mohamed morsi déclare l'état d'urgence dans trois villes d'egypte
mohamed morsi déclare l'état d'urgence dans trois villes d'egypte © reuters

Le président égyptien qui a repoussé dans la nuit l'ultimatum lancé par l'armée, est de plus en plus isolé après de nouvelles démissions au sein de son gouvernement et un camouflet de la justice.

La justice égyptienne, qui mène un bras de fer avec Mohamed Morsi depuis son élection, vient d'ordonner la réintégration du procureur général Abdel Méguib Mahmoud.

Nommé du temps d'Hosni Moubarak, M.Mahmoud avait été limogé en novembre dernier par décret présidentiel et remplacé par un proche des Frères musulmans qui soutiennent le régime.

Autre signe de l'effritement du pouvoir, la démission ce matin du ministre des Affaires étrangères, Mohammed Kamel Amr qui porte à six le nombre de départ au sein du gouvernement depuis hier.

Le point de notre correspondante au Caire, Vanessa Descouraux

### Morsi rejette l'ultimatum Pour Mohamed Morsi, pas question de plier, que ce soit face à la rue ou à l'armée. Dans l'après-midi de lundi, l'état-major avait donné quarante-huit heures aux partis politiques pour s'entendre, faute de quoi elle présentera sa propre feuille de route. Un appel que le président égyptien ne veut pas écouter. Il a annoncé qu'il s'en tiendrait à son initiative de "réconciliation nationale" pour résoudre la crise. Cet ultimatum de l'armée intervient au lendemain de manifestations monstres qui ont rassemblé dimanche à travers le pays des millions de personnes pour exiger le départ du président Morsi, issu du mouvement des Frères musulmans et entré en fonction il y a juste un an. Il revient en fait à demander au chef de l'Etat, accusé de dérive autoritaire par l'opposition libérale, d'accepter de partager le pouvoir. Mais, sans aller jusqu'à dénoncer un coup d'Etat, Morsi a fait savoir dans la nuit que le communiqué de l'armée contenait des déclarations dont "la portée pourrait semer la confusion". La présidence, ajoutent ses services, poursuit sur la voie d'une réconciliation nationale globale "sans se soucier de toute déclaration accentuant les divisions entre les citoyens". Mais le principal bloc d'opposition, le Front de salut national (FSN), avait déclaré un peu plus tôt dans la soirée qu'il ne voulait plus discuter avec Morsi, qu'il ne juge plus légitime, et désigné Mohamed ElBaradeï comme son représentant dans d'éventuelles discussions avec l'armée. ### 48 heures pour satisfaire "les demandes du peuple" Déclarant la nation en danger, le chef d'état-major de l'armée, le général Abdel Fatah al Sisi, nommé à son poste par Mohamed Morsi, a précisé dans une allocution solennelle que les forces armées laissaient quarante-huit heures aux dirigeants politiques pour "satisfaire les demandes du peuple". > Si les exigences du peuple ne sont pas satisfaites durant cette période (de quarante-huit heures), elles seront contraintes, en raison de leurs devoirs historiques et nationaux, par respect pour les demandes du grand peuple égyptien, d'annoncer une feuille de route et des mesures pour l'avenir. L'armée, qui a conduit la transition pendant dix-sept mois après la chute d'Hosni Moubarak, ne s'impliquera pas directement en politique ou au sein du gouvernement, a souligné le général.
Mohammed Morsi
Mohammed Morsi © Radio France
Mais elle supervisera la mise en oeuvre de cette feuille de route "en collaboration avec tous les groupes et les mouvements loyaux de la nation, y compris les jeunes qui ont été et restent à l'origine de la glorieuse révolution". Les forces armées, a-t-il prévenu, "ne toléreront pas que quiconque cherche à échapper à ses responsabilités et ne le pardonneront pas". En face, les partisans de Morsi resserrent les rangs. "L'époque des coups d'Etat militaires est révolue", a dit Yasser Hamza, l'un des dirigeants du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), émanation des Frères musulmans, tandis qu'une alliance de partis islamistes appelait dans la nuit à des manifestations de soutien à Morsi pour "défendre la légitimité et exprimer un rejet de tout coup d'Etat". L'Alliance nationale de soutien de la légitimité ajoute qu'elle "rejette formellement et catégoriquement les menées de certains visant à utiliser notre grande armée pour agresser la légitimité" d'une manière qui, poursuit-elle, conduirait à "un coup d'Etat contre les institutions légitimes et la volonté du peuple". ### Inquiétude internationale L'opposition, elle, n'a pas caché sa satisfaction. La foule a exulté, hier, quand des hélicoptères de l'armée ont survolé la place Tahrir au Caire en déployant des drapeaux égyptiens. La déclaration des militaires a aussi été saluée par des acclamations de la part des manifestants anti-Morsi rassemblés devant le palais présidentiel et louée par le Front de salut national (FSN), qui réclame depuis des mois la formation d'un gouvernement d'union nationale. Pour l'ancien ministre des Affaires étrangères et ex-candidat libéral à l'élection présidentielle Amr Moussa, l'annonce de l'armée répond aux voeux de la population. "C'est une occasion historique qu'il ne faut pas laisser passer", a-t-il dit. Deuxième formation islamique au parlement, le parti salafiste Nour, favorable à un compromis entre Morsi et l'opposition, a dit craindre un retour de l'armée dans la vie publique - "et pas pour faire de la figuration". De son côté, Barack Obama a appelé Mohamed Morsi pour lui dire "son inquiétude" sur l'aggravation de la crise politique égyptienne. Il a évoqué l'attachement des États-Unis au "processus démocratique en Egypte", tout en assurant qu'il "ne soutenait aucun parti ou groupe". L'ONU a, elle aussi, appelé au dialogue en soulignant que l'issue de cette nouvelle crise aurait un "impact important" sur l'évolution des autres pays de la région. _Les explications de Vanessa Descouraux_
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