Les Iraniens sont appelés aux urnes ce vendredi pour choisir un nouveau président. Un scrutin qui aura des répercussions dans le pays, mais aussi dans la région et au-delà.

Des partisans d'Hassan Rohani, le président iranien candidat à sa propre succession ( 17 mai 2017).
Des partisans d'Hassan Rohani, le président iranien candidat à sa propre succession ( 17 mai 2017). © AFP / BEHROUZ MEHRI

L'élection présidentielle se tient ce vendredi 19 mai en Iran. Au-delà des enjeux nationaux, notamment concernant la question du chômage et celle de la fracture générationnelle et sociale, cette élection aura des répercussions internationales.

Ouverture ou ligne dure vis-à-vis de l'Occident?

En effet, même si le rôle du président est moins central que celui de guide suprême, c'est lui qui gère les rapports avec les pays étrangers.

Après le désistement de plusieurs candidats, cette présidentielle se joue surtout entre le président sortant Hassan Rohani, considéré comme modéré en Occident, et le conservateur Ebrahim Raissi, vu comme le candidat officieux du guide suprême de la Révolution, Ali Khamenei.

Si le premier prône une politique d'ouverture et de conciliation, le second considère que son pays n'a nul besoin d'aide étrangère et veut revenir à une diplomatie plus hostile à l'égard du monde occidental, et notamment des Américains.

ÉCOUTER | Un partisan d'Hassan Rohani explique qu'"il y a beaucoup d'aspects importants, pour ces élections, mais le plus important c'est l'économie" : le reportage, à Téhéran, de Bertrand Gallicher

Sanctions économiques : le revirement de Donald Trump

Le rapport avec les États-Unis est d'ailleurs une question clé.

En juillet 2015, Barack Obama a signé un accord sur le nucléaire avec Téhéran qui a conduit, à partir de janvier 2016, à une levée progressive des sanctions, permettant à l'Iran de sortir (un peu) de son isolement et d'attirer des investissements étrangers.

Donald Trump avait qualifié cet accord d'un des "pires" qu'il ait jamais vu, n'allant pas jusqu'à parler "d'Axe du mal" comme l'avait fait l'ancien président américain George W. Bush, mais promettant d'imposer de nouvelles sanctions contre l'Iran, accusé de soutenir des mouvements "terroristes" et de ne pas respecter les droits de l'Homme :

Finalement, ce jeudi, les États-Unis ont décidé de prolonger l'allègement des sanctions dans le cadre de cet accord nucléaire.

Reste que les Américains ont tout de même imposé d'autres restrictions économiques, liées cette fois au programme de missiles balistiques conventionnels (sans têtes nucléaires) de l'Iran : signe que l'animosité est toujours de mise entre les deux pays.

Il faudra également observer la teneur du discours de Donald Trump en Arabie Saoudite, grande rivale régionale de l'Iran, où le président américain se rend à partir de ce samedi 20 mai.

L'Iran, acteur incontournable en Syrie

Il est en tout cas certain que les États-Unis, et l'Europe notamment, ne peuvent ignorer le rôle de l'Iran en Syrie.

Téhéran est ainsi le principal appui du régime de Damas, ayant notamment engagé plus de 20 000 combattants depuis 2012 et s'alliant au Hezbollah libanais sur les fronts syriens les plus délicats. Le pays est donc un acteur clé dans la lutte contre le groupe État islamique.

L'Iran est devenu d'autant plus incontournable que le 4 mai dernier, Téhéran et la Russie, alliés du régime de Bachar Al-Assad d'une part, et la Turquie, soutien des rebelles syriens d'autre part, ont conclu un accord à Astana (Kazakhstan) visant à créer des zones de sécurité et de "désescalade" pour instaurer une trêve durable, alors même que le cessez-le feu signé fin décembre 2016 n'est que très peu respecté.

Mais les Iraniens et Damas restent sur leurs gardes, craignant que les États-Unis ne s'approprient les ressources pétrolières de l'est de la Syrie.

Le Yémen, terrain de guerre entre l'Iran et l'Arabie saoudite

Enfin, l'attitude du nouveau président iranien envers l'Arabie saoudite, rivale, sera déterminante. En effet, les tensions sont vives entre les deux pays, notamment depuis la rupture des relations diplomatiques en janvier 2016 après l'attaque de l'ambassade d'Arabie saoudite à Téhéran.

Outre les rivalités confessionnelles entre chiites (ultra-majoritaires en Iran) et sunnites (ultra-majoritaires en Arabie saoudite), Riyad s'inquiète de l'édification progressive d'un "arc chiite" dans la région. L'Arabie saoudite a donc pris la tête d'une coalition sunnite en 2015 (soutenue par les États-Unis) et est intervenue au Yémen pour contrer le mouvement houthiste, formé par des rebelles chiites soutenus par Téhéran.

Ainsi, le retour de l'Iran dans le concert des nations ne signifie pas nécessairement que le pays jouera un rôle stabilisateur dans la région.

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