Comme il menaçait de le faire avant l’élection, Donald Trump s’est lancé dans une bataille juridique. Le président sortant, en léger retard sur son rival Joe Biden, conteste les résultats des États qu’il a perdus et dépose des recours pour que les bulletins soient recomptés.

Donald Trump salue ses supporters lors d'un meeting de campagne en octobre en Californie
Donald Trump salue ses supporters lors d'un meeting de campagne en octobre en Californie © Getty / Los Angeles Times

Trump préparait ses supporters depuis des mois : "Si je perds l’élection c’est parce qu’elle sera truquée." On y est. Depuis mardi soir, le président sortant affirme que les démocrates lui volent l’élection. En cause, les votes par procuration, envoyés en masse en raison de la Covid-19. Pour Donald Trump, ce mode de vote facilite"la fraude massive" et, pour contrer cette situation, il a déposé des recours contre plusieurs États.

Le républicain demande à ce que le décompte des votes par correspondance soit arrêté. Certains États acceptent en effet de dépouiller les bulletins reçus plusieurs jours après le 3 novembre. Et ce qui inquiète plus encore Donald Trump, c’est que traditionnellement, les démocrates sont plus enclins à voter par correspondance que les républicains.

Stopper les décomptes permettrait donc un "mirage rouge". Une victoire de Trump alors qu’il manque des votes. Les États ne se sont évidemment pliés aux demandes anti-démocratiques du président sortant et continuent à dépouiller. Et lorsque le dépouillement est terminé et que Trump a perdu, le camp du président demande un recomptage. Une stratégie peu utile, selon Marie-Cécile Naves, directrice de l’Observatoire "Genre et politique" à l’Iris et spécialiste des États-Unis, puisque dans le pays, "le recomptage est obligatoire lorsqu’il y a moins de 1 % d’écart". 

Nouveau comptage dans les États perdus

Évidemment, Donald Trump ne vise pas tous les États, mais seulement ceux qu'il estime cruciaux où il perd. Actuellement, son camp a annoncé avoir déposé des recours dans quatre États : Georgie, Pennsylvanie, Michigan et Wisconsin. Pour Marie-Cécile Naves, cette stratégie "n'est pas très cohérente, car Donald Trump demande de recompter les voix, mais pas là où il est en tête".

Pour déposer un recours, il faut qu’il y ait matière à le faire et ce sont les commissions électorales de chaque État qui décident si elles poursuivent. Mardi, dans son premier discours d’après scrutin, Donald Trump a pourtant promis qu’il allait "saisir la Cour suprême". Une menace propre à rassurer son électorat mais qui ne saurait aller plus loin, car aux États-Unis, le président ne peut pas saisir la Cour suprême. Les recours doivent d’abord se régler à l’échelle locale, puis fédérale. Ensuite, poursuit Marie-Cécile Naves, la Cour suprême décide, même si "elle n'est pas obligée de se saisir de tous les cas qu'on lui présente". 

La Cour suprême a une certaine intégrité à défendre, elle n’est pas au service du président.

Les États cruciaux où le dépouillement n'est pas encore terminé sont prêts. Le Nevada a par exemple annoncé dès jeudi qu’il rejetterait tous recours du camp Trump. Sur CNN, le procureur général du Nevada, le démocrate Aaron Ford, affirme qu’il se sent "invulnérable". Il se réfère à plusieurs procédures lancées par Trump dans les semaines précédentes concernant l’élection, "Trump nous a poursuivis deux, trois fois déjà, et à chaque fois, mon bureau l’a battu". L’avocat rappelle qu’il existe des "gardes-fous contre les fraudes", comme "la vérification de la signature, le code-barres unique. On pense être plutôt impénétrable concernant les recours contre nous". 

Recours non suspensifs

Ces recours n’empêcheront pas l’annonce du nom du vainqueur. Ils ne sont pas suspensifs et ne bloquent pas le processus. Si Joe Biden obtient 270 grands électeurs, il sera le nouveau "président élu". Il pourra y avoir un retour en arrière, en cas de fraude avérée, mais le démocrate aura été, quelques heures, président.

Comme l’explique Thomas Snegaroff, spécialiste des États-Unis, "même si les commissions électorales vont donner leurs résultats, c’est le 14 décembre que les grands électeurs le choisissent réellement. C’est à cette date-là que le candidat devient vraiment président. Avant cela, c’est souvent la concession de la défaite et l’annonce par le vainqueur de sa victoire" qui clôture l’élection. Tout est entre les mains de Trump. Soit il gagne, soit il admet avoir perdu pour permettre à Biden de gagner.