La journaliste, spécialiste du Caucase Nord, a remporté le prix courage 2020 de Reporters sans frontières. Plusieurs fois agressée et menacée, elle continue malgré tout à enquêter sur les atteintes aux droits de l’Homme dans cette république musulmane dirigée par Ramzan Kadyrov.

Elena Milashina, reporter de Novaya Gazeta en Tchétchénie
Elena Milashina, reporter de Novaya Gazeta en Tchétchénie © Capture d'écran

Quand le prix courage de Reporter Sans Frontières lui a été décerné, ce mardi matin, Elena Milashina était à pied d’œuvre en Tchétchénie. La journaliste de Novaya Gazeta est sur place pour assurer la couverture du procès d’un opposant local, kidnappé, torturé et qui fait l’objet d’une accusation criminelle pour le moins douteuse. Au début de l’année 2020, au cours d’un précédent reportage, elle avait été violemment agressée à Grozny. 

Sans la citer directement, le leader tchétchène Ramzan Kadyrov avait dénoncé, en général, les informations mensongères de Novaya Gazeta. Il avait alors laisser entendre que si rien n’était fait au niveau fédéral, il y aura bien un jour dans son entourage quelqu’un pour s’en charger. Et Kadyrov de conclure : "Ne faites pas de nous des criminels !" 

Menacée de morts pour ses enquêtes

Au cœur de l’enquête en 2017 sur les agressions mortelles contre la communauté LGBT en Tchétchénie, Elena Milashina, plusieurs fois menacée de mort, demeure convaincue aujourd’hui, avec le recul, que le véritable travail d’enquête sur place va devenir de plus en plus difficile et dangereux

"Pendant toutes ces années où j’ai travaillé, plusieurs de mes collègues ont été tués en Tchétchénie", explique-t-elle. "Il y a toujours eu des menaces, y compris contre moi. Quand je vais là-bas, ce n’est pas pour survoler les situations. Il faut que je travaille en profondeur. Et c’est justement ça qui déplait au pouvoir." 

"Maintenant, à chaque déplacement, les risques deviennent plus grands." 

Sans chercher à comparer les périodes, Elena Milashina s’inscrit dans le prolongement du travail d’enquête entrepris il y a une vingtaine d’année en Tchétchénie par son ainée Anna Politkovskaya, journaliste à Novaya Gazeta, militante des droits de l’Homme, assassinée en 2006. 

Mais hier comme aujourd’hui, le Kremlin reste souvent sur les mêmes réponses lorsqu’il est questionné - occasionnellement - sur les risques encourus par les journalistes russes en Tchétchénie. La plupart du temps, le discours fédéral alterne entre le déni et l’absence de prise en compte par les intéressés, "des particularismes locaux" qui provoquent des réactions du pouvoir à Grozny, dont Moscou regrette du bout des lèvres le côté parfois "trop émotionnel" .