Chaque jour, une figure de la lutte contre le Covid-19 dans le monde. Aujourd'hui, Markus Söder, ministre-président de Bavière, la région la plus touchée d’Allemagne par le virus, apparaît comme un possible successeur d’Angela Merkel à la Chancellerie à l'automne 2021.

"Nous allons réduire à presque rien l'ensemble de la vie publique", a annoncé le chef du gouvernement bavarois, Markus Söder dès le 20 mars dernier.
"Nous allons réduire à presque rien l'ensemble de la vie publique", a annoncé le chef du gouvernement bavarois, Markus Söder dès le 20 mars dernier. © AFP / Sven Hoppe/DPA

C’est en Bavière qu’est apparu le premier cas de coronavirus en Allemagne, le 27 janvier : un employé du secteur de l’automobile qui revenait de Chine. Le virus revient frapper plus fort fin février. Très tôt, par rapport aux 15 autres Länder du pays, c’est en Bavière que sont prises les mesures les plus strictes. Le 16 mars, la région est la première à déclarer l’état de catastrophe et à fermer les établissements scolaires.

Fiche d'identité

Markus Söder, le chef du gouvernement bavarois, accueille un lot de 8 millions de masques en provenance de Chine, le 7 avril à l'aéroport de Munich.
Markus Söder, le chef du gouvernement bavarois, accueille un lot de 8 millions de masques en provenance de Chine, le 7 avril à l'aéroport de Munich. © AFP / Christof Stache

Markus Söder, 53 ans, préside la région de Bavière depuis deux ans tout juste. Et depuis un an, il est le patron de l’Union chrétienne-sociale, la CSU, parti uniquement bavarois et allié de la CDU de Mme Merkel, dont il est membre depuis l’âge de 16 ans. Cette épidémie de coronavirus intervient donc pour lui en pleine ascension politique. 

Géant d’1,94m, très brièvement journaliste à la télévision publique bavaroise au début des années 90 après des études de droit, marié et père de quatre enfants, de confession luthérienne (les protestants sont minoritaires dans une Bavière essentiellement catholique) et d’origine modeste, Markus Söder a fini par s’imposer partout localement au terme d’une lutte de pouvoir avec Horst Seehofer, 70 ans, l’actuel ministre fédéral de l’intérieur. Ce qui lui conférait, jusqu’à cette épidémie de coronavirus, une image plutôt négative centrée sur une ambition dévorante et un manque de sérieux, la faute sans doute à ses accoutrements originaux qu’il choisit en période de carnaval, de Shrek à Louis II de Bavière (photo) en passant par Marylin Monroe.

Il a donné la première impulsion et les autres régions ont suivi

Markus Söder, à la tête de cette région du sud de l’Allemagne, la première et la plus fortement touchée par le virus, s’est retrouvé de facto en première ligne. Le vendredi 13 mars au matin, il est le premier ministre-président à annoncer la fermeture de tous les établissements scolaires de Bavière pour le lundi suivant. Dans la même journée, une dizaine d’autres patrons de régions vont suivre son initiative. Il va plus loin en décrétant l’état de catastrophe dès le 16 mars et à partir du 20 mars toute une série de restrictions comme la fermeture des bars et des restaurants et le confinement pour ses 13 millions d’habitants – plus strict qu’ailleurs – là aussi bien avant d’autres Länder. Il semble donner le LA à tout un pays depuis Munich. 

À la tête d’une région parmi les plus vastes, peuplées et riches du pays, frontalière de la Suisse, de l’Autriche et de la République tchèque, il est écouté et prend de plus en plus de place dans les débats économiques et sanitaires nationaux. Il prend part à des conférences de presse aux côtés de la Chancelière. Son calme, et sa capacité à agir dans la crise, sont salués de toutes parts. 

