvement complotiste QAnon. Le groupe fait ainsi son entrée au Congrès.

Pour Marjorie Taylor Green, comme pour tout le mouvement QAnon, Donald Trump mène une guerre secrète contre une secte mondiale. Les États-Unis sont dirigés par des responsables politiques (Obama, Clinton) et des stars de Hollywood. Selon elle, il faut "éliminer cette cabale mondiale de pédophiles satanistes" et elle estime que Donald Trump est "le meilleur pour cela". Avec elle, le mouvement conspirationniste et adepte des fake news fait donc son entrée au Congrès.

L'électeur de Trump : "un chrétien blanc"

Sur franceinfo, selon Mathieu Gallard, directeur de recherche pour Ipsos France, notamment spécialisé dans l’étude des grandes tendances aux États-Unis, "les électeurs de Donald Trump sont surtout des blancs ruraux ou des banlieues et plus chrétiens conservateurs". Certains électeurs de Joe Biden ont changé de camp parce qu'ils préféraient la personnalité de Donald Trump.

"Les études menées en 2016 ont montré que ces électeurs se sont mis à voter pour Trump notamment parce qu'il est le premier républicain à vraiment mettre en avant une rhétorique nativiste, voire raciste." Le décret sur l'immigration de Donald Trump "a trouvé un écho dans son électorat".

Mais attention, ces électeurs ne sont pas forcément déclassés. Ils peuvent tout à fait être diplômés, instruits, et craignent d'être dépossédés de leurs privilèges.