Plus les semaines passent, plus le bilan officiel chinois sur le nombre de morts du Covid-19 semble loin de la réalité. Le régime communiste annonce seulement 3.200 victimes, là où des journalistes lanceurs d’alerte comptabilisent 97.000 morts dont 59.000 rien que pour la ville de Wuhan.

Des familles fleurissent les tombes de leurs morts dans le cimetière de Chengdu, le 28 mars 2020.
Des familles fleurissent les tombes de leurs morts dans le cimetière de Chengdu, le 28 mars 2020. © AFP / CHENGDU SHANGBAO / IMAGINECHINA VIA AFP

Il y a urgence en Chine pour récupérer les urnes funéraires des proches décédés lors de l'épidémie de Covid-19 :  les 4 et 5 avril a lieu la traditionnelle fête "Qingming", jour de fête des morts. Or depuis plusieurs jours, ce sont des queues interminables qui attentent devant les crématoriums de la ville pour récupérer les cendres des proches disparus explique Marie Holzman présidente de l’association "Solidarité Chine" : "La fête des morts en Chine, c'est le 5 avril. Il faut que les gens soient enterrés, qu'ils puissent pleurer leurs morts. Les autorités avaient décidé que, pendant le pic de l'épidémie, il n'était pas question de remettre les urnes des morts aux familles parce que tout cela était en pleine épidémie. Les gens ne pouvaient pas venir chercher les urnes, donc elles ont été empilées et ils n'ont commencé à les distribuer que là, il y a quelques jours"

Un journaliste lanceur d'alerte, sous le pseudonyme de "Regard froid sur la finance", a ainsi montré des images des gens qui font la queue à l'endroit où on distribue les urnes dans la ville de Wuhan.

Des chiffres de décès erronés

Ce journaliste explique qu'il y a huit grands crématoriums dans la région. Il s'est posté devant l'un d'eux pour prendre des photos clandestinement, et a calculé que, comme les gens font la queue pendant des heures et des heures, à raison de 500 urnes rendues par jour par crématorium, à l'arrivée on peut estimer à près de 59.000 le nombre de morts pour la seule ville de Wuhan, et qu'ainsi, pour l'ensemble de la Chine, ce sont pas moins de 97.000 personnes qui seraient décédées. En ce qui concerne le nombre de contaminés, il pourrait y avoir "1, 2 millions de Chinois touchés".

On savait déjà que la Chine avait menti sur les dates du début de l’épidémie, et il est de plus en plus évident aujourd’hui qu’elle a aussi menti sur le nombre de victimes. Et il n'y a pas que les lanceurs d'alerte qui en sont convaincus : médecins, ONG, institution internationale, tous disent la même chose.

La semaine dernière, dans une déclaration, les pays du G7 ont accusé le régime chinois d’avoir mené une campagne intentionnelle de désinformation. Ils ont également accusé la Chine d'être, avec cette attitude, une menace pour la santé mondiale.

Même tonalité pour Reporter sans frontière : l’ONG estime que la dictature chinoise est responsable de la situation actuelle, et explique que cette censure chinoise a provoqué et amplifié la crise.

L'outil d'une propagande à échelle mondiale

Une attitude qui vient renforcer la stratégie diplomatique de la Chine partie à la conquête du monde. L'histoire retiendra qu’il y aura eu, dans cette épidémie, des dizaines de milliers de morts en Europe, des centaines de milliers dans le monde.... pour 3200 victimes seulement en Chine. Et ce, au service d'un message inconscient : celui qu'une dictature protègerait mieux ses concitoyens que les démocraties.

Un message de propagande qui en rappelle un autre : à l'époque des manifestations de la place Tian'anmen, au printemps 1989, la dictature chinoise avait annoncé que les affrontements avaient fait 241 victimes, alors que de nombreux observateurs parlaient déjà de plusieurs milliers de morts.

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