Les Pakistanais votent pour leurs représentants nationaux et provinciaux, sous surveillance étroite de l'armée. Dix ans après la fin de la dictature, la jeune démocratie a vécu une campagne mouvementée et parfois violente, au terme de laquelle Imran Khan apparaît favori.

L'ex-champion de cricket, Imran Khan, se présente aux élections sous la bannière de son parti, le Mouvement du Pakistan pour la justice.
L'ex-champion de cricket, Imran Khan, se présente aux élections sous la bannière de son parti, le Mouvement du Pakistan pour la justice. © AFP / Aamir Qureshi

Au terme d'une brève mais rude campagne, les bureaux de vote se sont ouverts dans un contexte sanglant. 28 personnes ont été tuées et 35 autres blessées par un kamikaze qui a fait exploser sa charge à Quetta, dans le sud-ouest du Pakistan, mercredi. Partout dans le pays, plus de 100 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour renouveler le Parlement. Les forces armées ont déployé 370 000 soldats dans tout le pays pour encadrer le déroulement du scrutin, une opération d'une ampleur inédite un jour d'élection. De quoi inquiéter dans ce pays traumatisé par les coups d'État militaires, d'autant que la commission électorale a accordé aux soldats un large accès et des pouvoirs étendus à l'intérieur des bureaux de vote

Dix années de transition démocratique n'ont donc pas eu raison de la puissance de l'armée, accusée de tirer les ficelles de ce scrutin par plusieurs partis. Elle est également soupçonnée de participer à la prolifération des partis religieux qui s'est accentuée pendant cette campagne. Par ailleurs, la société civile est à vif, meurtrie par de multiples attentats depuis mi-juillet. Des attaques sanglantes revendiquées par des insurgés fondamentalistes qui ont fait au moins 175 morts, dont trois candidats

La fin du bipartisme

Lundi soir, derniers rassemblements électoraux pour les partis candidats, dernière occasion d'appeler ses partisans à "se lever tôt" pour aller voter. Pour le parti au pouvoir depuis 2013, la Ligue Musulmane (PML-N), la victoire est loin d'être aussi "certaine" que l'ancien premier ministre, Shahbaz Sharif, veut bien le laisser croire. Jusqu'ici la formation libérale-conservatrice partageait le pouvoir avec le Parti du peuple pakistanais (PPP), ancré à gauche et désormais incarné par Bilawal Bhutto Zardari. 

Depuis la mort du général Muhammad Zia-ul-Haq, en 1988, PML-N et PPP se disputent le pouvoir. À l'occasion de cette élection, le bipartisme éclate et les clans Sharif et Zardari sont tous deux en difficulté. L'ancien leader du PML-N, Nawaz Sharif, est en prison pour corruption, tandis que l’ancien Président, Asif Ali Zardari (2008-2013), est lui aussi en proie à des déboires judiciaires, également pour corruption.

Imran Khan, le champion challenger

Un nouveau parti en a profité pour réaliser une véritable ascension, le Mouvement du Pakistan pour la justice (PTI), et avec lui un challenger devenu favori : Imran Khan. De playboy sportif au charme ravageur, l'ex-champion de cricket est devenu une bête politique. Lors de la Coupe du monde de 1992, il menait l'équipe nationale jusqu'à la victoire. Par la suite, lorsqu'il épouse la fille du milliardaire Jimmy Goldsmith, tous les journaux du monde sont au rendez-vous, de Paris Match au Daily Mail. 

En 1996, il fonde le PTI, dont il sera longtemps le seul membre élu au Parlement. Ce n'est qu'à l'approche des élections législatives de 2013 que son mouvement commence à sortir de l'ombre. Populiste hors pair, Imran Khan a fait de la lutte contre la corruption le maître mot de sa campagne et le virage religieux qu'il a entamé il y a 20 ans séduit, de quoi faire vaciller les partis traditionnels. Ses partisans voient en lui l'alliance parfaite entre les valeurs traditionnelles et ultra conservatrices du Pakistan avec une modernité assumée. 

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