Chaque jour, une figure de la lutte contre le Covid-19 dans le monde. Aujourd'hui, Attilio Fontana, le président de la région Lombardie, la plus dynamique d’Italie mais aussi la plus touchée par la crise sanitaire, qui essuie désormais les critiques.

Attilio Fontana est l'un des premiers en Europe à avoir dû prendre des mesures fermes pour contenir le coronavirus.
Attilio Fontana est l'un des premiers en Europe à avoir dû prendre des mesures fermes pour contenir le coronavirus. © AFP / MASSIMO BERTOLINI / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

Attilio Fontana est en première ligne depuis le début de la crise sanitaire en Italie, mi-février. Élu à la tête de la région Lombardie il y a seulement deux ans, il a les pleins pouvoirs sur la santé, une prérogative des régions en Italie, mais il commence à essuyer des critiques sur sa gestion de la crise.

Fiche d'identité

Attilio Fontana lors d'un meeting de la Lega contre le gouvernement à Rome, le 19 octobre 2019
Attilio Fontana lors d'un meeting de la Lega contre le gouvernement à Rome, le 19 octobre 2019 © AFP / Jacopo Landi/NurPhoto

Italien, né en Lombardie, Attilio Fontana est avocat. À 68 ans, il préside la région Lombardie depuis 2018. Membre de la Ligue du Nord depuis son premier mandat de maire en 1995, il est marié, père de trois enfants et joue au golf. 

Il a été le premier à s'afficher avec un masque

Attilio Fontana s'est mis en scène en direct sur Facebook pour annoncer que l’une de ses collaboratrices avait été testée positive et qu’il ne voulait prendre aucun risque. Il allait donc porter un masque pendant la durée de sa quarantaine. Dans cette vidéo (en italien), le président de la région prévient ses administrés :

"N'ayez pas peur, c'est toujours moi même si j'ai un masque. Cela va me permettre d'éviter de contaminer tous les Lombards qui seront en contact avec moi". 

Sauf qu'Attilio Fontana crée alors la panique plus que l'apaisement. Nous sommes le 27 février, la crise sanitaire en est à ses prémices. Mais déjà, le président de la région est critiqué à demi-mot par certains membres du gouvernement, et plus clairement par ses adversaires politiques pour cette vidéo.

Il a dit

"Vous devez rester à la maison... Peut-être que vous n'avez pas encore bien compris mais à chaque fois que vous sortez de la maison, vous prenez un risque pour vous et un risque pour les autres !"

La santé, prérogative des régions en Italie

Depuis 2001, les régions sont responsables de l’organisation des soins et de la gestion du système de santé. C’est donc Attilio Fontana qui est en première ligne depuis le premier jour. Il annonce chaque matin le nombre de nouveaux cas positifs, le nombre de morts, lorsque, le soir, c’est la protection civile à Rome qui fait le décompte national. 

Élu maire d'Induno Olona, en Lombardie, sous l’étiquette de la Ligue du Nord en 1995, il sera ensuite maire de Varèse (80 000 habitants) puis élu président de la région Lombardie en 2018. Il avait lui-même été surpris d'être désigné comme candidat de la Ligue de la coalition de droite en 2018. À 68 ans, Attilio Fontana n'est pas un pur produit politique. Peu connu avant d'être élu à la tête de la région la plus dynamique d'Italie, il a créé la polémique pendant la campagne en parlant de "la race blanche qui pourrait être effacée par l'immigration". 

Partisan de la ligne dure pour contenir la contagion

Aujourd'hui encore au cœur de la crise sanitaire, les élus de la région tentent d’éviter les polémiques politiciennes. Mais plusieurs maires de grandes villes comme Milan, Bergame – toutes gouvernées à gauche – ont écrit à Attilio Fontana pour lui demander des comptes. Pourquoi les masques ne sont-ils pas distribués aux communes ? Pourquoi les tests ne sont-ils pas faits à plus grande échelle (comme en Vénétie gouvernée aussi par un homme de la Ligue, Luca Zaia) ? 

Le président de la Lombardie se retrouve accusé de ne pas en avoir assez fait alors qu’il a toujours prôné la ligne dure et même menacé les Lombards de mesures plus strictes s’ils ne respectaient les consignes. Mi-mars il s’est permis d’évoquer déjà des signes encourageants mais se reprend dès le lendemain pour finalement lancer un nouvel appel aux citoyens :

"Vous devez rester à la maison. (...) Peut-être que vous n'avez pas encore compris, mais à chaque fois que vous sortez de la maison, vous prenez un risque pour vous et un risque pour les autres !"

Fontana versus Conte

Mais c’est maintenant au niveau national qu’Attilio Fontana porte le fer. À plusieurs reprises, il s’est en est pris à la "terrible bureaucratie" de Rome, "qui ralentit l’arrivée des masque en Lombardie". Puis il a dénoncé les lenteurs de la protection civile, qui gère l’urgence pour le pays. Le président de la région Lombardie a également estimé que l’État avait failli au moment de délimiter les zones rouges.

Mais en retour, le président du Conseil Giuseppe Conte n'y est pas allé de main morte et a déclaré : "Si la Lombardie l'avait voulu, elle aurait pu faire d'Alzano et de Nembro une zone rouge. La région de Lombardie n'a aucun argument pour contester le gouvernement national (…). Elle aurait pu facilement créer des zones rouges, en toute autonomie." 

Celui qui avait inquiété en portant un masque très tôt a finalement décidé cette semaine de le rendre obligatoire en Lombardie. Attilio Fontana a peut-être eu raison avant les autres, mais ses adversaires politiques ont déjà prévenu qu’il devra rendre des comptes sur la gestion de la crise lorsqu’elle sera terminée.

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