En 1997, Donald Trump signait un livre au titre prémonitoire : "The Art of the Comeback", ou l'art du retour. L'histoire de son laborieux mais solide redressement après une faillite en 1990, à force de négociations. L'histoire, aussi, de sa vie politique : lorsque tout le monde semble douter de lui, Trump rebondit.

Il est presque 1 heure du matin, ce mercredi 4 novembre, Donald Trump affirme être en tête dans une (nouvelle) course où il est (encore) donné perdant.
Il est presque 1 heure du matin, ce mercredi 4 novembre, Donald Trump affirme être en tête dans une (nouvelle) course où il est (encore) donné perdant. © AFP / Mandel Ngan

Celui que les sondages donnaient perdant dans la course à la réélection depuis l'explosion de la crise sanitaire aux États-Unis est resté fidèle à son "mojo", et cela pourrait une nouvelle fois lui réussir. Reste, pour l'Histoire, à savoir lesquels de ses principes d'action lui ont servi le plus, parmi ceux qu'il énonçait dans son livre, "The Art of the Comeback", ou l'art du retour, en 1997 : dans l'ordre, "jouer au golf, _rester concentré, être paranoïaque, être passionné, aller à contre-courant_, oser, travailler avec des gens qu'on aime, être chanceux, se venger, toujours signer un contrat de mariage".

"Go against the tide" : l'outsider permanent

"Nous avons besoin d’un leader qui rendra l’Amérique à nouveau grande."

À ces propos de Donald Trump, qui venait d'annoncer sa candidature à l'investiture républicaine en vue de l'élection présidentielle, Reuters répondait le 16 juin 2015 : "Les chances du milliardaire sont jugées minimes par les politologues. (…) Des études montrent sa très forte impopularité, plus de 50  % des Américains déclarant qu'ils n'envisageront jamais de voter pour lui."

Depuis l'hiver 2020 et la crise du coronavirus, les sondages sont moins tranchés, mais donnent Biden gagnant. Tout comme, d'ailleurs, les bookmakers britanniques et australiens. Mais Trump s'accroche à son bilan, quitte à enjoliver la réalité : Covid-19 sous contrôle (le nombre de cas et de décès repart à la hausse depuis septembre…) et économie relancée (la dette reste abyssale, et l'embellie d'avant Covid-19 était engagée depuis 2010).

"Stay focused" : la campagne permanente

Depuis qu'il est en poste, Donald Trump consacre une grande partie de son temps à revendiquer ses succès, à vanter son action, ou à dénigrer ses adversaires ou ses critiques sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Le New York Times explique, dans une analyse très documentée, comment, en quelque 11 000 tweets, Trump a refaçonné la présidence américaine. En tête des publications – et de loin –, des messages attaquant quelque chose ou quelqu'un ou des messages laudateurs. Depuis le début, Donald Trump se concentre sur sa légitimité (et sur l'invalidation de celle des autres).

"Be passionate" : au contact des foules

En 2017, l'année de son investiture, Donald Trump a tenu dix réunions publiques d'envergure, comme s'il était encore en campagne. Et la pratique n'a jamais cessé, jusqu'à connaître une accélération étourdissante : sur la seule journée de dimanche, Donald Trump a enchaîné cinq meetings et parcouru 3 500 km. "Comme s'il s'offrait un shot de testostérone en guise de remontant", dit Tony Schwartz, l'auteur de "Dealing with the Devil: My Mother, Trump and Me", dans Politico Mais surtout, précise un stratège républicain sur NBC News :

"La couverture médiatique de ses meetings constitue un grand levier de motivation pour sa base électorale."

"Be paranoid" : complotisme à tous les étages

Dans l'adversité, Donald Trump s'est toujours replié sur une base sûre : l'Amérique profonde, les populations blanches les moins éduquées, les évangéliques et les pro-armes. Un terreau fertile pour les discours les plus ésotériques, qu'un mouvement particulier rassemble sans fard : QAnon, qui dénonce un complot mondial pédophile impliquant tous les leaders démocrates, un prétendu "État profond" qui tirerait les ficelles.

Leur champion pour affronter ce système n'est autre que Donald Trump, contre lequel s'acharnent ces "élites" sataniques, via le processus électoral (la prétendue "fraude massive" orchestrée par les démocrates) ou la pandémie au coronavirus (le port du masque viserait à museler une Amérique qui gêne)… La ficelle est un peu grosse, mais le président semble souscrire. QAnon a ses entrées à la Maison-Blanche.

"Get even" : à suivre dans le prochain épisode

Les bureaux de vote sont fermés depuis plusieurs heures, huit États sont encore tangents ou en cours de décompte – et non des moindres : parmi eux, la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin ou l'Arizona, qui pèsent lourd. Pourtant, Trump revendique déjà la victoire, et conteste, comme il le fait depuis des mois, des modalités de scrutin qui pourraient lui être défavorables. C'est d'autant plus facile que l'organisation des élections relève des États, dont certains, à majorité démocrate, auraient intérêt à lui nuire (voir, plus haut, "Be paranoid"). Ce matin encore, le président dénonçait, dans un message signalé comme "contestable ou trompeur" par Twitter :

"Nous sommes LOIN DEVANT, mais ils sont en train d'essayer de VOLER l'élection. Nous ne les laisserons jamais faire. Les votes ne peuvent pas être pris en compte après la fermeture des scrutins !"

En dénonçant par avance des "fraudes massives", et en discutant les règles du jeu une fois la partie commencée, le président sème les graines d'un potentiel chaos. La vengeance d'électeurs déçus, quel que soit le camp gagnant, ou la revanche d'électeurs vainqueurs pourraient ternir durablement l'image de la première démocratie au monde.