L'Onusida alerte ce vendredi sur la "persécution croissante" des personnes LGBTI dans le pays. Entretien avec Emily Christie, conseillère aux droits de l'homme pour l'organisation.

Il y a une semaine à Varsovie, 48 manifestants ont été interpellés alors qu'ils tentaient de stopper l'arrestation d'une militante des droits LGBT.
Il y a une semaine à Varsovie, 48 manifestants ont été interpellés alors qu'ils tentaient de stopper l'arrestation d'une militante des droits LGBT. © AFP / Francois Devos

Face à la situation préoccupante des personnes LGBTI en Pologne, les Nations Unies haussent le ton. L'Onusida s'est alarmé vendredi "de la persécution croissante" des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexes dans le pays. L'organisation épingle la mise en place de "zones exemptes d'idéologie LGBTI", des arrestations et des "violences policières". Emily Christie, conseillère aux droits de l'homme à l'Onusida, le programme commun des Nations unies sur le VIH/Sida a accepté de répondre aux questions de France Inter.

FRANCE INTER : L'Onusida s'alarme ce vendredi, dans sa déclaration, d'une "persécution croissante" des personnes LGBTI en Pologne. Pouvez-vous développer ?

EMILY CHRISTIE : "Nous avons constaté une augmentation de la répression contre les droits des personnes LGBTI en Pologne. Récemment, nous avons vu l’instauration de 'zones exemptes d’idéologie LGBTI' dans certaines villes. Ces dernières semaines, des manifestations de personnes LGBTI ont également eu lieu, durant lesquelles un grand nombre de personnes ont été arrêtées. Y compris une militante, Margot, qui la dernière fois que nous avons vérifié, est encore en prison. Parce que nous constatons cette escalade dans les transgressions des droits des personnes LGBTI, l’Onusida a eu l’obligation de dénoncer ces problèmes."

Dans votre déclaration, vous vous préoccupez donc de ces "zones exemptes d'idéologie LGBTI". En quoi consistent-elles exactement ?

"C’est l’une des tactiques que l’on voit dans l’oppression des personnes LGBTI. Même s’il n’y a pas de règle qui les empêche de s’exprimer, la ville nie leur existence, nie qu’ils existent dans cet espace précis. Ce qui autorise la communauté à stigmatiser et à discriminer. Cela rend compliqué pour les personnes de revendiquer leurs droits, ou de se plaindre quand ils subissent la violence ou la discrimination."

Vous évoquez aussi des "violences policières", rapportées la semaine dernière...

"Nous nous basons sur les rapports d’organisations, dont Human Rights Watch. C’est similaire à ce que nous avons vu par le passé, dans l’histoire des mouvements LGBTI. Des répressions sur les manifestations, en particulier sur les hommes gays et les femmes transgenres. Or, la liberté d’expression et de se rassembler est cruciale pour la visibilité du mouvement LGBTI. Il est fondamental de préserver ces libertés pour pouvoir continuer à améliorer les droits de la population."

Quels sont les effets de ce climat répressif sur les personnes LGBTI ?

"L’environnement que les gouvernements et la société créent pour les personnes LGBTI ont un effet direct sur leur santé et leur bien-être, et aussi un impact significatif sur le VIH et le Sida. Ces stigmates et ces discriminations sont, non seulement une violation de leurs droits, mais cela peut aussi rendre compliqué l’accès à la prévention et aux traitements contre le VIH. Les gens repoussent leurs soins, n'osent pas demander, par peur d’être jugés. Et la stigmatisation qu’ils subissent peut aussi affecter leur santé mentale."

Pensez-vous que les lignes et les mentalités bougeront, sur le court et le long terme ?

"Oui. Nous voyons de grands changements dans l’attitude des gens, dans l’acceptation des personnes LGBTI partout dans le monde, en particulier parmi les jeunes, ce qui est fantastique. Nous sommes à un stade très différent de là où on était même il y a quelques années. Je ne dirais jamais 'jamais'. Les campagnes, la sensibilisation des communautés fonctionne, c’est prouvé. Il s’agit souvent juste d’informer. Ce n’est pas simple, ça prendra du temps. Mais ça peut marcher."

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