Plusieurs médias dont CNN, Der Spiegel et le groupe Bellingcat publient ce lundi une enquête qui accuse des agents du FSB, spécialisés dans les produits chimiques, d'avoir suivi l'opposant Alexeï Navalny pendant plusieurs années, y compris le jour de son empoisonnement présumé.

Alexei Navalny en septembre en Allemagne après avoir été soigné de son empoisonnement
Alexei Navalny en septembre en Allemagne après avoir été soigné de son empoisonnement © AFP / AFP PHOTO / Instagram account @navalny / handout

Depuis l'empoisonnement de l'opposant russe Alexei Navalny, le rôle de la Russie est pointé du doigt. Un rapport publié par plusieurs médias dont CNN, Der Spiegel et Bellingcat, un groupe international indépendant de chercheurs, met en cause Moscou.  

D'après l'enquête, Navalny était secrètement suivi par le FSB depuis 2017. Depuis, en fait, qu'il a annoncé s'opposer à Vladimir Poutine pour l'élection présidentielle. L'opposant était surveillé par une unité très particulière des services secrets russes, spécialisée dans l'utilisation de poisons. Le rapport n'établit aucun contact direct entre ces agents et Navalny, ni de preuve d'un passage à l'acte ou d'un ordre donné mais des données troublantes.  

Données téléphoniques et de voyages épluchées

Pour en arriver à cette conclusion, les journalistes-enquêteurs se sont appuyés sur un nombre "volumineux" de données téléphoniques et de voyages. Ils ont découvert que les agents ont suivi Navalny au cours de 37 déplacements à travers la Russie. Une filature "absolument terrifiante", selon l'opposant qui a commenté le rapport lundi sur CNN, "je connais le système russe. Je sais que Poutine me déteste. Et je sais que ces gens, au Kremlin, sont entraînés à tuer". 

En juillet, une première tentative aurait eu lieu, selon l'enquête, à Kaliningrad. La femme de Navalny confirme avoir été malade "comme elle ne l'avait jamais été".

En août, les relevés téléphoniques montrent que trois agents du commando spécial, dont deux médecins, ont fait le voyage avec Alexei Navalny, sous une fausse identité. Selon le rapport, les membres de cette unité secrète ont communiqué entre eux pendant le séjour avec "un pic soudain" d'échanges, juste avant que l'opposant ne soit empoisonné. Selon les expertises, l’empoisonnement aurait eu lieu entre l'hôtel où résidait l'opposant et l'aéroport de Tomsk. Le rapport explique également que ces trois agents auraient été en contact avec cinq autres agents dont certains ont voyagé à Omsk, où Navalny a été hospitalisé.

"Ordre direct de Poutine" ?

En se basant sur les données téléphoniques qu'ils ont pu regrouper, les auteurs de l'enquête estiment que cet acte a été "commandité par l'échelon le plus haut du Kremlin". Sur CNN, Alexei Navalny confirme "c'est sûr à 100%, ça n'a pas pu arriver sans ordre direct de Poutine parce que cela impliquait trop de monde".  

La chaîne américaine CNN affirme avoir sollicité la présidence russe pour commenter l'enquête mais ni elle, ni le FSB n'ont pas répondu à sa demande. Trois jours avant la publication de ce rapport, Vladimir Poutine a fait un point sur cette affaire. Pour le président russe, il n'y a pas assez de matières pour ouvrir une enquête criminelle.  

Sur CNN, Alexei Navalny qui est toujours en convalescence en Allemagne, affirme qu'il rentrera en Russie, malgré les dangers. "Je suis un homme politique russe, et même quand j'étais en soin intensif, j'ai dit publiquement que je retournerai en Russie. J'y retournerai parce que j'appartiens à ce pays. Maintenant que ces informations sont rendues publiques, je comprends toute l'opération [d'empoisonnement ndlr] et je n'offrirai jamais ce cadeau à Poutine".