Ce dimanche, les Colombiens votent pour la première fois depuis la fin du conflit entre le pouvoir local et les guérilleros des FARC, la plus longue confrontation armée des Amériques. Et c'est justement cette paix particulièrement précaire que le scrutin va sans doute se jouer.

Le président colombien sortant, Juan Manuel Santos, à l'ONU à New-York
Le président colombien sortant, Juan Manuel Santos, à l'ONU à New-York © AFP / Hector Retamal

Fallait-il négocier et signer un accord de paix avec les FARC ? Et faut-il continuer à dialoguer pour faire de même avec les derniers rebelles du pays ? En votant pour leur nouveau président, les Colombiens donneront aussi une réponse à ces deux questions, lors d'une présidentielle aux enjeux inédits, alors que les anciens FARC eux-mêmes menacent de reprendre les armes.

Le président sortant, Juan Manuel Santos, a été l'artisan de la réconciliation, après un demi-siècle de guerre civile. Réconciliation signée en 2016 malgré l'opposition des électeurs : 50,23 % ont voté contre lors d'un référendum (avec une participation de 37,28 %). Trois des candidats veulent remettre en cause cet accord, trois autres veulent poursuivre le processus de paix, quitte à négocier cette fois avec l'Armée de libération nationale (ELN), dernière faction armée du pays.

En tête des sondages, un favori non favorable à l'accord de paix

Même s'il devra très certainement passer par un second tour le 17 juin, Ivan Duque sera sans doute le prochain locataire du palais présidentiel à Bogota. À la tête d'une coalition de droite, il est soutenu par le prédécesseur du président sortant, Alvaro Uribe, toujours très populaire dans le pays. Et il milite pour une modification de l'accord de paix actuel, mais aussi pour une remise en cause des pourparlers actuels avec l'ELN. Il faut dire que comme son mentor (dont beaucoup se demandent s'il ne tire pas les ficelles de cette candidature), il est partisan d'une politique plus sévère avec les FARC.

Autre héritier, Carlos Lleras, petit-fils d'un autre ex-président dans les années 60. Candidat de centre-droit, il a été membre du gouvernement du président sortant Juan Manuel Santos, jusqu'à la signature de l'accord avec les FARC, qui l'a poussé à claquer la porte. Même hostilité envers cet accord chez le candidat évangéliste Jorge Trujillo, en queue de peloton dans les sondages.

Un ancien guérillero comme alternative

Dans le camp des défenseurs de l'accord de paix, Gustavo Petro est présenté comme le challenger le plus crédible face à Ivan Duque. Il est lui-même ancien guérillero (pas chez les FARC mais au sein de la révellion M-19, dissoute depuis). Il défend un programme de gauche, était un proche de l'ancien président vénézuélien Hugo Chavez, et mène sa campagne dans un autre maquis : les réseaux sociaux, où il critique vertement les médias de son pays.

Gustavo Petro milite donc en toute logique pour maintenir et appliquer la réconciliation nationale initiée par Juan Manuel Santos. C'est aussi le cas de Sergio Fajardo, leader de l'alliance de centre-gauche, favorable à la paix avec les rebelles, et surtout du candidat du Parti libéral Humberto de la Calle. Pendant quatre ans, ce dernier a même dirigé les négociations avec les guérilleros. Un fait d'armes qui ne l'a pas rendu populaire, loin de là : il est aujourd'hui avant-dernier dans les sondages. C'est dire si la Colombie ne semble pas encore tout à fait prête à refermer les blessures de cinq décennies de guérilla.

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