Il a dit

"Le défi (posé par cette épidémie, NDLR) est plus grand chaque jour, nous devons donc réagir de manière cohérente mais appropriée"

Markus Söder semble porté par cette crise. Pourtant, il avait déjà, comme il aime le faire pour Carnaval, changé de costume quelques mois auparavant en tenant compte du fort résultat des Verts dans sa région aux élections régionales d’octobre 2018. Il avait alors, au printemps 2019, pris des décisions fortes en matière écologique en protégeant les abeilles et la biodiversité par la loi. Il avait ainsi vu venir avant les autres ce qui allait devenir la première priorité de tous les Allemands : la protection de l’environnement.

La gestion de crise lui réussit 

Cette épidémie de coronavirus a fait renouer son parti, la CSU, avec ses scores d’antan. Dans un sondage Infratest dimap du 8 avril 2020, la CSU est créditée de 49% des intentions de vote, soit 13 points de plus qu’en janvier et 12 points de mieux que lors du scrutin de 2018 (où la CSU avait perdu la majorité absolue pour la première fois, elle qui a toujours gouverné seule depuis 1962). 49%, ce sont aussi 2 points de plus que lors des élections précédentes en 2013.

Sondage Infratest dimap du 8 avril 2020 : la CSU, parti de Markus Söder, reprend des couleurs en pleine épidémie de coronavirus
Sondage Infratest dimap du 8 avril 2020 : la CSU, parti de Markus Söder, reprend des couleurs en pleine épidémie de coronavirus / BR24

Dans ce même sondage du 8 avril 2020, 89% des Bavarois sont satisfaits de la gestion de la crise par leur gouvernement régional. Le taux de popularité du ministre-président Söder atteint 94%, du jamais vu pour une personnalité politique à l’échelle du pays tout entier.

Tout récemment, il est même passé en tête des personnalités politiques préférées des Allemands, devançant pendant quelques jours seulement, l’indétrônable Chancelière Angela Merkel.

L’hebdomadaire britannique The Economist lui a consacré la semaine dernière un portrait sous le titre « Le moment Söder » (article en anglais)

On peut y lire : 

"Les Allemands, habitués à voir les Bavarois avec un mélange de mépris et d’envie, ont découvert un sentiment de respect peu familier." 

Pas étonnant, poursuit l’article, si les gens lui demandent s’il pourrait prétendre au poste le plus important de tous. Mme Merkel quittera la Chancellerie lors des prochaines élections, à l’automne 2021. Autant dire après-demain.

Mais dans une interview à l’agence de presse allemande DPA, suite à ces bons sondages, Markus Söder affirme que ça n’est pas son intention.

"Cette question n’a pas d’importance du tout. Nous avons une Chancelière forte qui soutient beaucoup la Bavière. Ma place est, et reste en Bavière. Les seuls chiffres qui m’intéressent au quotidien, sont ceux des infections au coronavirus."

S’il change d’avis, il lui faudra obtenir l’accord de la CDU pour devenir le candidat commun CSU/CDU ce qui ne s’est jamais produit. Pas même pour son idole en politique, le bavarois Franz Josef Strauss, figure emblématique de la CSU, dont il avait, adolescent, une affiche au-dessus de son lit.

Des primes pour le personnel soignant et des masques

Ces derniers jours, Markus Söder a une fois encore été le premier en Allemagne à promettre une prime exonérée d'impôt versée au mois de mai, 500€ à chaque personnel soignant des hôpitaux, des cliniques, des maisons de retraite et des foyers pour handicapés. Cela représente 126 millions d’euros versés à 252 000 employés. "Nous, en Bavière, ne faisons pas que parler - nous agissons" peut-on lire sur l'une de ses publications Instagram où il compte 96 000 abonnés à qui il offre régulièrement des selfies.

Face à cette pandémie, sa préoccupation première à présent est l'obtention de masques de protection en quantité suffisante pour envisager les mois à venir, le déconfinement et la reprise progressive de l’activité économique, dans un Land où l’on recense quelques-uns des plus grands fleurons industriels du pays. 

C’est ainsi que Markus Söder semblait tout heureux et fier cette semaine de s’afficher devant les photographes sur le tarmac de l’aéroport de Munich pour réceptionner 8 millions de masques arrivés de Chine.

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