Après plus de six mois de fermeture totale, la rentrée des classes se fait en ordre dispersé en Italie. Si 13 régions sur 20 sont censées ouvrir leurs écoles lundi 14 septembre, de nombreux proviseurs estiment ne pas être prêts malgré des investissements exceptionnels cette année.

Dans toute l'Italie, les écoles ont du retarder leur ouverture et adopter des règles strictes : distanciation physique, port du masque et contrôles aléatoires de la température parmi les élèves.
Dans toute l'Italie, les écoles ont du retarder leur ouverture et adopter des règles strictes : distanciation physique, port du masque et contrôles aléatoires de la température parmi les élèves. © AFP / NurPhoto / Roberto Silvino

Le président du Conseil italien Giuseppe Conte veut donner un nouveau départ à l’école qui va recommencer "avec plus d'espace, plus d'enseignants et moins d'élèves dans la salle de classe grâce à un investissement de 7 milliards d’euros entre janvier et aujourd'hui". Et il est vrai que l’Italie n’a sans doute jamais autant investi dans son système scolaire, malade depuis des années. L’Italie est "le seul pays européen et sans doute du monde", selon le ministre de la Santé Roberto Speranza à distribuer un masque gratuitement et chaque jour aux 11 millions d’élèves et personnels scolaires. Sauf que l'association nationale des directeurs d’école assure que les quantités de masques distribués jusqu'à présent sont insuffisantes. Le masque sera porté dès l’âge de 6 ans mais pas lorsque les élèves seront assis en classe s’ils sont installés à un mètre de distance les uns des autres.

La règle est claire : la distance d’un mètre doit être respectée

Alors des travaux ont été entamés dans les écoles… mais ne sont pas terminés. La ministre de l’Éducation estime à 50 000 le nombre d’élèves qui devront porter le masque toute la journée car ils ne pourront pas être à un mètre de distance. "Mais en juin, ils étaient un million", assure la ministre Lucia Azzolina. Elle affirme qu’un tiers des établissements a bénéficié d'au moins une intervention et que "5 177 salles de classe supplémentaires ont été créées et 4 812 ont été agrandies".

Pourtant les syndicats et représentants des proviseurs estiment de leur côté ne pas être prêts ; dans le Latium la région de Rome, le président de l’association nationale des directeurs d’écoles, affirme qu’une école sur quatre ne pourra pas rouvrir à temps plein. Selon Mario Rusconi, "seulement quelques heures de classes seront assurées et les cours alterneront". Car il y a encore des chantiers en cours pour agrandir les espaces et garantir la distance.

Le gouvernement a également investi dans les pupitres individuels pour permettre de garder la distance. Au total, 2,4 millions de pupitres ont été commandés alors que 200 000 seulement sont produits chaque année en Italie. Mais la plupart seront livrés après la rentrée et d’ici la fin du mois d’octobre. 

Manque d’enseignants

Le redémarrage de l’école sera aussi freiné par le manque de professeurs. En Italie, c’est un problème chronique depuis 20 ans. La moyenne d’âge des enseignants est la plus élevée d’Europe et les salaires qui stagnent pendant toute une carrière sont parmi les plus bas d’Europe. Les familles italiennes sont habituées à ce que leurs enfants connaissent enfin leur enseignant titulaire au mois de décembre ! Alors cette année le gouvernement a décidé de recruter davantage.

Sauf que sur 84 000 postes supplémentaires en CDD promis et financés seulement un tiers a été attribuée, selon les syndicats. La ministre de l’Education assure que ces suppléants seront nommés dans les temps. Nombre d’éventuels candidats précaires cependant sont refroidis par l’obligation de s’engager cinq ans sur un poste dans une autre région que la leur et alors que beaucoup ont déjà une famille.

"Nous sommes sûrs qu'il y aura une contagion à l'école, mais nous sommes prêts à y faire face"

Giuseppe Conte affirme que le retour en classe se fera en toute sécurité mais sait très bien que de nouveaux cas de coronavirus seront détectés. Le président du Conseil demande le concours de tous et notamment des familles qui devront prendre la température des enfants tous les matins à la maison. Même si certains établissements scolaires se sont dotés de thermomètres infrarouges ou de caméras thermiques comme dans les aéroports.

Si l'enfant présente des symptômes - température supérieure à 37°5, toux, perte de l'odorat et du goût - l'école avertira les parents. Si l’enfant est positif une enquête épidémiologique débutera avec l’agence de santé locale. Une mise en quarantaine de la classe et des enseignants peut alors être envisagée. Si les parents ne peuvent pas travailler à distance, le gouvernement a mis en place un congé spécial pour l’un des deux parents - d’un enfant de moins de 14 ans - rémunéré à hauteur de 50 % du salaire.

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