Barricades, mobilier urbain à terre, vitrines brisées : le centre touristique de la capitale catalane a été le théâtre de violents affrontements entre militants indépendantistes et forces de l'ordre, dans la nuit de vendredi à samedi. Un peu plus tôt, une manifestation pacifique avait rassemblé 500 000 personnes.

Une rue de Barcelone, le 18 octobre, après des heurts entre des militants séparatistes et les forces de l'ordre.
Une rue de Barcelone, le 18 octobre, après des heurts entre des militants séparatistes et les forces de l'ordre. © AFP / Joseph Lago

Le cœur touristique de Barcelone avait, ce samedi 19 octobre au matin, des airs de champ de bataille : pavés arrachés, vitrines brisées, mobilier urbain à terre, vapeurs d'asphalte brûlé. La capitale catalane a connu dans la nuit de violents affrontements entre militants indépendantistes radicaux et les forces de l'ordre. Des scènes de guérilla urbaine d'une plus grande magnitude que celles des jours précédents. D'après les secours, 182 personnes ont été blessées. 

Tout a commencé vendredi par une manifestation pacifique contre la condamnation par la justice espagnole de neuf dirigeants indépendantistes catalans impliqués dans la tentative de sécession de 2017. Le rassemblement a, dans une ambiance festive, réuni 525 000 personnes, selon la police municipale. L'avenue chic du Paseo de Gracia s'est vite retrouvée noyée sous une marée humaine jaune, rouge et bleu, couleurs du drapeau indépendantiste.

Incendies et barricades

Mais à l'issue du rassemblement, près du commissariat central de la métropole, plusieurs centaines de manifestants habillés de noir et masqués ont incendié des conteneurs de poubelles et défié, dans des nuages de gaz lacrymogène, des policiers antiémeutes. "Tu la vois où, la violence ? Moi je la vois du côté de la police, espagnole et catalane", lance un jeune émeutier au micro de France Inter. "Ce n’est pas un combat pour l’indépendance, c’est un combat contre le fascisme".

Un manifestant renvoie une grenade lacrymogène en direction de la police.
Un manifestant renvoie une grenade lacrymogène en direction de la police. © AFP / Isidre Garcia Punti / Nurphoto

De nombreux feux ont été allumés, notamment sur la place de Catalogne, en haut des célèbres Ramblas. Les manifestants ont également élevé des barricades dans de nombreuses rues. 

Une barricade élevée place Urquinaona, à Barcelone.
Une barricade élevée place Urquinaona, à Barcelone. © AFP / Isidre Garcia

Dans cette ville très prisée des touristes internationaux, la police régionale avait conseillé en anglais sur son compte Twitter de "ne pas approcher" des zones du centre-ville en raison "d'actes violents et de sérieux incidents".

Des policiers dans une rue jonchée de débris à Barcelone, le 18 octobre.
Des policiers dans une rue jonchée de débris à Barcelone, le 18 octobre. © AFP / Joseph Lago

Des manifestants qui cherchent à "créer l'irréparable pour rendre l'indépendance inévitable"

Pour Benoît Pellistrandi, historien et spécialiste de l'Espagne, la radicalisation des manifestants participe d'une "stratégie de la politique du pire". "Les indépendantistes veulent créer de l'irréparable pour rendre l'indépendance inévitable", estime-t-il ce samedi sur France Inter. Selon lui, ce virage ne découle pas de la décision du tribunal suprême : il aurait été préparé très en amont, afin de sortir du status quo.

Une nouvelle manifestation contre la "répression" est prévue ce samedi en fin d'après-midi place d'Urquinaona, à l'appel d'Arran, organisation de jeunesse de la gauche indépendantiste catalane radicale, qui réclame la démission du "ministre" régional de l'Intérieur. 

Face à la presse, le président séparatiste catalan Quim Torra a appelé le gouvernement central espagnol au dialogue, soulignant que les violences survenues cette semaine à Barcelone ne reflétaient en rien le mouvement d'indépendance catalan, pacifique.

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