Sauf (improbable) surprise, le président sortant Abdel Fattah al-Sissi devrait aussi être réélu : tous les opposants ont été écartés ou ont renoncé à leur participation, à l'exception d'un candidat, qui le soutient. L'enjeu ne tournera donc pas autour du résultat, mais bien de la participation.

Affiches en faveur du président sortant Abdel Fattah al-Sissi au Caire
Affiches en faveur du président sortant Abdel Fattah al-Sissi au Caire © AFP / Fethi Belaid

C'est la quatrième élection présidentielle de l'Histoire de l'Égypte... Et la deuxième à ne pas être la suite directe d'un coup d'État ou d'une révolution. Pour autant, ce n'est pas vraiment un vent d'enthousiasme démocratique qui souffle sur le pays.

D'abord parce qu'il n'y a que deux candidats : le président sortant se retrouve face à un seul opposant. Et "opposant" est d'ailleurs un terme un peu abusif, puisque Moussa Mostafa Moussa s'est présenté au dernier moment le 29 janvier (date limite de dépôt des candidatures) après avoir participé à la campagne présidentielle d'Abdel Fattah al-Sissi.

Présidentielle en Égypte : la carrière d'Abdel Fattah al-Sissi
Présidentielle en Égypte : la carrière d'Abdel Fattah al-Sissi © Visactu / Visactu

Tous les autres candidats potentiels ont disparu de la ligne de départ ces derniers mois. L'un d'eux a été condamné à six mois de prison pour avoir présenté sa candidature sans avoir l'autorisation de l'armée, dont il est officier. Un autre a été arrêté par la justice militaire, accusé d'avoir falsifié des documents. Un troisième a vu sa candidature retirée par son parti lui-même, préférant soutenir celle du président sortant. D'autres candidats ont renoncé personnellement, pour des raisons explicites ou non.

Seulement deux candidats, et donc pas de second tour possible (le système égyptien est un scrutin uninominal majoritaire à deux tours). Le premier tour aura lieu sur trois jours, du 26 au 28 mars, avec des résultats provisoires le 29 et les résultats définitifs le 2 avril.

L'Égypte a-t-elle déjà vraiment voté ?

Ce quatrième scrutin dans le pays s'inscrit dans une triste tradition locale d'élections influencées par des contextes complexes. La première en 2005 avait par exemple été une simple formalité pour Hosni Moubarak, qui dirigeait l'Égypte depuis 1981. Elle est considérée officiellement comme la première élection multipartite du pays, tout en permettant au président sortant d'être réélu avec plus de 88 % des voix (un score similaire à ses réélections précédentes, où il était le seul candidat).

Après sa chute en 2011, l'Égypte connait ses premières (et seules jusqu'ici) élections libres en 2012. La participation frôle les 50 % au premier tour (deux fois plus que lors des élections précédentes), les dépasse au deuxième, et les électeurs élisent Mohamed Morsi, à la tête d'un parti issu des Frères musulmans.

Un an après, Mohamed Morsi est lui aussi destitué par un coup d'État militaire, et une nouvelle élection est organisée en 2014. Cette fois, c'est le meneur du coup d'État (Abdel Fattah al-Sissi, qui dirigeait déjà l'Égypte de fait) qui est élu triomphalement (près de 97 % des voix)... Dans un contexte de répression massive contre ses opposants politiques (en particulier les Frères musulmans), avec notamment "l'un des plus importants massacres de manifestants de l'Histoire récente" selon l'ONG Human Rights Watch, et de forts soupçons de fraude.

Un score qui devrait ressembler à celui de l'élection de 2018. Mais en termes d'image, il faudra que la participation soit forte pour que la réélection d'Abdel Fattah al-Sissi soit un peu moins suspecte, surtout aux yeux de ses partenaires internationaux. Même si dans tous les cas, ces derniers préfèrent ne voir en lui que le partenaire local incontournable pour assurer tant bien que mal la sécurité autour de l'Égypte. Quitte à fermer les yeux sur ce qui se passe à l'intérieur.

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