Le micro d’un journaliste attire les foules dans les camps de déplacés.

Et ces regroupements font pression sur les interviewés.

Un vieil homme musulman m’explique par exemple qu’il a suffisamment de riz. Ses propos déclenchent la colère de ses voisins. Telle personne me parle-t-elle librement ? Telle autre me donne-t-elle des réponses qui correspondent à ce qu’elle pense ou à ce que la foule attend d’elle ? Difficile de s’isoler pour interroger à l’écart. Les toiles de tente ont des oreilles ! Certains traducteurs orientent parfois les réponses. D’autres traduisent quatre ou cinq phrases quand un interviewé ne prononce que trois mots. Je dois donc faire vérifier mes enregistrements et en écarter certains.

La communauté internationale et les ONG de défense des droits de l’Homme ont largement dénoncé le terrible sort de la minorité rohingya, apatride. Les leaders musulmans ne manquent pas de rappeler que leur communauté est considérée par les Nations Unies comme l’une des plus opprimées au monde. Ils ne manquent pas de rappeler, non plus, que la grande majorité des réfugiés de l’Arakan sont des musulmans. Il est alors facile d’analyser la situation de façon simpliste : Rohingyas = victimes ; Arakanais = assaillants. Et d’en oublier la souffrance des bouddhistes.

À Sittwe, les Arakanais les plus radicaux fustigent les Nations Unies et les médias étrangers, qui, d’après eux, sont favorables aux musulmans. Dans la pièce où me reçoit un moine, des autocollants affichés aux murs avec l’inscription : ‘’UN, go out !’’ Je suis frappé par le manque de recul des habitants de Sittwe. La question la plus élémentaire – ‘’pourquoi ces violences ?’’ – ne produit en général que des commentaires simplistes et désobligeants sur l’autre communauté.

J’avais visité Sittwe en 2009. À cette époque, les musulmans et les bouddhistes cohabitaient dans le calme. ‘’Mais pourquoi tout a changé ?’’ Seul un chercheur étranger a pu me donner des éléments de réponse, à la fois historiques, économiques et démographiques. J

Je constate avec tristesse que personne, à Sittwe, ne se demande qui a intérêt à attiser ces violences, ni pourquoi.

Rémy Favre

Le reportage de Remy dans Partout Ailleurs le 7 décembre à 19h20...

Et son webdoc à voir dans le dossier multimédia de Partout Ailleurs, émission du 7 décembre

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