À 84 ans, l'Empereur du Japon Akihito doit prononcer ce dimanche sa dernière allocution avant d'abdiquer fin avril 2019, après 30 années passées sur le trône. Limité à un rôle symbolique, le monarque aura passé sa vie à représenter une époque qui va disparaître avec la fin de son règne.

L'empereur Akihito doit abdiquer au mois d'avril 2019, après trente ans de règne
L'empereur Akihito doit abdiquer au mois d'avril 2019, après trente ans de règne © Radio France / The Asahi Shimbun

Alors que le règne des précédents empereurs ne prenaient fin qu'à leur mort, une loi d'exception autorise le 125e empereur du Japon, Akihito, 84 ans, à passer la main de son vivant pour que son fils aîné, Naruhito, monte à son tour sur le trône du Chrysanthème au mois d'avril prochain. L'empereur donne donc ce week-end son dernier discours avant l'abdication.

Né en 1933, cinquième enfant et premier fils - très attendu puisque seul un héritier masculin pouvait lui succéder - du précédent monarque l'Empereur Hirohito, Akihito est séparé de ses parents dès l'âge de 3 ans, pour être principalement confié à des précepteurs et autres institutions qui vont parfaire son instruction.

Il grandit donc la plupart du temps comme un enfant isolé, renfermé, mais la présence, lors de son adolescence, d'une tutrice anglaise, lui permettra de se forger un tempérament plus ouvert et de se frotter à l'esprit libéral de l'Occident.

À 18 ans, Akihito accède au statut de prince héritier, statut qu'il occupera près de quarante ans avant de pouvoir effectivement monter sur le trône.

Son rôle sera essentiellement cantonné à un rôle représentatif, sans connotation religieuse, mais chargé de moderniser l'image de la famille impériale afin de la rapprocher du peuple japonais.

Le pari de la modernité

Akihito rompra plus d'une fois avec les traditions impériales, d'abord en réalisant un mariage d'amour avec une jeune roturière catholique, rencontrée sur un cours de tennis, mais aussi en décidant de garder leurs enfants auprès de lui pour les élever, et non pas de les confier à des chambellans, comme le voulait l'usage. Le couple, qui cultive son mode de vie à l'occidentale, joue aussi avec le protocole, menant une vie sociale riche tandis que le prince héritier dit même se frotter aux tâches ménagères.

Par ailleurs, l'Empereur Akihiro a une passion : il étudie, depuis sa jeunesse, la biologie marine, en particulier les petits poissons, et s'est forgé une solide réputation dans le milieu scientifique de l'ychtiologie, au point de publier, sous son simple nom, des dizaines d'articles dans de grandes revues scientifiques. Une activité qu'il n'a pas cessée en accédant au trône, continuant à se passionner pour ce domaine.

Se rapprocher du peuple

Akihito a marqué son règne par son élan pacifiste, mais aussi par la volonté de populariser la famille impériale : au moment de la catastrophe de Fukushima, il s'exprime pour la première fois de son règne directement à la télévision, pour affirmer son soutien aux victimes. Des images resteront notamment dans la mémoire populaire japonaise, lors de sa visite à des sinistrés dans des gymnases aménagés en abris de fortune : avec son épouse à ses côtés, il met un genou à terre pour écouter leurs doléances, et voit ainsi sa cote de popularité grimper. 

Malgré ses élans de modernité, l'Empereur Akihito reste toutefois le dernier lien avec la tradition impériale ancestrale, visée par son premier ministre Shinzo Abe. Entre eux, les relations sont devenues glaciales, comme le symbolise ce chambellan quand il évoque les tensions existantes : ce dernier, lors d'un diner organisé en 2015 avec la presse qui évoquait la question, a tordu sa paire de baguettes jusqu’à à ce qu'elle se casse.

Akihito, voyant sa santé vaciller, a même dû forcer la main de son Premier ministre qui refusait son abdication : l'Empereur l'a finalement annoncé lui-même lors d'une allocution télévisée, pour décider lui-même de sa sortie de scène, ultime façon de démontrer qu'il reste le seul à décider de son sort.

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